Aubervilliers : ils avaient égorgé le professeur de techno avant de l’emballer dans du cellophane

Deux hommes de 29 et 31 ans, dont l’amant de cet enseignant de 57 ans, sont jugés à partir de ce mardi par la cour d’assises de Seine-Saint-Denis, trois ans après le meurtre de Jean-Marc A.

 Aubervilliers. En août 2017, un homme de 57 ans avait été découvert mort, totalement envelopper de film plastique, dans son appartement de la rue Louis-Aragon.
Aubervilliers. En août 2017, un homme de 57 ans avait été découvert mort, totalement envelopper de film plastique, dans son appartement de la rue Louis-Aragon.  LP/E.M.

Il avait été retrouvé deux semaines après sa mort en état de décomposition, le corps enveloppé dans du plastique. Deux hommes sont jugés pour assassinat, séquestration et escroquerie à partir de ce mardi et jusqu'au 9 octobre par la cour d'assises de Seine-Saint-Denis.

Dans la nuit du 14 au 15 juillet 2017, à Aubervilliers, ils avaient étranglé et égorgé, Jean-Marc A., 57 ans, enseignant dans un collège privé d'Aubervilliers. Puis ils avaient enveloppé son corps dans un film de cellophane. La victime n'avait été retrouvée que 15 jours après. Geoffrey M., 29 ans, avait été interpellé puis Thierry D., 31 ans, alors qu'il s'était enfui en Grèce. Chacun rejette la responsabilité du meurtre sur l'autre.

Sans trop de difficulté les enquêteurs sont remontés jusqu'aux deux hommes. Grâce au judas numérique qui équipe la porte d'entrée de la victime et filme les visiteurs, les policiers ont les deux visages : celui du tueur et celui de son complice ainsi que le jour et l'heure précis du meurtre. Après la mort de l'enseignant, ils trouvent aussi trace d'un virement de 5000 euros du compte de la victime sur celui de Geoffrey M. Le mobile apparaît limpide : ils voulaient extorquer de l'argent au professeur de technologie.

Coffre-fort ouvert et virement effectué après la mort de l'enseignant

La préméditation a été retenue car les accusés s'étaient munis de tout le matériel avant de lui rendre visite : cordes serflex et rouleau de film plastique. Leur sinistre projet a été facilité car Geoffrey était une connaissance intime de l'enseignant. Ils s'étaient connus sur un site de rencontres et le jeune homme sans profession se faisait payer en échange de relations sexuelles.

Son complice était son colocataire à Bruxelles. Un homme violent, à l'enfance douloureuse. Il est soupçonné d'être le meurtrier.

Quinze jours après le drame, les sapeurs-pompiers qui enfoncent la porte de son appartement découvrent une scène insoutenable : le corps décomposé est retrouvé sur le lit, prisonnier de ce cocon transparent, les mains liées dans le dos. Dans l'entrée, des traces de début d'incendie sont visibles. Le coffre-fort a été ouvert. L'examen des comptes de la victime fait apparaître un virement de plus de 5000 euros effectué plusieurs jours après le décès.

Les deux hommes se rejettent la responsabilité du meurtre

De ce meurtre sordide, les deux hommes se rejettent la responsabilité. Geoffrey accuse Thierry d'avoir tué son amant. Il raconte qu'il était dans le salon et Thierry dans la chambre avec la victime : « Un moment, je n'ai plus entendu les cris et j'ai vu ressortir Thierry la main ensanglantée. » Son comparse s'en défend. Au départ Geoffrey lui aurait proposé « d'aller secouer quelqu'un ». Mais au cours de la soirée, Thierry se serait déchaîné sur Jean-Marc, le frappant, lui tranchant la carotide avec un cutter. Puis avec l'aide de son complice, il l'aurait enroulé dans plusieurs épaisseurs de film plastique.

Trois semaines de débat sont prévues pour démêler les rôles respectifs de chacun. Une bataille âpre s'annonce entre avocats. Maître Stephan Boudon, avocat de Thierry D., l'assure : « L'instruction n'a pas permis d'éclaircir les responsabilités, tout comme la préméditation. »

Les deux accusés soutiennent que le but de leur sinistre expédition n'était que l'extorsion d'argent. Pour effacer toute trace de leur passage, Geoffrey était revenu quelques jours plus tard pour mettre le feu dans l'appartement.

L'enquête a fait apparaître deux hommes aux personnalités très violentes et instables, à l'enfance chaotique. Geoffrey M. est « fasciné par les armes » et « capable d'homicide », dira sa propre mère. Paradoxalement il est aussi perçu comme homophobe par son entourage. Sur sa relation avec l'enseignant, il déclarera : « C'était par plaisir. L'argent était un prétexte ». « Il y avait plus que de l'argent entre lui et la victime », est aussi persuadé Me Boudon.

Thierry D. a lui aussi connu une jeunesse très perturbée. Un conseiller d'insertion et de probation qui l'examinera décèlera « une réelle dangerosité ».

Ils risquent tous deux la perpétuité.