Covid-19 : labo saturé, service de réanimation quasi complet… l’hôpital de Montreuil sous tension

Entre la demande croissante de tests PCR et le nombre de patients Covid qui augmente chaque jour, l’hôpital André-Grégoire est déjà au maximum de son activité. Le personnel appréhende le regain de l’épidémie.

 Montreuil, ce vendredi matin. L’hôpital André-Grégoire a atteint sa capacité maximale de tests PCR, entre 180 et 200 chaque jour. Une centaine de personnes sont testées dans un barnum à l’entrée de l’hôpital. Les autres tests quotidiens sont destinés aux malades hospitalisés.
Montreuil, ce vendredi matin. L’hôpital André-Grégoire a atteint sa capacité maximale de tests PCR, entre 180 et 200 chaque jour. Une centaine de personnes sont testées dans un barnum à l’entrée de l’hôpital. Les autres tests quotidiens sont destinés aux malades hospitalisés. LP/E.M.

« On arrive encore à gérer toutes les activités de front. Mais la première vague nous a vraiment épuisés. Se dire qu'il y en a une deuxième qui arrive, c'est fatigant physiquement et moralement », assure My Linh Leroy, cadre de laboratoire au centre hospitalier André-Grégoire de Montreuil.

Depuis le début du mois de septembre, le personnel de l'hôpital de la deuxième ville de Seine-Saint-Denis voit l'épidémie de Covid-19 reprendre. Et apparaissent déjà des signes de saturation.

Sur le front des tests PCR par exemple : il y a mille et une raisons d'effectuer un test au sein de l'hôpital ou sous le barnum installé à l'extérieur. Tous atterrissent au laboratoire de biologie. S'il arrive encore à donner des résultats en 24 à 48 heures, le service atteint ses limites. Soit 180 à 200 tests par jour.

« La demande de tests est telle qu'on ne peut plus suivre »

« On a essayé autant que possible de prendre, sans restriction, toutes les personnes qui avaient besoin d'un test. Mais depuis le début de la semaine, la demande est telle qu'on ne peut plus suivre », détaille le directeur délégué de l'hôpital, Paul Chalvin.

Menanna Smida et Radia Bendaoud, infirmière et aide-soignante œuvrant sous la tente installée devant l'hôpital, citent le cas de ce monsieur arrivé « la veille à 21h30, qui a dormi dans sa voiture pour passer en premier. Le pauvre n'avait pas d'ordonnance donc il est reparti ».

Depuis mardi en effet, les « sans ordonnance », les « voyageurs » — à qui une compagnie aérienne demande un test récent — ne peuvent plus effectuer de test à l'hôpital.

Devant l’hôpital de Montreuil, de longues files d’attente se forment pour les tests de dépistage. LP/E.M.
Devant l’hôpital de Montreuil, de longues files d’attente se forment pour les tests de dépistage. LP/E.M.  

Entre mars et aujourd'hui, le laboratoire est pourtant passé de zéro à quatre machines capables de donner un résultat en quelques heures. Un automate encore plus rapide est attendu d'ici la fin du mois d'octobre. Mais rien n'est sûr, la pression sur les fournisseurs étant énorme, concernant l'automate mais aussi les réactifs, ces produits chimiques indispensables à la réalisation d'un test PCR.

L'inquiétude s'étend également aux écouvillons. « On est obligés de passer par une vingtaine de fournisseurs différents pour être sûrs d'avoir du stock. On a tellement subi la pénurie et on la subit encore », constate le Dr Hana Talabani-Boizot, chef de service du laboratoire de biologie.

Des patients déjà transférés dans d'autres hôpitaux

Capacités de test atteintes, capacités de soins en réanimation aussi. Jeudi soir, 26 malades du Covid — soit deux de plus que la veille — étaient hospitalisés à Montreuil. Neuf se trouvent en réanimation, les autres sont répartis entre les services de médecine interne et de gériatrie.

« Notre politique est d'avoir toujours un lit de réanimation disponible, explique Paul Chalvin. Nous avons déjà dû transférer trois ou quatre patients dans des hôpitaux de l'Est parisien ou des cliniques près de chez nous. »

Pour la prise en charge des patients atteints de formes moins graves du Covid, « nous sommes aussi au maximum de ce que nous pouvons faire, compte tenu du personnel disponible », s'inquiète le directeur de l'hôpital. « Et les soignants n'accepteront plus de vivre ce qu'ils ont vécu en mars », prévient-il.

« Notre objectif est de continuer à prendre en charge les autres pathologies »

« On entend : il faut faire plus de tests. On veut bien mais on ne peut pas », s'agace le Dr Talabani-Boizot, qui se rappelle, en mars, avoir vu « des médecins ne pouvant plus prendre en charge des personnes âgées » : « Je ne veux pas que ça recommence, ça nous a vraiment affectés ».

Il n'est pour l'instant pas question de passer à un hôpital « tout Covid » comme ce fut le cas au printemps. « Nous considérons être déjà au maximum de notre activité car notre objectif est de continuer à prendre en charge les autres pathologies, précise le directeur de l'hôpital de Montreuil. Et les personnels, fatigués, sont attentifs au fait de tenir dans la durée par rapport à cette épidémie. »

Et d'ajouter que la résistance des soignants à cette deuxième vague qui s'annonce sera corrélée à « la mise en place concrète des mesures qui ont été annoncées », sur la valorisation salariale notamment. Ces dernières semaines, le laboratoire a également pu recruter trois personnes supplémentaires, deux techniciens et un agent de réception, pour soulager le personnel surchargé.

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