Bondy : faute de moyens face au Covid-19, les profs du collège Brossolette en grève

Pas assez d’agents pour désinfecter les locaux, ni de masques : 34 profs de l’établissement se sont mis en grève ce mardi. Ils ont écrit au département pour réclamer des moyens adaptés à la crise sanitaire.

 Bondy, ce mardi matin. 34 des 35 profs se sont mis en grève pour dénoncer l’impossibilité de mettre en application le protocole sanitaire.
Bondy, ce mardi matin. 34 des 35 profs se sont mis en grève pour dénoncer l’impossibilité de mettre en application le protocole sanitaire. DR

Les 540 élèves du collège Pierre-Brossolette, à Bondy, n'ont pas eu cours ce mardi. 34 de leurs 35 professeurs attendus ce jour ont voté la grève, pour protester contre « l'impossibilité de faire respecter le protocole sanitaire », résume l'un d'entre eux, enseignant en mathématiques. Une décision qui ne devrait pas être reconduite mercredi, mais qui vise à « marquer le coup ».

Les élèves demi-pensionnaires ont été accueillis au sein du collège, tandis que les externes ont pu rentrer chez eux.

En cause notamment : le manque de masques et la désinfection insuffisante des locaux, selon un porte-parole des profs grévistes de Bondy. Un problème « qui dure depuis la rentrée », assurent-ils.

C'est ce qu'ils détaillent dans un courrier adressé ce mardi à Stéphane Troussel, président PS du conseil départemental de Seine-Saint-Denis.

Ainsi, « malgré les efforts de chacun — direction, personnels enseignants et agents », ils constatent chaque matin que « le ménage n'a pas été fait dans toutes les salles » et que « les surfaces, les sols et divers équipements […] ne sont pas désinfectés une fois par jour ». « Les agents font ce qu'ils peuvent, mais la charge de travail a augmenté. Or, ceux en temps partiel ne sont pas complétés, ceux en arrêt maladie ne sont pas remplacés. Ces absences désorganisent le service », peste un prof.

Résultat : « Ce sont les profs qui nettoient leurs bureaux avec leurs propres lingettes », « il n'y a pas de savon dans certaines toilettes », ajoutent-ils. Autre exemple témoignant du manque de bras pour faire appliquer ce protocole sanitaire, ce sont les professeurs eux-mêmes qui ont dû peindre, sur le sol de la cour de récréation, les délimitations dédiées à la distanciation entre élèves.

Dans leur courrier au patron du département, les professeurs demandent la « nomination immédiate et durable » d'agents de service en activité.

Faute d’agents, les profs peignent eux-mêmes les lignes de distanciation sociale. DR
Faute d’agents, les profs peignent eux-mêmes les lignes de distanciation sociale. DR  

« Certains élèves avouent qu'ils portent le même masque depuis le déconfinement »

Autre souci majeur : les masques ! Pour les enseignants de ce collège, la dotation départementale de quatre masques lavables par ado « n'est pas suffisante ».

« Certains élèves avouent qu'ils portent le même masque depuis le déconfinement. Or, le même masque porté deux jours ne sert à rien, a fortiori si on l'a lavé 150 fois », détaille, agacé un prof de l'établissement. Qui ajoute : « On ne peut pas, nous les enseignants, faire la police constamment ! »

Contacté ce mardi après-midi, le département indique « ne pas avoir été encore destinataire de ce courrier ». Mais rappelle les grandes lignes de sa politique en matière de gestion de la crise sanitaire.

« Avant la rentrée, tous les collèges de Seine-Saint-Denis se sont vus dotés de 4 masques par élèves. […] Ils sont lavables 50 fois », précise une porte-parole du département, qui estime qu'il s'agit là d'un « engagement volontariste de la part du département, qui agit en dehors de ses compétences », alors que l'Etat a refusé la gratuité des masques. Le coût : 500 000 € rien que pour les masques dédiés aux 88 000 collégiens du 93.

A noter, indique encore l'entourage de Stéphane Troussel, qu'une « nouvelle dotation de masques pour les élèves sera renouvelée au retour des vacances de Noël si les règles sanitaires l'imposent ».

Sur les agents d'entretien, « la direction de l'éducation a augmenté son enveloppe budgétaire pour faire appel en complément des agents titulaires dans les collèges, à des vacations d'insertions, et des CDD ». Ainsi, l'enveloppe consacrée aux remplacements ou au renforcement des équipes « a été plus que doublée depuis l'application des nouveaux protocoles sanitaires », dit le département. Enfin, ponctuellement, lorsque des agents techniques sont absents pour cause de Covid-19, « il peut être fait appel à des prestations extérieures ».

De son côté, l'Education nationale indique que le masque n'est « pas un sujet ». Une porte-parole du rectorat précise « que la dotation éducation nationale, soit deux masques, plus celle du département, quatre masques, pourvoit aux besoins des collégiens et des enseignants ». Par ailleurs, l'établissement « veille à ce que la famille d'un élève ne portant pas de masque soit contactée », et que, d'ailleurs, aucun d'entre eux n'est laissé sans masque au sein du collège.