A Saint-Ouen, la cité Cordon à nouveau secouée par les règlements de comptes entre trafiquants

La cité Cordon a essuyé deux règlements de comptes en l’espace d’un mois et demi. Au lendemain de la fusillade qui a grièvement blessé un homme de 25 ans, les riverains oscillent entre fatalisme et colère ce mardi.

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 Saint-Ouen, ce mardi. Un homme de 25 ans a été grièvement blessé lundi au niveau de ce point de deal de la cité Cordon.
Saint-Ouen, ce mardi. Un homme de 25 ans a été grièvement blessé lundi au niveau de ce point de deal de la cité Cordon. LP/Nathalie Revenu

Comme si de rien n'était, la cité Cordon, à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), a retrouvé ce mardi matin ses habitudes. Les guetteurs prennent leur poste peu avant midi, les habitants rentrent du travail pour déjeuner. Les traces du règlement de comptes de la veille au soir ont totalement disparu.

Vers 20 h 30, un homme de 25 ans, originaire de Saint-Denis, a été fauché par des tirs. Blessé à l'abdomen, ses jours ne sont plus en danger. Son pronostic vital a été engagé, mais la balle n'a pas touché d'organes vitaux. Deux étuis de 9 millimètres ont été retrouvés par les enquêteurs de la police judiciaire.

Les caméras de surveillance ont remarqué trois individus qui s'enfuyaient. Etait-ce les tireurs ou des personnes présentes sur ce point de deal et qui ont pris peur? L'enquête ne fait que commencer et pour l'heure, le blessé n'a pas encore été entendu. Il serait considéré comme l'un de ceux qui sont chargés d'assurer la sécurité du « four ».

Saint-Ouen, ce mardi. A coups de graffitis, les dealeurs marquent leur territoire dans les parties communes des bâtiments de la cité. LP/Nathalie Revenu
Saint-Ouen, ce mardi. A coups de graffitis, les dealeurs marquent leur territoire dans les parties communes des bâtiments de la cité. LP/Nathalie Revenu  

De retour du travail, Hakim (le prénom a été modifié) a déjà sa petite idée sur la provenance des auteurs des coups de feu : « C'est les Boute-en-Train qui veulent reprendre le terrain. C'est juste une question de territoire. » En cela, il rejoint les hypothèses de la police qui penche aussi pour une démonstration de force de cette cité concurrente de Saint-Ouen, située en bordure des puces et toute-puissante dans le trafic de stupéfiants.

Cordon est un « terrain » très convoité. Située derrière la patinoire, non loin de la station de métro Mairie-de-Saint-Ouen et de la nouvelle ligne 14, elle aiguise les appétits des équipes rivales. Le 3 janvier, déjà, au pied de ces mêmes immeubles, Kevin, 26 ans, avait été frappé à mort à l'aide d'une batte de base-ball cloutée. Quatre suspects ont été arrêtés depuis et placés en détention provisoire.

«Je rentre tranquillement et je risque de prendre une balle»

Après deux règlements de comptes en l'espace d'un mois et demi, Hakim lâche : « Ce sont les dealeurs qui nous imposent leur loi. » Dans les cages d'escalier, des graffitis tracés à la hâte annoncent qu'ici, le trafic c'est « chez Lar Lar Express de 11 heures à 0h00 ». Les murs des parties communes sont aussi recouverts de signatures.

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« Ce sont des petits, quand ils viennent travailler ici, ils inscrivent leur pseudo dans la cage d'escalier », explique Hakim, qui peste à chaque fois qu'il pousse la porte du hall d'entrée : « Cela fait cinq ans qu'elle est cassée ainsi que l'interphone, mais la Semiso (NDLR : Société d'économie mixte de construction et de rénovation de la ville de Saint-Ouen) nous a dit qu'elle ne la réparerait pas car ils seront recassés tout de suite après. »

Les parties communes sont à l'avenant, les vitres cassées le restent et quand un locataire donne son congé, les portes d'entrée sont remplacées par de solides modèles en fer anti-intrusion pour éviter que les appartements ne soient squattés. Comme Mariam, croisée à l'entrée de la cité, les locataires de Cordon rêvent de « se sauver d'ici ».

Cette mère de famille, qui habite là depuis 12 ans, avoue avoir peur, car la fusillade de lundi soir s'est produite à l'heure où elle revenait du travail. « Je rentre tranquillement et je risque de prendre une balle, redoute-t-elle. C'est malheureux à dire mais on a pris l'habitude du trafic. C'est un peu une seconde nature. Qu'est-ce qu'il faut faire contre tout cela. Est-ce qu'on a tout essayé. C'est de la faute de qui ? Des jeunes ? Du gouvernement ? »