Composter des couches jetables ? A Pantin, une entreprise se lance le défi

L’entreprise Les Alchimistes, spécialisée dans le compostage en milieu urbain, transforme sur son nouveau site de Pantin des couches biodégradables usagées en compost.

AbonnésCet article est réservé aux abonnés.
 Pantin, ce mercredi. Une fois broyées, les couches sont récupérées dans un bac et insérées dans un composteur.
Pantin, ce mercredi. Une fois broyées, les couches sont récupérées dans un bac et insérées dans un composteur.  LP/Hélène Haus

De leur naissance à l'acquisition de la propreté, les petits Français consomment en moyenne chacun une tonne de couches, selon une étude de l'Agence de la transition écologique. Des protections indispensables aux bambins qui génèrent chaque année 750 000 tonnes de déchets en France, qui finissent incinérés ou enfouis. Si l'utilisation des couches lavables est l'une des solutions pour réduire ces déchets, Les Alchimistes — une entreprise spécialisée dans le compostage en milieu urbain — travaillent depuis quatre ans sur le compostage des couches jetables.

Installée depuis plusieurs années sur L'Ile-Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), son projet Les Couches fertiles vient de prendre ses quartiers avec le soutien de l'établissement public territorial Est Ensemble sur une friche industrielle de Pantin. Depuis le mois de novembre dernier, ils y expérimentent le compostage de couches provenant de cinq crèches situées à moins de 2 km à Pantin et Paris. « Dans le temps, les gens récupéraient les selles et les urines pour nourrir les sols, on n'a rien inventé », sourit Maïwenn Mollet, responsable du programme Les Couches fertiles.

Collecte de couches biodégradables dans cinq crèches

« A L'Ile-Saint-Denis, on avait d'abord essayé de composter des couches basiques, mais nous étions obligés de récupérer nous-mêmes les matières organiques car le plastique contenu dans les couches n'était pas recyclable. Le reste de la couche devait donc partir à l'incinération », explique-t-elle. Mais depuis le mois de novembre, le programme travaille directement à partir de couches biodégradables composées principalement de matières végétales. Plus besoin de faire le tri.

Ce prototype distribué aux crèches volontaires a été mis en place par l'entreprise Les Celluloses de Brocéliande, installée dans le Morbihan. Séduite par le projet, elle est connue pour commercialiser les couches Pommettes utilisées dans de nombreuses crèches. « On travaille une matière qui a la forme du plastique, mais qui est composée à partir d'amidon de maïs ou de pommes de terre », décrit Eric Vilmen, responsable R&D de cette société. L'entreprise peaufine actuellement sa deuxième version de couche biodégradable « plus performante », notamment en termes d'imperméabilité. Son objectif étant d'obtenir dans le futur la norme EN13432, attribuée aux matériaux compostables.

100 kg récupérés chaque semaine

Trois fois par semaine, l'équipe des Couches fertiles récupère les sacs-poubelles de couches usagées en véhicule électrique dans les crèches partenaires. Soit environ 100 kg par semaine. Côté crèches, pas de grand changement, les employées doivent simplement veiller à enlever les scratchs, qui ne sont pas encore biodégradables, et à ne pas mélanger les couches avec les autres modèles portés par les enfants lorsqu'ils arrivent le matin.

A Pantin, les sacs sont ensuite vidés et les couches triées sur un petit tapis pour vérifier qu'il ne reste plus de scratchs. Elles sont alors broyées dans une machine, récupérées dans un bac, puis insérées dans un composteur électromécanique fermé, où elles sont mélangées avec des déchets verts pendant deux semaines. Le compost est ensuite placé dans un grand bac où il va maturer durant deux mois. « Pour l'instant, il n'est pas question de le vendre. Nous allons devoir l'analyser, voir si la couche se dégrade bien, si le compost respecte les normes sanitaires », décrit Maïwenn Mollet.

D'ici le mois de mars, une autre marque de couches devrait rejoindre l'expérimentation. Il faut dire que les industriels ont intérêt à se pencher sur la question de la fin de vie de leurs produits. La loi sur l'économie circulaire a prévu d'étendre la responsabilité élargie du producteur (REP) aux fabricants de textiles sanitaires en 2024. Ce qui les obligera à prendre en charge, au moins financièrement, la gestion des déchets créés par les produits qu'ils commercialisent.