Drancy : une mystérieuse présence de monoxyde de carbone intoxique trois enfants

Trois jeunes enfants l’ont échappé belle : ils ont été intoxiqués au monoxyde de carbone dans leur appartement. Les services de l’office HLM doivent se rendre dans la résidence ce lundi.

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 Drancy, le 19 février 2021. Le monoxyde de carbone, au lieu d’être aspiré par la VMC, aurait reflué via la chaudière dans l’appartement de Boubacar Konaté. Le gaz, inodore et incolore, a intoxiqué ses trois enfants.
Drancy, le 19 février 2021. Le monoxyde de carbone, au lieu d’être aspiré par la VMC, aurait reflué via la chaudière dans l’appartement de Boubacar Konaté. Le gaz, inodore et incolore, a intoxiqué ses trois enfants. LP/N.R.

C'était en début d'après-midi, lundi dernier. La fille de Boubacar Konaté, âgée de 7 ans, s'effondre en sortant de la salle de bains. Au même moment, dans leur chambre, les jumeaux de 3 ans qui jouent sur leur lit s'assoupissent soudainement.

« Nous n'y avons pas trop prêté attention, explique le père de famille, habitant de Drancy (Seine-Saint-Denis). Même s'ils sont hyperactifs, cela ne nous a pas inquiétés. » L'état de la fillette, en revanche, le préoccupe beaucoup plus. Pourquoi s'est-elle évanouie si brutalement ?

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La maman décide d'aérer la pièce et d'appeler les sapeurs-pompiers. Un bon réflexe. Arrivés sur place, ces derniers détectent rapidement la présence de monoxyde de carbone (CO) dans l'air au quatrième et au cinquième étage de l'immeuble. Les enfants sont testés et là aussi, un taux de 15 % de CO dans le sang est relevé chez l'un des petits garçons. Pris en charge à temps, les deux enfants et la fillette s'en tirent sans séquelles.

«Sans le réflexe de ma femme, cela aurait pu très mal finir»

Les secours notent aussi « des dysfonctionnements dans les chaudières dans les appartements des troisième, quatrième et cinquième étages », indique la brigade des sapeurs-pompiers de Paris. Dans ces logements, on ne déplore aucune intoxication ou malaise dus à ce gaz sournois.

Car le monoxyde de carbone est un gaz particulièrement retors. Il est sans odeur ni couleur. Il prive le sang d'oxygène et entraîne des évanouissements, et dans certains cas extrêmes, la mort. Rétrospectivement, Boubacar confie : « Sans le réflexe de ma femme, cela aurait pu très mal finir. »

Comment un tel incident a-t-il pu se produire dans un logement refait à neuf qui appartient à l'OPH de Drancy ? Boubacar Konaté et sa famille venaient d'emménager en décembre dernier et, malgré des infiltrations d'eau, tout se passait à peu près bien. Les appareils de chauffage fonctionnaient.

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Comme le précise également Farid Amari, le directeur général de l'OPH, « la chaudière avait été révisée en décembre 2020 lors de son emménagement, ainsi que le 14 janvier dernier. Le rapport n'avait relevé aucune anomalie et aucune surconsommation. »

«Si c'est la VMC qui est en cause, nous aurions eu d'autres incidents»

Les premières investigations menées le jour du sinistre mettent en cause la VMC. Installée sur le toit de l'immeuble, elle aurait fait refluer le monoxyde de carbone dans les chaudières des résidents au lieu de l'évacuer dans l'atmosphère.

Le gaz se serait alors diffusé dans le logement des Konaté, situé au cinquième et dernier étage. C'est aussi l'hypothèse qui a été donnée dans un premier temps par le bailleur. « Suite à une défaillance électrique sur l'alimentation de la VMC, GRDF a procédé à une coupure de gaz », indique une affichette placardée dans les parties communes.

Il était précisé qu'un électricien devait passer pour changer la pièce défectueuse. Aujourd'hui, le directeur général de l'OPH se montre plus prudent. « Le diagnostic n'est pas posé, indique-t-il en précisant que la VMC est contrôlée tous les ans. Si c'est celle-ci qui est en cause, nous aurions eu d'autres incidents dans les autres logements. »

Farid Amari attend les conclusions des analyses effectuées par le laboratoire de la préfecture de police, qui doivent tomber cette semaine. En attendant, les services de l'OPH se rendront ce lundi dans la résidence pour décider de la remise en service de la fourniture d'énergie. L'alimentation en gaz a déjà été remise dans certains appartements. Ce qui n'est pas pour rassurer Boubacar Konaté, qui trouve qu'« ils ne prennent pas en considération la vie humaine ».