Devant les juges, le maire-médecin de Coubron tacle le gouvernement sur sa gestion du Covid

Avec deux confrères médecins, Ludovic Toro, maire de Coubron (Seine-Saint-Denis), a déposé plainte en mars contre Edouard Philippe et Agnès Buzyn. Il a été entendu mercredi par la Cour de justice de la République. Et il n’a pas mâché ses mots.

 Coubron, ce jeudi 10 septembre. Ludovic Toro, maire et médecin généraliste, est l’un des trois soignants qui a déposé plainte contre Edouard Philippe et Agnès Buzyn.
Coubron, ce jeudi 10 septembre. Ludovic Toro, maire et médecin généraliste, est l’un des trois soignants qui a déposé plainte contre Edouard Philippe et Agnès Buzyn. LP/Thomas Poupeau

«Je veux entendre Edouard Philippe et Agnès Buzyn dire : On s'est trompés. Car si ceux qui nous dirigent ne reconnaissent pas leurs erreurs, les Français n'auront jamais confiance!» Remonté, Ludovic Toro. Le maire (UDI) de Coubron (Seine-Saint-Denis), médecin généraliste dans le civil, sort d'une demi-journée d'auditions, mercredi, à la Cour de justice de la République, la juridiction chargée d'instruire les procédures concernant les gouvernants.

L'objet : l a plainte qu'il a déposée mi-mars, avec deux autres médecins, contre l'ex-Premier ministre et l'ex-ministre de la Santé. Soutenus par un collectif de 600 praticiens, ils leur reprochent de ne pas avoir pris les mesures nécessaires pour enrayer l'épidémie de coronavirus. Selon nos informations, de nouvelles auditions à la Cour de justice de la République sont d'ores et déjà programmées le 1er octobre.

«Avec Philippe Naccache et Emmanuel Sarrazin, nous avons passé quatre heures dans le bureau des juges, à Paris. Cela s'est bien passé : les questions des juges étaient pertinentes, on est allés au fond des choses, on a pu parler de notre vécu et de ce qui, objectivement, documente la mauvaise gestion de la crise sanitaire par l'Etat», résume Ludovic Toro, entre consultations à son cabinet et parapheurs en mairie.

«On sait depuis des décennies qu'il faut porter un masque»

Pour les trois soignants, Agnès Buzyn, Edouard Philippe, et même Jérôme Salomon, le directeur de la santé, n'auraient jamais dû dire, en début d'épidémie, que les masques étaient inutiles. Agnès Buzyn, fin janvier lors d'un point presse à l'Elysée, Edouard Philippe au 13 heures de TF1 le 13 mars, ou encore Jérôme Salomon lors d'une conférence de presse fin février, ont répété le même message sur le port généralisé du masque : «inutile.»

«On sait depuis des décennies qu'il faut porter un masque pour se prémunir de toute transmission de virus, infection, bactérie ! Pourquoi les chirurgiens en portent-ils au bloc ? Pourquoi est-ce recommandé lors des épidémies de grippe ?» énumère Ludovic Toro, qui précise que «la science n'a jamais évolué en la matière».

D'ailleurs, sur son site Internet, le ministère de la Santé recommande, dans une note en ligne depuis 2009, le port du masque pour éviter la transmission d'agents infectieux.

«Au lieu d'assumer le fait de n'avoir pas de stock de masques, ils ont dit qu'il était inutile. C'est un mensonge qui a causé des morts, un mensonge d'Etat», tonne encore Ludovic Toro.

«Nous avons pu raconter aux juges notre vécu de représentants de la médecine de premier recours»

Grinçant, il ajoute : «Les nouveaux venus, M. Olivier Véran, ou M. Jean Castex (NDLR : le ministre de la Santé et le Premier ministre actuels), s'évertuent désormais à recommander le port du masque, qui est depuis peu obligatoire dans l'espace public dans les zones à risque… Ce seraient normalement à eux de poursuivre leurs prédécesseurs pour avoir donné de mauvaises consignes!»

«Lors de ces auditions, nous avons pu raconter aux juges notre vécu de représentants de la médecine de premier recours», poursuit Ludovic Toro, dont les coplaignants sont employé à SOS médecins et urgentiste. Emu, l'édile raconte qu'il a perdu, au plus fort de la crise, son directeur des services techniques. «Un homme de 56 ans sans aucune comorbidité… Allez donc expliquer à sa famille que le masque ne sert à rien», soupire-t-il.

Il a postulé pour intégrer le conseil scientifique

Par ailleurs, Ludovic Toro, agacé que le conseil scientifique — l'organe constitué de spécialistes santé conseillant le Président dans cette crise — ne compte aucun généraliste, avait proposé sa candidature. «Je n'ai eu aucune réponse. Du mépris. D'ailleurs, il n'y a aucun infirmier non plus, alors qu'ils sont en première ligne, lâche-t-il, amer. Ce qui a manqué dans leur gestion, c'est pourtant un ressenti de terrain!»

Seule chose positive dans cette expérience : l'élan de citoyenneté qui a comblé «les manquements» de l'Etat. «En tant que médecin, en tant que maire, je n'ai reçu aucun masque de la part des autorités, mis à part de la région, au moment où j'en avais le plus besoin. Ce sont mes patients qui m'ont filé des masques FFP2 qui servent habituellement sur les chantiers! Et des habitantes de Coubron ont fabriqué 3200 masques en tissu en quelques jours», se félicite ainsi Ludovic Toro, qui pointe aussi « l'absence de consigne étatique claire » à destination des élus.

Quelle issue pour cette plainte ? «Elle est fondée, je n'ai aucun doute sur le fait qu'elle ira au bout et qu'Edouard Philippe et Agnès Buzyn auront à rendre des comptes sur le sujet des masques», analyse le maire médecin. Qui estime «essentiel» le mea culpa des concernés. «Il faut qu'ils reconnaissent leur erreur, publiquement, pour que cela serve de leçon à l'avenir. Car il ne faut avoir aucun doute là-dessus : des virus, il y en aura d'autres. Et il ne faudra pas refaire les mêmes erreurs.»