Avec cette lampe, les collégiens dyslexiques de Seine-Saint-Denis peuvent enfin lire correctement

Le conseil départemental a signé un partenariat avec la start-up Lexilife, qui commerciale des lampes corrigeant les effets de la dyslexie. 50 exemplaires viennent d’être déployés dans 10 collèges du département.

AbonnésCet article est réservé aux abonnés.

À première vue, elle ressemble à une lampe de bureau design comme il en existe tant dans les magasins de décoration. Sauf que la Lexilight cache une technologie révolutionnaire. Cette lampe, fabriquée en Bretagne et développée par la start-up Lexilife, permet aux personnes dyslexiques de lire presque normalement. Présentée au CES de Las Vegas en 2020 — le célèbre salon high-tech — elle a débarqué début janvier dans dix collèges de Seine-Saint-Denis.

Le conseil départemental, en charge de la gestion des collèges, est ainsi devenu la première collectivité en France à signer un partenariat avec l'entreprise. Il a investi 24 900 euros pour acquérir 50 modèles, soit cinq par établissement, afin d'aider les adolescents dyslexiques à lutter contre ce handicap, connu pour être un facteur de décrochage scolaire.

Cette lampe a été conçue avec l'aide de deux chercheurs bretons, récompensés en décembre par un prix de l'Académie nationale de médecine pour leurs travaux sur la dyslexie. En 2017, après 20 ans de recherches, Albert Le Floch et Guy Ropars, physiciens à l'université de Rennes 1, ont révélé que les dyslexiques souffraient d'une symétrie trop parfaite de la tâche de Maxwell présente dans chaque œil. Chez les non-dyslexiques, ces tâches sont asymétriques. Chacune tache envoie au cerveau une image de ce qu'elle voit, mais en principe seule une est prise en compte. On parle alors d'œil directeur.

Chez les dyslexiques, les tâches sont identiques. « Il y a une double dominance, du coup, ils reçoivent deux informations en même temps. Ce qui rend les lettres floues et provoque un effet miroir compliquant la distinction entre certaines lettres comme le B et le D », explique Blanche Delacour, responsable communication et communautés chez Lexilife. La lumière émise par la Lexilight permet de créer un œil dominant fictif. Ce qui facilite la lecture.

10 % de la population concernée

Selon l'Organisation mondiale de la santé, la dyslexie toucherait environ 1 personne sur 10. « Cela veut dire qu'il y entre 3 et 4 élèves concernés par classe », pointe Stéphane Troussel, le président PS du conseil départemental, pour qui ce dispositif permet de lutter contre les inégalités à l'école alors qu'en Seine-Saint-Denis, il faut en moyenne deux ans, selon le Département, pour obtenir un rendez-vous chez l'orthophoniste, le professionnel de santé qui accompagne les dyslexiques.

Dans la classe de Marwan, un élève de 4e qui utilise cette lampe depuis un mois au collège Gustave-Courbet de Romainville, trois autres élèves souffrent ainsi aussi de dyslexie. La lampe va donc devoir tourner. En quelques semaines, l'adolescent voit déjà des progrès. « Avant les mots bougeaient, ça stabilise les lettres », confirme-t-il. « Je trouve qu'il a amélioré sa concentration et a gagné en autonomie », juge Émilie, sa professeure de français.

Des progrès également constatés chez Jordan, élève en sixième Segpa (Section d'enseignement général et professionnel adapté). « Tout est plus net », rapporte aussi le collégien qui s'est adapté sans difficulté au produit. « Il arrive à lire plus vite et confond moins les sons », remarque Mathilde sa professeure, qui a testé la lampe avec quatre autres élèves. « Seul un m'a dit qu'il ne pouvait pas l'utiliser car elle lui donnait mal à la tête. »

Newsletter L'essentiel du 93
Un tour de l'actualité en Seine-Saint-Denis et en l'IDF
Toutes les newsletters

Sur son site Internet, Lexilife revendique des progrès chez 90 % des personnes qui testent son produit. « Il y a des résultats plus ou moins probants en fonction des gens, souligne Blanche Delacour. Chez certains, les effets sont immédiats, chez d'autres, ils apparaissent sur le long terme. » D'ici quelques mois, le département espère en tout cas tirer des enseignements de cette expérimentation pour éventuellement la développer dans d'autres établissements.

« Ce travail avec la Seine-Saint-Denis va de notre côté nous permettre de montrer des résultats à l'Education nationale, avec qui on aimerait travailler directement dans le futur », espère Blanche Delacour. En attendant, l'entreprise commercialise son produit à destination du grand public. Comptez 549 euros, payables en trois fois sans frais si besoin.

Les dix collèges équipés : Gustave-Courbet à Romainville, Henri-Wallon à Aubervilliers, Jean-Lurçat à Saint-Denis, Jean-Vilar à La Courneuve, Jean-Vigo à Epinay, Jorissen à Drancy, René-Descartes à Tremblay-en-France, Lenain-de-Tillemont à Montreuil, Honoré-de-Balzac à Neuilly-sur-Marne et Pablo-Neruda à Gagny.