Agression d’un salarié d’office HLM à Saint-Denis : «Les agents ont la boule au ventre»

Un rassemblement était organisé ce mardi dans cette ville de Seine-Saint-Denis après la violente agression d’un membre de la direction du bailleur social Plaine Commune Habitat par un locataire.

 Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), le 29 septembre 2020. Un rassemblement pour « soutenir les personnels de Plaine Commune Habitat face aux violences » était organisé cité Allende. Didier est gardien depuis 14 ans à la cité des Cosmonautes.
Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), le 29 septembre 2020. Un rassemblement pour « soutenir les personnels de Plaine Commune Habitat face aux violences » était organisé cité Allende. Didier est gardien depuis 14 ans à la cité des Cosmonautes. LP/Anthony Lieures

Un locataire qui passe ses nerfs sur un représentant de son office HLM, ou pire, l'agresse physiquement. C'est pour répondre à ce type de violence que Plaine Commune Habitat a organisé un rassemblement ce mardi après-midi dans la cité Allende, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis).

Vendredi dernier, un homme accompagné de son fils et de son chien a sombré dans un accès de colère, agressant physiquement un membre de la direction de l'office, qui a également été mordu par l'animal.

Il a été arrêté pour quinze jours tandis que le locataire, interpellé, comparaissait devant le tribunal de Bobigny ce mardi. Il a été condamné à un an de prison avec sursis avec interdiction de se rendre dans les locaux de l'office.

Des plaintes systématiques de l'office

Le nouveau président de Plaine Commune Habitat, Adrien Delacroix, a d'ailleurs rappelé que l'office « portera plainte systématiquement » après ce type de violence et « demandera la résiliation du bail » du locataire impliqué.

Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), le 29 septembre 2020.LP/Anthony Lieures
Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), le 29 septembre 2020.LP/Anthony Lieures  

De nombreux gardiens étaient présents lors du rassemblement, décrivant la tension et l'agressivité quotidienne à laquelle ils font face.

«On éponge toutes les colères»

A l'image de Didier, 44 ans, gardien depuis quatorze ans pour l'office. Il travaille à la cité des Cosmonautes, limitrophe de La Courneuve. « C'est compliqué car les gens vous font payer tout le climat ambiant, explique-t-il, parlant de ce qu'ils entendent dans les médias, de leurs problèmes d'argent et familiaux… Les gens ont tendance à péter les plombs et on éponge un peu toutes les colères. »

De quoi se plaignent directement ces locataires ? Les gardiens évoquent souvent le bruit ou le trafic au pied de leur immeuble… « Vous payez votre loyer et vous reprochez au bailleur de ne pas avoir votre tranquillité alors que c'est tout un système, poursuit Didier. Mais pour les locataires, c'est nous, les employés de bureau, tous ceux qui sont en contact avec du public, qui représentons l'Etat. J'ai beaucoup de gens qui me disent : Mais je paye mes impôts ! Mais on n'a rien à voir avec leurs impôts, il y a un amalgame. »

Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), le 29 septembre 2020. De nombreux gardiens étaient présents lors du rassemblement. LP/Anthony Lieures
Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), le 29 septembre 2020. De nombreux gardiens étaient présents lors du rassemblement. LP/Anthony Lieures  

Didier parle de ces agents qui ont « tous les jours la boule au ventre, car on ne sait jamais quand ça va éclater, ça peut être sur un mot, est-ce qu'on ne va pas se comprendre… »

Il dit avoir déjà été menacé de mort, et parle aussi de « cette perte de repères » des plus jeunes, qu'il côtoie. « Il n'y a plus beaucoup de grands frères qui donnent les bons conseils, qui rassurent. Aujourd'hui, les grands frères, ce sont les dealers. Ils viennent voir les plus jeunes, leur payent ceci, cela, un sandwich pour aller manger et les jeunes finissent par se tourner vers eux car ils se sentent bien. Ils grandissent mal et donc ils tournent mal, et parfois ça se termine dans les agences, comme cela s'est passé vendredi… »