Aéroport de Roissy : masques, hydroxychloroquine et rasoirs… la contrefaçon surfe sur la pandémie

Le nombre de saisies de marchandises contrefaites a augmenté de 20 % en un an. Avec la crise sanitaire, de nouvelles « tendances », comme l’hydroxychloroquine ou les rasoirs ont fait leur apparition.

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 Le ministre Olivier Dussopt a lancé ce lundi 22 février le plan de lutte contre la contrefaçon à la direction des douanes, sur la plateforme aéroportuaire de Roissy.
Le ministre Olivier Dussopt a lancé ce lundi 22 février le plan de lutte contre la contrefaçon à la direction des douanes, sur la plateforme aéroportuaire de Roissy. LP/N.R.

En période de pandémie, la contrefaçon ne connaît pas la crise. En 2020, les douanes françaises ont retiré du marché pour 5,6 millions d'euros de marchandises contrefaites, ce qui représente une hausse de 20 % des saisies. La France se retrouve en première position au niveau européen.

Ces produits représentent 3,3 % des échanges à travers le monde. Du tube de dentifrice en passant par les montres de luxe et bien sûr les masques chirurgicaux ou les cartes Pokémon, tout est susceptible d'être copié et revendu. Cela passe de plus en plus par l'e-commerce, « véritable accélérateur de la contrefaçon », souligne Philippe Legué, directeur interrégional des douanes à Paris-Aéroport.

Face à ce fléau, le ministre délégué chargé des Comptes publics, Olivier Dussopt a présenté ce lundi à la direction régionale des douanes de Roissy le nouveau plan de lutte contre les contrefaçons. Il a constaté que « les fraudeurs étaient en recherche perpétuelle de nouvelles opportunités, nous l'avons vu dès le mois d'avril avec la multiplication des masques contrefaits et la saisie de 227 000 unités ». L'an passé, les douanes ont ainsi vu transiter 5 milliards de masques !

Une fièvre grandissante pour les médicaments

A côté des traditionnels sacs Vuitton, toujours très prisés par les réseaux criminels, les douanes constatent que l'imagination n'a pas de limite. Dans son petit musée des saisies, elle a passé en revue l'incroyable variété des produits et dessiné les nouvelles tendances créées par le contexte sanitaire. Le secteur du médicament, et notamment l'hydroxychloroquine, a connu une forte poussée à partir d'avril.

Aéroport de Roissy, ce lundi. Le ministre des Comptes publics, Olivier Dussopt, devant de faux sacs Vuitton, toujours très prisés par les réseaux de contrefaçon. LP/N.R.
Aéroport de Roissy, ce lundi. Le ministre des Comptes publics, Olivier Dussopt, devant de faux sacs Vuitton, toujours très prisés par les réseaux de contrefaçon. LP/N.R.  

Plus insolite, les saisies de rasoirs tondeuses ont subi une inflation et avec elle, un développement de pâles copies. « Pendant le confinement, les gens n'allaient plus chez le coiffeur », explique Philippe Legué.

Autre article en très forte progression : les timbres. La semaine dernière, 72 000 timbres ont été saisis en provenance d'Asie. Avec un coût de fabrication de 2 centimes, la marge est énorme. « Ce sont des réseaux très structurés », ajoute le directeur.

Pour répondre à ces nouveaux enjeux, le plan de lutte contre la contrefaçon implique une coopération avec les plateformes de vente en ligne. « Elles ont des actions à mener, en préventive et aussi du tri à effectuer dans les propres offres », indique Florent Nourian, du bureau de lutte contre la fraude.

Les cyberdouaniers au cœur du nouveau plan de lutte

Le plan veut aussi développer l'action des cyberdouaniers chargés de passer au crible les sites Internet. Les pouvoirs accrus des douaniers passent aussi par le renforcement des « coups d'achat », lorsqu'un agent se fait passer pour un client afin de pénétrer les filières et les démanteler.

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Le nouveau plan s'adresse aussi aux grandes marques. Il les invite à intensifier leur demande d'intervention auprès des douanes. Delphine Sarfati-Sobreira, directrice générale de l'Unifab, l'Union des fabricants, salue ces initiatives « Il y a une meilleure prise en compte de la contrefaçon, estime-t-elle. Alors qu'il n'y avait aucun trafic passager, les saisies par voie de fret express et postal ont augmenté de 60 %. »

Au bout de la chaîne, les clients pris la main dans le sac s'exposent à payer deux fois la valeur légale de l'article contrefait. L'addition aurait pu se révéler très lourde lorsque les douaniers ont mis la main sur une montre Patek Philippe d'une valeur de 300 000 euros.