Barbecue meurtrier à Sevran devant 250 témoins : l’accusé reconnaît qu’il a tiré

Le procès du meurtre de Grégory Hatil en juin 2017 s’est ouvert ce mardi devant la cour d’assises. Alors qu’il niait farouchement son implication, l’accusé a avoué être l’auteur des coups de feu mortels.

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 Sevran. Une fresque en hommage à Grégory Hatil a été dessinée à proximité du lieu du drame.
Sevran. Une fresque en hommage à Grégory Hatil a été dessinée à proximité du lieu du drame.  LP/V.T.

« J'étais présent le jour des faits. J'ai tiré mais sans intention de tuer. » Pour le premier jour de procès devant la cour d'assises ce mardi, Sylvain G., 30 ans, opère un virage à 180 degrés. Jusqu'à présent, il niait farouchement avoir été sur place lors du meurtre de Grégory Hatil, ce facteur de 33 ans père de deux enfants, le soir du 10 juin 2017. Il niait aussi avoir tiré les quatre balles qui ont tué la victime. Tout au long de l'instruction, il s'était arc-bouté sur la version d'un complot qui aurait été ourdi contre lui. Une version intenable qu'il a décidé d'abandonner.

Sylvain G. avait tiré à quatre reprises sur Grégory Hatil devant 250 membres de la communauté antillaise réunis à un barbecue organisé à la butte Montceleux, à Sevran ( Seine-Saint-Denis ). Il ne faisait pas partie des proches de la victime. Mais même s'il faisait sombre et que les esprits étaient embrumés par l'alcool, il n'a pas été trop difficile de mettre un nom sur le meurtrier.

Une chaîne en or volée à l'origine du drame

Le personnage était identifiable entre mille : il arborait sur le visage deux larges tatouages dessinés sur les joues. Tout le monde s'était souvenu de cette marque de fabrique que l'on retrouvait aussi sur une vidéo à caractère pornographique qui circulait dans la communauté. Plus connu sous le nom de « Miel Pops », le film amateur montrait l'homme au visage tatoué en compagnie de plusieurs partenaires qui dégustaient un bol de céréales de cette marque. Le tatoué était plus connu sous le sobriquet de « T-Masta ».

Le soir du drame, Sylvain G. a vite été repéré. Pas seulement parce qu'il avait enfilé un gros blouson, mais aussi car il portait autour du cou une chaîne en or qui ne lui appartenait pas. Immédiatement, les amis de Grégory l'ont averti de la présence de l'homme tatoué au bijou.

Il faut remonter à 2013, à l'origine du contentieux entre les deux hommes. C'était devant une discothèque à Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne). Sylvain G. avait arraché le collier en or de Grégory et, depuis, il s'affichait avec sur les réseaux sociaux et lors de barbecues.

Dix jours plus tard, devant la même boîte de nuit, les deux hommes se croisent à nouveau. Grégory veut récupérer son bien mais Sylvain G. l'en empêche en lui donnant des coups de couteau. Puis, il tire en l'air au fusil de chasse pour faire reculer tout le monde.

La victime voulait «demander des comptes» à l'accusé

Quatre ans plus tard, le 10 juin 2017, Grégory organisa un grand pique-nique pour fêter la naissance de son deuxième enfant. Il y a foule autour de lui. Quand il apprend que Sylvain G. a fait son apparition, il veut s'expliquer avec lui.

« Il était énervé quand il a su que le gars qui lui avait volé la chaîne était là, raconte l'un de ses amis. Il voulait lui demander des comptes. » Grégory s'avance et attrape par le col Sylvain G., qui recule et sort une arme. Il tire quatre fois. Une balle atteint la victime au front, une autre lui traverse la bouche et une troisième le blesse mortellement dans le haut du dos. Grégory s'effondre. Le tireur prend la fuite en continuant à tirer « cinq ou six fois » malgré la foule.

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Même s'il est poursuivi pour meurtre et non assassinat, la question de la préméditation affleure dans la bouche de la présidente en cette première journée de débats. Elle demande aux enquêteurs si « Sylvain G. n'était pas venu pour régler des comptes. Il sait que Grégory Hatil le cherche. » Et l'on n'en finit pas de se demander pourquoi, en ce chaud mois de juin, « T-Masta » avait revêtu cette tenue hivernale ?

 
Bobigny
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