Crise du coronavirus : la reprise à petits pas de l’aéroport du Bourget

Certains sous-traitants et compagnies du premier aéroport d’affaires en Europe résistent face à la crise sanitaire et économique. Mais pour d’autres, les turbulences perdurent.

 Aéroport du Bourget, le 8 juillet. Après la crise sanitaire, l’activité reprend doucement sur la première plate-forme d’aviation d’affaires en Europe.
Aéroport du Bourget, le 8 juillet. Après la crise sanitaire, l’activité reprend doucement sur la première plate-forme d’aviation d’affaires en Europe. LP/Claire Guédon

«Paris-Le Bourget, les vols d'exception commencent ici.» Affiché en grand, à l'une des entrées du premier aéroport d'aviation d'affaires d'Europe, le slogan du groupe ADP, le gestionnaire, rappelle les ambitions de la plate-forme. Juste en face de cette invitation prometteuse, se dresse la haute façade bleu lagon de l'hôtel Marriott, d'où ne s'échappe aucun bruit. L'établissement habituellement fréquenté par les voyageurs et d'équipages est encore fermé au public.

En ce mois de juillet, le soleil est de plomb mais sur le tarmac, point de vedettes du show-biz. La seule part d'évasion est offerte par un Pilatus gris métallique immatriculé au Luxembourg qui décolle pour emmener ses passagers vers Saint-Tropez.

L'atmosphère générale ressemble à une sortie d'anesthésie, un peu cotonneuse, avec des hauts et des bas selon les entreprises qui travaillent en lien avec le secteur aérien et aéronautique. Le Campanile a en revanche rouvert à la mi-mai, logeant les personnels navigants, mais aussi les équipes du chantier de la ligne 17 du Grand Paris Express, situé à quelques dizaines de mètres de là.

«Pas âme qui vive» pendant le confinement

La désagréable odeur de kérosène qui flotte par endroits et les essais moteur d'un jet confirment que les vols ont bel et bien repris. Mais pas au même niveau que celui d'avant le confinement. A la mi-mars, au cœur de la crise sanitaire mondiale, la France se claquemure, les frontières se ferment et le trafic des jets privés s'effondre comme celui des lignes commerciales.

«Je n'avais jamais vu l'aéroport aussi vide et silencieux, on se serait cru après un bombardement, il n'y avait pas âme qui vive», glisse un agent de sécurité. Pas facile désormais de redémarrer, alors que des pays sont au toujours au cœur de la pandémie de Covid-19.

Aéroport du Bourget, le 8 juillet. LP/Claire Guédon
Aéroport du Bourget, le 8 juillet. LP/Claire Guédon  

«Il y a encore beaucoup de restrictions et de pays en zone rouge, indique Bertrand d'Yvoire, président d'EBAA France, association située au Bourget, et qui regroupe les entreprises de l'aviation d'affaires. Quand on organise un vol, il faut qu'on comprenne ce qu'on a le droit de faire ou pas. Les consignes ne sont pas claires, c'est un vrai casse-tête.»

Dans la tête du grand public, «LBG» (le code international de la plate-forme) évoque le ballet de stars et de milliardaires mais Bertrand d'Yvoire parle d'une autre réalité. «Même si nous sommes sur un positionnement haut de gamme, on ne vend pas du luxe mais du gain de temps, de la souplesse et de la discrétion… Tout ce que recherchent les entreprises qui font appel à nous.»

Après la crise sanitaire, l’activité reprend doucement à l’aéroport du Bourget. LP/Claire Guédon
Après la crise sanitaire, l’activité reprend doucement à l’aéroport du Bourget. LP/Claire Guédon  

«Nous sommes revenus à notre savoir-faire habituel»

«Notre activité est remontée à 97%, nous sommes presque à 100%, explique de son côté avec sérénité Charles Clair, le fondateur de la compagnie aérienne Astonjet, qui exploite treize appareils. Mais nous n'opérons pour le moment que sur des vols de courts et moyens courriers, avec des demandes composées pour moitié d'affaires, pour moitié de vacances et loisirs.»

Les voyants pour les compagnies repassent au vert selon Charles Clair : «Depuis le 1 er juillet, nous n'avons plus aucun collaborateur en chômage partiel», alors qu'en plein confinement, l'activité avait chuté de 80 à 90%. Le dirigeant s'était même tourné vers la logistique de transport de masques. «Tout cela est terminé, nous avons mis en veille la société de distribution et nous sommes revenus à notre savoir-faire habituel», ajoute le patron de Clair Group, dont dépend Astonjet.

Le terminal 3 fermé

Au milieu de la plate-forme, l'optimisme n'est en revanche pas de mise pour la vingtaine de salariés d'Encore FBO dont le terminal 3, fermé depuis le confinement ne devrait pas rouvrir. «Nous sommes en chômage partiel et nous redoutons d'être licenciés», expliquaient-ils, le 2 juillet, en criant leur colère et leur angoisse sous les fenêtres du groupe Signature auquel est rattachée leur société d'assistance aéroportuaire.

Parmi les manifestants, David, agent de piste résidant dans l'Oise et dont l'emploi est en sursis. «Je projetais d'acheter une maison l'année prochaine, c'est compromis», s'inquiète-t-il. L'une des particularités de l'aéroport est de faire travailler des habitants de Seine-Saint-Denis, mais aussi du Val-d'Oise, de Seine-et-Marne et de l'Oise.

Aéroport du Bourget, le 2 juillet. Des salariés d’Encore FBO, qui dépend du groupe Signature, ont manifesté leur inquiétude quant au projet de fermeture du terminal 3. LP/Claire Guédon
Aéroport du Bourget, le 2 juillet. Des salariés d’Encore FBO, qui dépend du groupe Signature, ont manifesté leur inquiétude quant au projet de fermeture du terminal 3. LP/Claire Guédon  

Où sont les Américains et les Chinois ?

C'est aussi la soupe à la grimace pour la petite entreprise familiale Air Cargo Services, spécialisée dans le transport et le stockage de marchandises. «Est-ce que ça va reprendre ? Je croise les doigts parce qu'on n'en sait rien», souligne Dominique Guillot, la présidente, en grillant une cigarette. Un peu plus loin, c'est un revendeur de voitures de luxe qui reste désespérément aux abonnés absents. Les herbes folles grimpent le long des vitrines.

Les absents sont aussi les Américains et les Chinois, ceux-là mêmes qui sollicitent à leur descente d'avion les services de transport haut de gamme avec chauffeur. «Rien que pour Le Bourget, nous prenions en charge 30 à 40 clients chaque jour. C'est dix fois moins en ce moment. Hier, par exemple, nous n'avons eu qu'une demande. Aujourd'hui, trois, détaille Mahdi Oustani, directeur commercial de Service Prestige. Mais nous ne baissons pas les bras et sommes prêts à repartir.»

L'aéroport du Bourget enregistrait autour de 55 000 mouvements annuels. Des données qui devraient être bien différentes en 2020, d'autant que des grands travaux de réfection de cinq mois viennent de débuter sur la piste la plus longue du terrain.

L’expert en peinture aéronautique tient le choc
De nombreux accessoires en lien avec l’aviation sont peints dans les ateliers d’Aertec. LP/Claire Guédon

Des pédales d’hélicoptères, des sanitaires d’avions de ligne, des équipements militaires… Ce sont quelques exemples des pièces dignes d’un inventaire à la Prévert qui passent en peinture dans les ateliers d’Aertec, à l’aéroport du Bourget. La grosse PME, qui a plusieurs autres antennes en région parisienne et en France, est implantée sur l’une des terres historiques de l’aviation.

Cet expert en peinture aéronautique, mais aussi en accessoires textiles pour les intérieurs d’avion, tient pour l’instant le cap. «Nous avons dû faire face au confinement, mais à la mi-avril, nous avons commencé à reprendre notre activité au Bourget et depuis, nous n’avons pas cessé, précise le responsable des ateliers peinture. Le plus difficile a été de s’adapter au rythme des fournisseurs dont certains ont dû fermer. Il a fallu réajuster notre façon de travailler sans arrêt.»

Au Bourget, ils sont une quinzaine de salariés. La PME est aussi installée à l’aéroport de Roissy, où le contrecoup de la chute d’activité d’Air France se fait nettement plus pesante. A Villeron (Val-d’Oise), Aertec s’est diversifié dans la production de masques lavables, en s’appuyant sur son savoir-faire dans le textile. Une autre façon de rebondir.