Comment les JO 2024 vont faire disparaître une «marée noire» en Seine-Saint-Denis

Après une campagne de déminage en 2012 mais aussi le démantèlement des cuves de carburant semi-enterrées, place à la dépollution des sols contaminés de l’ancien terrain militaire des Essences à la Courneuve (Seine-Saint-Denis). Objectif : son intégration au parc une fois les JO passés.

 Une perspective du réaménagement du terrain des Essences, qui sera intégré au parc départemental de La Courneuve, après les JO 2024.
Une perspective du réaménagement du terrain des Essences, qui sera intégré au parc départemental de La Courneuve, après les JO 2024. Tu Verras/CD 93

C'est en quelque sorte une « marée noire » souterraine qui ne dit pas son nom. Sous le terrain des Essences, en bordure du parc départemental de La Courneuve, la couche d'hydrocarbures atteint jusqu'à 90 cm d'épaisseur et s'étale sur environ 22000 mètres carrés, dans l'une des nappes phréatiques, à six ou sept mètres de profondeur. Cette pollution historique est l'un des grands enjeux environnementaux que les J eux olympiques 2024 devraient en partie résoudre.

L'ancien dépôt militaire de carburant qui va accueillir les épreuves de tir est sur le point d'être cédé par l'Etat à la Seine-Saint-Denis, pour l'euro symbolique. « C'est une enclave qui sera renaturée et intégrée au parc Georges-Valbon, après les JO », résume Stéphane Troussel, le président socialiste du conseil départemental. L'objectif commun est de réaménager 13 ha, en incluant la petite parcelle de 0,7 ha en limite et que la SNCF vend pour 77 000 euros à la collectivité.

Pollution liée aux bombardements de la Seconde Guerre mondiale

Le transfert de propriété du terrain des Essences entre le ministère des Armées et la Seine-Saint-Denis devrait se faire au premier trimestre de l'année prochaine. La dépollution et le réaménagement sont chiffrés à 12millions d'euros, pris en charge par la Solideo, la Société de livraison des ouvrages olympiques.

Vue aérienne du terrain des Essences, ancien dépôt militaire de carburant qui sera réaménagé et intégré au parc départemental de La Courneuve, après les JO 2024./IGN/Geoportail 93
Vue aérienne du terrain des Essences, ancien dépôt militaire de carburant qui sera réaménagé et intégré au parc départemental de La Courneuve, après les JO 2024./IGN/Geoportail 93  

Commenceront alors en 2021 de lourds travaux de décontamination et de traitement des sols et eaux souterraines, comme le précise Marie Desse, chargée de mission au sein de la Direction de la nature (DNPB) de la Seine-Saint-Denis. « On est face à une pollution aux hydrocarbures mais aussi aux solvants », détaille-t-elle. Une pollution compacte en certains endroits et diffuse dans d'autres, ce qui rend l'intervention complexe et multiple.

Les écoulements toxiques surveillés par des piézomètres — des instruments de mesure servant à évaluer la compressibilité des liquides — sont très probablement un héritage de la Seconde Guerre mondiale, au cours de laquelle le site a été copieusement bombardé, avec comme conséquence le percement des cuves de carburant. Une situation qui a même valu en 2012 une très longue campagne de dépollution pyrotechnique. Autrement dit, les démineurs ont passé le terrain à la loupe pour repérer et neutraliser les bombes d'aviation non explosées. Six engins avaient dû être détruits sur place de façon très spectaculaire, entre septembre et décembre 2012.

La Courneuve, 22 novembre 2012. Explosion d’une bombe d’aviation de la 2e Guerre mondiale, dans le cadre d’une dépollution pyrotechnique, menée entre septembre et décembre 2012, sur l’ancien site militaire des Essences. DR
La Courneuve, 22 novembre 2012. Explosion d’une bombe d’aviation de la 2e Guerre mondiale, dans le cadre d’une dépollution pyrotechnique, menée entre septembre et décembre 2012, sur l’ancien site militaire des Essences. DR  

La résorption de la « marée noire » commencera par un peu d'excavation, puis le recours à des « écrémeurs » qui viendront collecter les hydrocarbures à la surface de la nappe phréatique. Sur les zones où la contamination est diffuse et mélangée (dans les terres notamment), c'est un oxydant chimique qui permettra la dégradation organique des restes de carburant.

Mais il ne faut pas rêver, une dépollution complète ne sera pas possible. Le retraitement concernera prioritairement les 4,7 ha où seront ensuite aménagées des aires de jeux et diverses activités, à hauteur de la future entrée conçue depuis la D 114. « On remodèlera le relief pour se connecter jusqu'à l'avenue », précise d'ailleurs Stéphane Troussel.

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Un deuxième tiers du terrain des Essences sera certes ouvert au public mais simplement pour de l'observation de la flore et de la faune. Enfin, la dernière partie (soit 3,5 ha) sera totalement inaccessible aux visiteurs et rendue à la nature. Le but est que ce secteur serve de refuge aux animaux, en particulier aux crapauds calamites dont la présence a été détectée en 2018 sur le terrain des Essences. Et qui, déplacés une première fois, ont à nouveau trouvé refuge sur place.