Dans les coulisses de l’opération séduction du gouvernement en Seine-Saint-Denis

Commissariat de Saint-Ouen, tribunal de Bobigny… Jean Castex et ses ministres ont visité ce jeudi des lieux clés de l’Etat, en souffrance en Seine-Saint-Denis. Avant que l’opération ne s’interrompe brutalement avec l’attaque à l’arme blanche à Paris.

 Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), vendredi 25 septembre. Pour cette visite du Premier ministre et de deux membres du gouvernement étaient notamment présents le député (LFI) Eric Coquerel, le président (PS) du département Stéphane Troussel, la présidente (Libres !) de la région Valérie Pécresse, et le maire de Saint-Ouen Karim Bouamrane.
Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), vendredi 25 septembre. Pour cette visite du Premier ministre et de deux membres du gouvernement étaient notamment présents le député (LFI) Eric Coquerel, le président (PS) du département Stéphane Troussel, la présidente (Libres !) de la région Valérie Pécresse, et le maire de Saint-Ouen Karim Bouamrane. AFP/Ludovic Marin

La visite marathon de Jean Castex et d'une flopée de ministres en Seine-Saint-Denis a été écourtée brutalement, ce vendredi vers 12h30. Alors qu'il s'apprêtait à faire des annonces en faveur du département devant un parterre d'élus, le Premier ministre s'est interrompu pour se rendre à la cellule de crise mise en place dans la foulée de l'attaque l'arme blanche devant les anciens locaux de Charlie Hebdo, à Paris (XIe). Dramatique conclusion d'une matinée passée à cajoler le département.

Tout avait démarré au commissariat de Saint-Ouen, à 9h20. Jean Castex est arrivé encadré de Gérald Darmanin, ministre de l'Intérieur et Eric Dupond-Moretti, ministre de la Justice. Au menu : la rencontre avec les 25 nouveaux policiers recrutés dans le cadre de la création du quartier de reconquête républicaine (QRR).

Les policiers font part de leur malaise

Une unité dédiée à « l'occupation de terrain », la « lutte contre le trafic de stupéfiants », ainsi que le travail de « proximité avec les habitants », détaille Aurélia Dragonne, commissaire. Qui profite de la présence du Premier ministre pour formuler une doléance : redessiner les contours du QRR, aujourd'hui circonscrit aux cités Cordon, du 8-mai-1945, et de Michelet, zones connues pour le trafic. « Il faut inclure le Vieux Saint-Ouen, car l'actualité montre qu'il y a un regain de violences », explique la policière, référence à la récente fusillade qui a fait deux morts à la cité Soubise.

Jean Castex s’est rendu dans le commissariat de Saint-Ouen où il a pu échanger avec les nouvelles recrues. AFP/Ludovic Marin
Jean Castex s’est rendu dans le commissariat de Saint-Ouen où il a pu échanger avec les nouvelles recrues. AFP/Ludovic Marin  

Cette visite a aussi été l'occasion pour Jean Castex d'échanger avec les recrues. Comme Samir (le prénom a été modifié), fraîchement débarqué d'une unité de police de Paris. Pas ému au moment d'expliquer la difficulté du métier. « Au quotidien, on agit, mais l'effet est temporaire. A peine sommes-nous partis que le trafic reprend », soupire-t-il face au chef du gouvernement. Selon lui, c'est la réponse pénale qui pèche. « On remet un jeune dealer aux mains de la justice, et on le retrouve le lendemain à trafiquer ! » En face, Jean Castex le répète : « Nous allons aussi donner les moyens à la justice de mieux travailler ! »

Outre Jean Castex, étaient également présents à cette visite Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur, et Eric Dupond-Moretti, ministre de la Justice. AFP/Ludovic Marin
Outre Jean Castex, étaient également présents à cette visite Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur, et Eric Dupond-Moretti, ministre de la Justice. AFP/Ludovic Marin  

Du côté du syndicat SGP-Police, ces policiers supplémentaires donnent satisfaction. Mais Erwan Guermeur, secrétaire départemental, émet des bémols : « C'est une mesure pansement. Ça ne traite pas le problème de fond ». Selon lui, ces fonctionnaires n'auront à leur disposition que « trois véhicules : un seul est neuf et un autre n'est plus étanche », se désole-t-il. Et tacle une formation insuffisante : « Nous n'avons qu'un seul formateur ».

Visite au tribunal de Bobigny

La visite ministérielle s'est poursuivie au tribunal de Bobigny. Une structure de 1987 qui prend l'eau! Peimane Ghaleh-Marzban, président du tribunal, raconte ainsi aux ministres comment, la veille, une audience a dû changer trois fois de salle à cause des fuites d'eau. Un projet d'extension est acté, avec notamment la construction d'un nouveau dépôt, dont la fin de chantier est prévue pour 2026. Par ailleurs, 12 magistrats et 35 greffiers supplémentaires sont déjà arrivés dans le cadre du plan d'aide pour la Seine-Saint-Denis.

Pour le reste des annonces espérées — notamment concernant un « acte II » du plan d'aide, la dernière étape de la visite, à la Cité fertile de Pantin, a tourné court. Le micro était installé, mais l'actualité en a décidé autrement. La suite à la prochaine visite.

VIDÉO. Jean Castex écourte son discours sur le plan d'aide en Seine-Saint-Denis