Appel à la grève en Seine-Saint-Denis : «La rentrée scolaire s’est extrêmement mal passée»

Une intersyndicale réunissant différents corps de métiers de l’Education nationale dénonce les conditions de travail depuis la rentrée. Elle appelle à une grève dans les établissements scolaires le 17 novembre.

 Il y a un an, les personnels de l’Education nationale du 93, qui appellent à la grève pour le 17 novembre, s’étaient déjà rassemblés pour dénoncer les conditions de travail, après la mort de Christine Renon, directrice d’école à Pantin.
Il y a un an, les personnels de l’Education nationale du 93, qui appellent à la grève pour le 17 novembre, s’étaient déjà rassemblés pour dénoncer les conditions de travail, après la mort de Christine Renon, directrice d’école à Pantin. LP/Hélène Haus

Infirmières, assistantes sociales, enseignants du 1er et du 2nd degré, agents territoriaux, assistants d'éducation, personnels administratifs… S'ils travaillent ensemble au quotidien, leur mobilisation commune est assez rare pour ne pas passer inaperçue.

Mercredi soir, tous ces corps de métiers de l'Education nationale se sont réunis à la Bourse départementale du travail à Bobigny (Seine-Saint-Denis) pour dénoncer les conditions « déplorables » dans lesquelles se sont déroulées ces premières semaines de rentrée scolaire, lors d'une conférence de presse intersyndicale et interprofessionnelle.

Un rendez-vous durant lequel ils ont appelé à une grève départementale dans les établissements le mardi 17 novembre. « La rentrée s'est extrêmement mal passée, surtout dans le 93, a dénoncé en guise d'ouverture Karim Bacha, directeur d'école à L'Ile-Saint-Denis et cosecrétaire général du FSU 93. Le Covid-19 a accentué les inégalités criantes de notre territoire. Rien n'a été anticipé contre cela, alors que tout devrait justement être fait pour les réduire. »

Les agents techniques du département (ATTE) — qui œuvrent notamment à l'entretien et à la restauration dans les collèges — ont dénoncé leur charge de travail, estimant qu'il leur manquait 150 postes pour réussir à bien leurs missions et pallier les nombreuses absences de leurs collègues arrêtés car contaminés par le Covid-19 ou recensés comme cas contacts. « Il manque deux à trois ATTE dans chaque établissement », a calculé une représentante de la CGT.

Des effectifs insuffisants

La situation semble aussi compliquée chez les assistants d'éducation — les « surveillants » — qui affirment aussi être très peu remplacés. « Cette semaine, c'était la première semaine depuis le début de l'année où l'ensemble du service de la vie scolaire était présent dans notre établissement », a ainsi souligné un assistant d'éducation du syndicat Sud, employé dans un collège d'Aubervilliers.

Les infirmières se sont également dit dans l'incapacité de faire leur travail de prévention de santé public. « Le peu de moyens qu'on a sont tous dévoués au Covid-19, alors que le confinement a engendré de nombreux problèmes dans le suivi des élèves nécessitant des soins particuliers », a insisté une représentante du SNICS-FSU (syndicat national des infirmiers conseillers de santé).

Mercredi soir, tous ces corps de métiers de l’Education nationale se sont réunis à la Bourse départementale du travail à Bobigny (Seine-Saint-Denis) pour dénoncer les conditions « déplorables » de la rentrée. LP/Hélène Haus
Mercredi soir, tous ces corps de métiers de l’Education nationale se sont réunis à la Bourse départementale du travail à Bobigny (Seine-Saint-Denis) pour dénoncer les conditions « déplorables » de la rentrée. LP/Hélène Haus  

Les assistants sociaux ont eux aussi dénoncé leur manque de postes : « Notre département est parmi les plus pauvres de France et compte un nombre record d'établissements classés en réseau d'éducation prioritaire +. On sait que les difficultés sociales ont été renforcées par la crise sanitaire, mais aucun poste d'assistant social n'a été créé depuis plusieurs années. »

Il manquerait 200 profs par jour dans l'académie de Créteil

Manque criant de professeurs pour pallier les absences encore plus nombreuses à cause du Covid-19, d'accompagnants des élèves en situation de handicap (AESH), surcharge de travail pour les personnels de direction… Les enseignants ont également dénoncé de manière unanime une rentrée « épuisante », pour citer une directrice d'école de Pantin.

« Il y a une classe à Bobigny où un professeur n'a pas été remplacé depuis trois semaines », a illustré un directeur d'école de la ville-préfecture, représentant du SNUipp-FSU. « Aux lycées Louise-Michel de Bobigny et Maurice-Utrillo de Stains, il y a des élèves qui n'ont pas eu de cours de maths, de gestion, d'écogestion ou de sciences économiques et sociales depuis la rentrée », a abondé un collègue. « Le rectorat nous a indiqué qu'il manquait environ 200 professeurs par jour dans l'académie de Créteil », a énoncé Alixe Rivière, coprésidente de la FCPE 93.

Omerta autour du Covid-19

Plusieurs personnels ont également évoqué l'omerta qui entourerait les cas de contamination au Covid-19. « Si on est cas contact, on nous incite à ne pas le dire aux familles ou aux collègues. L'Education nationale fait tout pour cacher les contaminations ou les suspicions de contamination », se sont accordé plusieurs enseignants. « Si je suis cas contact d'un ami au restaurant, je vais être appelé par la caisse primaire d'assurance maladie (NDLR, chargée de tracer les cas contact), mais si je suis cas contact en salle des profs, c'est silence radio. » Tous réclament un plan de rattrapage pour l'éducation en Seine-Saint-Denis, passant notamment par des embauches supplémentaires.

De son côté, la CPAM précise qu'elle est censée appeler les cas contact « à risque » et que dans les établissements scolaires, les professeurs sont supposés « respecter les gestes barrières » contrairement à des personnes obligées d'enlever leurs masques pour manger au restaurant.

Le conseil départemental, lui, rappelle que « l'enveloppe consacrée aux remplacements ou au renforcement des équipes ATTE a été plus que doublée depuis la rentrée en augmentant le nombre de CDD ou en faisant appel à des contrats d'insertion ».

Contactée, l'Education nationale n'avait pas encore répondu à nos questions ce jeudi après-midi.