Bobigny : une école clandestine accueillant des dizaines d’enfants fermée

Selon une source policière, des parents d’enfants accueillis dans cet établissement « sont connus pour être en lien avec l’islam radical ».

 Bobigny, jeudi. Les locaux d’Apprendre et Comprendre ont pignon sur rue.
Bobigny, jeudi. Les locaux d’Apprendre et Comprendre ont pignon sur rue.  LP

De l'extérieur, l'endroit semble assez petit, mais la baie vitrée opaque donnant directement sur l'avenue Edouard-Vaillant empêche de voir la taille des locaux. Sur la porte d'entrée est seulement inscrit « Apprendre et comprendre ». Et sur la fenêtre adjacente, une question interpelle les passants : « Tu sens comme un vide dans ta vie ? », suivi de « Cours de Coran et de langue arabe pour femmes, adolescents et enfants, Institut apprendre et comprendre ».

Ce jeudi midi, la préfecture de Seine-Saint-Denis a annoncé, dans le cadre de la « lutte contre l'islam radical », la fermeture de cet établissement de Bobigny qui proposait des cours d'arabe et de coran aux femmes et aux enfants.

« Hors de la loi et des principes républicains »

Sur le réseau social Twitter, la préfecture décrit l'endroit comme une « école clandestine rassemblant dans des conditions inqualifiables plusieurs dizaines d'enfants hors de la loi et des principes républicains ».

Vingt élèves, en l'âge d'être scolarisés en primaire, se trouvaient sur les lieux jeudi matin, selon une source policière, précisant que l'effectif total pourrait atteindre 80 écoliers. Certains d'entre eux, âgés de « 3-4 ans » étaient « voilés », a-t-elle indiqué.

Les conditions sanitaires étaient « déplorables », les problèmes de sécurité incendie mettaient « la vie des enfants en danger » et les locaux étaient dépourvus de cour de récréation, a poursuivi la source policière.

Des parents fichés S

Selon cette même source, « certains enfants et encadrants étaient issus de l'école d'Aulnay-sous-Bois », fermée en janvier, et « plusieurs parents d'élèves sont connus pour être en lien avec l'islam radical ». D'après nos informations, des parents sont même fichés S.

Dans le quartier, l'établissement était bien connu des riverains. « On voyait souvent des gens venir, des enfants, ils prenaient des cours d'arabe. Il n'y a jamais eu de problèmes avec eux », s'accordent plusieurs voisins, qui ne connaissaient pas le responsable des lieux.

Sur la devanture et la page Facebook d'Apprendre et Comprendre - qui dit avoir ouvert ses locaux en 2012 - aucun nom de responsable n'apparaît, seulement des numéros de téléphone. L'une des personnes qui a décroché a refusé de répondre à nos questions, tout comme les deux femmes, habillées en niqab et l'autre en jilbab, sorties des locaux de l'association ce jeudi après-midi.

La mairie n'a pas d'informations sur d'éventuelles dérives

De son côté, la mairie affirme ne pas connaître cette organisation. « On a juste participé ce matin à la commission de sécurité et constaté qu'elle n'était pas assurée dans ces lieux », indique-t-on dans l'entourage du nouveau maire Abdel Sadi (PCF), ajoutant ne pas avoir d'informations sur les éventuelles dérives d'Apprendre et comprendre.

Cette fermeture intervient quelques jours seulement après l'offensive d'Emmanuel Macron « contre l'islam radical » dans le cadre du futur projet de loi contre les séparatismes. Lors de son discours, le chef de l'Etat avait notamment fustigé les écoles parallèles qui n'enseignent que des prières, profitant d'une « montée inquiétante de la déscolarisation ».

Le post de la préfecture a en tout cas fait réagir de nombreux musulmans sur les réseaux sociaux, qui ont déploré le manque d'informations sur cette fermeture, craignant une stigmatisation des associations promulguant des cours d'arabe et d'études du Coran. « Il y a une vraie tension au sein de la communauté musulmane depuis le discours d'Emmanuel Macron. Il y a eu une descente de police lors d'un cours d'arabe dans une mosquée du XIe arrondissement de Paris samedi. Je ne connais pas cette association de Bobigny, mais il y a un vrai risque de stigmatisation des associations qui donnent des cours d'arabe, souffle M'hammed Henniche, secrétaire général de l'Union des associations musulmanes de la Seine-Saint-Denis. Ce n'est pas parce que vous apprenez cette langue ou étudiez le Coran en étant d'origine immigrée que vous êtes un terroriste. »

Depuis septembre 2018, une quinzaine d'établissements, dont des écoles clandestines, des lieux de culte, des salles de sport ou encore des restaurants, ont été fermés en Seine-Saint-Denis selon un bilan présenté en février par le préfet du département.