Bobigny : voici les cinq plaintes déposées contre l’ancienne majorité

Ce mardi, la nouvelle municipalité PCF a passé au crible les cinq plaintes déposées par l’Office public de l’habitat de la commune contre d’anciens élus de la majorité UDI, dont l’ex-maire Stéphane de Paoli.

 Bobigny (Seine-Saint-Denis), le 13 octobre 2020. Le nouveau président de l’OPH, Mohamed Aïssani, s’en est pris à la gestion de son prédécesseur, Jonathan Berrebi.
Bobigny (Seine-Saint-Denis), le 13 octobre 2020. Le nouveau président de l’OPH, Mohamed Aïssani, s’en est pris à la gestion de son prédécesseur, Jonathan Berrebi.  LP/Hélène Haus

Lors du conseil municipal de Bobigny (Seine-Saint-Denis), jeudi soir, le nouveau maire (PCF) de la ville avait dénoncé les dossiers « bien pourris » laissés par l'ancienne majorité UDI, annonçant le dépôt de plusieurs plaintes contre trois ex-élus. A l'occasion d'une conférence de presse ce mardi matin, Abdel Sadi a livré des détails sur ces cinq procédures en cours, qui visent toutes la gestion de l'Office public de l'habitat (OPH) de la commune. Un organisme à la tête de 3900 logements sociaux présidé par un élu de la majorité. En août, le conseiller municipal Mohamed Aïssani en a pris la tête, succédant à Jonathan Berrebi, dont le nom est au cœur des cinq plaintes évoquées.

« Je ne suis pas là pour régler des comptes, mais pour dénoncer des faits qui ne peuvent pas être passés sous silence », a insisté l'édile, qui s'est porté partie civile dans les procédures déposées au nom de l'OPH. Que contiennent ces plaintes ? Voici les premiers éléments.

1. «Détournement de bien public et violation du Code de la construction». C'est la seule plainte qui vise à la fois Jonathan Berrebi, l'ancien maire Stéphane de Paoli et l'ex-premier adjoint Christian Bartholmé. Avant le second tour des municipales, l'OPH a vendu à une société civile immobilière un immeuble de 11 logements situé rue Gaston-Crépin. « Ils ont voulu passer ces logements dans le parc privé alors que la loi oblige les bailleurs sociaux à vendre leurs biens à d'autres bailleurs », regrette Mohamed Aïssani.

L'immeuble a été cédé à 415 000 euros, en dessous de l'estimation de la Direction de l'immobilier de l'Etat (DIE). « Ce n'était même pas une opération bénéficiaire pour l'OPH, fustige le nouveau président. Cette vente a été directement faite par Jonathan Berrebi, alors qu'il n'en avait pas le droit. Et cela avec le soutien du maire et du bureau de l'OPH auquel siégeait Christian Bartholmé. Or, nul n'est censé ignorer la loi quand il est élu! » Selon l'OPH, le préfet de la Seine-Saint-Denis — qui n'a pas répondu à nos sollicitations — aurait déposé un référé auprès du tribunal administratif de Montreuil pour contester cette transaction immobilière.

Bobigny (Seine-Saint-Denis), le 13 octobre 2020. L’immeuble en question est situé au 2, rue Gaston-Crépin. LP/Hélène Haus
Bobigny (Seine-Saint-Denis), le 13 octobre 2020. L’immeuble en question est situé au 2, rue Gaston-Crépin. LP/Hélène Haus  

« Cela faisait trois ans qu'on parlait de vendre cet immeuble en très mauvais état », justifie Jonathan Berrebi, qui dénonce une « cabale politique ». « Vous croyez vraiment que deux notaires auraient validé la vente si elle n'était pas possible? » Contacté, Stéphane de Paoli n'a pas répondu à nos demandes. De son côté, Christian Bartholmé assure qu'il n'était pas au courant de l'opposition de la préfecture et rappelle qu'il n'avait aucun pouvoir décisionnaire en son nom au sein de l'OPH. « Quand vous êtes élu et siégez dans ce type d'instance, vous ne passez pas en revue tout le Code de la construction à chaque décision! », souffle-t-il.

2. «Faux, usage de faux et escroquerie». Cette plainte vise Jonathan Berrebi, d'anciens salariés de l'OPH et plusieurs entreprises que l'Office soupçonne d'avoir truqué leurs prix concernant un marché de peinture pour les cages d'escalier des immeubles du bailleur. « En 2019, l'OPH a décidé de repeindre 43 cages d'escalier. Ce qui était loin d'être la priorité, estime Mohamed Aïssani. En arrivant à la tête de l'Office, on a découvert qu'on nous avait facturés pour ces chantiers des échafaudages qu'on a jamais vus nulle part. On a payé des toilettes et un réfectoire de chantier pour chaque hall d'immeuble repeint. Dans une résidence, on avait neuf toilettes et neuf réfectoires pour seulement deux ouvriers ! »

Ces dépenses ont placé l'organisme dans une situation délicate. « On a utilisé en un an le budget peinture qu'on avait établi sur quatre à cinq ans. A chaque départ d'un locataire, on doit repeindre l'appartement vacant. Or, aujourd'hui, j'ai 94 logements vides que je ne peux pas louer, car je n'ai pas les moyens de les rénover. Et à côté, j'ai 6500 demandeurs de logements sociaux en attente sur la commune ! », s'émeut Mohamed Aïssani.

« Ce n'est pas une gabegie financière, on a fait des embellissements dans le parc qui n'avait pas été faits depuis des années », se défend Jonathan Berrebi.

3. Dix millions d'euros de perdus? « L'intitulé de la plainte n'est pas défini, car le dossier est tellement complexe qu'on préfère laisser la justice le faire à notre place », souligne le président de l'OPH. Dans sa ligne de mire : les travaux de rénovation thermique des cités Salvador-Allende et Chemin-Vert. Le bailleur soupçonne que ce marché ait été entaché de « favoritisme » et ait donné lieu à un « détournement de fonds publics ».

« Pour les travaux de cette ampleur, on lance toujours un appel d'offres. Le maître d'œuvre qui gérait ces chantiers a soupçonné une entente entre les entreprises candidates, car les devis étaient anormalement élevés. Il l'a dénoncé au président de l'OPH, qui s'est entêté à engager des travaux pour un surcoût estimé à 10 millions d'euros », relate Mohamed Aïssani.

« Le maître d'œuvre avait sous-estimé le prix du chantier. Il a préféré se retirer, car il savait qu'on pourrait engager un contentieux à son encontre », rétorque de son côté Jonathan Berrebi.

4. «Délit d'octroi d'avantages injustifiés». Cette plainte cible Jonathan Berrebi pour un contrat d'exclusivité qu'il a passé avec une société commercialisant des boules anti-feu, un dispositif anti-incendie. « Il en a commandé 4000 pour un coût d'1,5 million d'euros. Il n'avait pas le droit de passer un contrat d'exclusivité. On retrouve ces boules deux fois moins cher sur Internet. Heureusement, on a pu stopper le contrat, mais 260 000 euros ont tout de même été gaspillés », note Mohamed Aïssani. Jonathan Berrebi, lui, certifie que chaque contrat était validé par les services juridiques de l'OPH et ses avocats.

5. «Prise illégale d'intérêt». L'OPH accuse aussi Jonathan Berrebi d'avoir fait travailler son père en tant que prestataire pour des travaux de plomberie. « On m'accuse d'avoir embauché mon père via une société écran. Ils ne savent plus quoi inventer ! », fustige l'ancien président.