Aubervilliers : la municipalité UDI a refusé de commémorer le massacre du 17 octobre 1961

Selon la nouvelle maire UDI, Karine Franclet, l’hommage aux victimes de la répression sanglante ne fait pas partie de la «liste des commémorations officielles». Une rupture nette avec ses prédécesseurs.

 Hommage rendu ce samedi à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) aux victimes de la répression sanglante du 17 octobre 1961. La nouvelle municipalité UDI a refusé d’organiser la commémoration mais a fourni la logistique.
Hommage rendu ce samedi à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) aux victimes de la répression sanglante du 17 octobre 1961. La nouvelle municipalité UDI a refusé d’organiser la commémoration mais a fourni la logistique. DR

Des œillets jetés dans le canal Saint-Denis : ce geste symbolique a été institué depuis plus de 20 ans à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) pour rendre hommage aux victimes de la sanglante répression du 17 octobre 1961, à Paris. Mais ce samedi, pour la première fois, la commémoration a eu lieu sans la nouvelle municipalité UDI qui a refusé d'organiser le rassemblement. Une décision dénoncée à gauche, où les élus de huit mouvements, allant du PCF au PS en passant par LFI et les écologistes, se sont réunis aux côtés de l'association « Le 93 au cœur de la République ».

Il y a 59 ans, plus de 10 000 Algériens manifestent contre le couvre-feu qui les vise. Plus d'une centaine d'entre eux sont tués au cours d'opérations policières dirigées par le préfet de police de l'époque, Maurice Papon. Les corps sont retrouvés dans les semaines qui suivent, dans la Seine et les canaux, notamment en Seine-Saint-Denis.

A Aubervilliers, ce drame est commémoré à hauteur de la passerelle de la Fraternité, où une plaque a été apposée en 2001, par l'ancien maire PCF, Jack Ralite, décédé en 2017. L'hommage est d'autant plus fort que c'est dans le canal Saint-Denis qu'a été retrouvé le corps de Fatima Bedar, 15 ans. Cette adolescente de Stains est probablement l'une des plus jeunes victimes de la répression. Une place du 17 octobre 1961 a par ailleurs été inaugurée en 2015 dans la ville.

La ville a fourni le même matériel que les autres années

« Ce massacre a été minimisé, nié, occulté et reste à ce jour un tabou », regrette l'association « Le 93 au cœur de la République », qui déplore aussi le choix de la nouvelle municipalité.

Jointe dans l'après-midi de samedi, la nouvelle maire (UDI), Karine Franclet, explique pourquoi elle a indiqué qu'elle n'organiserait pas le rassemblement. « Cette date ne fait pas partie de la liste des commémorations officielles, précise-t-elle. Je partage l'émotion et c'est un événement que je n'oublie pas, mais il me paraît difficile de hiérarchiser les mémoires : pourquoi ne ferions-nous pas alors une cérémonie pour le 13 novembre 2015 et pour bien d'autres drames ? »

« J'ai en revanche dit aux organisateurs que la ville mettait en place la même logistique que les autres années, avec les moyens matériels identiques », poursuit-elle. L'élue s'est par ailleurs rendue aux projections et concert organisés par la direction des affaires culturelles d'Aubervilliers avec le festival Villes des musiques du monde autour du 17 octobre 1961.

«Une offense à la mémoire»

A gauche, Anthony Daguet, ancien premier adjoint PCF d'Aubervilliers, critique vigoureusement la position de Karine Franclet. « Je trouve cela scandaleux, ça donne l'impression que tous les morts ne se valent pas. C'est aussi tourner le dos à l'histoire d'Aubervilliers et de ses habitants qui ont été solidaires des victimes. » La socialiste Corinne Narassiguin était également présente ce samedi à la commémoration et estime quant à elle que « la maire d'Aubervilliers commet une offense à la mémoire ».

Le département achète une fresque

Détail de la fresque achetée par le département du 93, en hommage aux victimes du 17 octobre 1961 et réalisée par les Sœurs Chevalme. DR
Détail de la fresque achetée par le département du 93, en hommage aux victimes du 17 octobre 1961 et réalisée par les Sœurs Chevalme. DR  

Le département de la Seine-Saint-Denis a fait l'acquisition d'une nouvelle œuvre racontant les événements du 17 octobre 1961, en s'inspirant d'archives photographiques et filmographiques. La fresque est réalisée par les Sœurs Chevalme, des artistes Sœurs jumelles qui vivent et travaillent dans le 93. Les tableaux où le noir domine seront « un support culturel et pédagogique utile pour les collégiens et lycéens », indique la collectivité.

« Cette acquisition s'ajoute à un cycle entamé depuis 2018 pour la commémoration des évènements du 17 octobre 1961, précise Stéphane Troussel, le président du conseil départemental dans un communiqué. Depuis plusieurs années, je demande que l'Etat instaure chaque 17 octobre une journée nationale en commémoration de la guerre d'Algérie et des crimes de la décolonisation, afin de reconnaître et d'assumer — enfin — cette sombre page de notre histoire française. »