À L’Ile-Saint-Denis, des habitants ont ouvert le pavillon Bourgogne aux migrants

Un collectif de citoyens a décidé d’utiliser ce bâtiment municipal pour y héberger des exilés afghans évacués en décembre dernier du campement de Saint-Denis. La mairie annonce qu’elle a demandé l’évacuation des lieux pour le printemps.

 L’Ile-Saint-Denis, le 22 janvier 2020. Depuis le 3 janvier, douze hommes originaires d’Afghanistan se sont installés à l’intérieur du Pavillon Bourgogne à l’invitation d’un collectif d’habitants.
L’Ile-Saint-Denis, le 22 janvier 2020. Depuis le 3 janvier, douze hommes originaires d’Afghanistan se sont installés à l’intérieur du Pavillon Bourgogne à l’invitation d’un collectif d’habitants. LP/A.L.

« Il y a ce bâtiment qui est disponible, qui est vide, autant qu'il soit utilisé plutôt que de laisser des personnes à la rue… » Lancé dans des travaux de plomberie ce vendredi après-midi, Fabien* fait partie de ces habitants de L'Ile-Saint-Denis qui ont décidé de se mobiliser pour ouvrir et réaménager le Pavillon Bourgogne, ce bâtiment public situé dans la partie sud de l'île.

L’Ile-Saint-Denis. Le Pavillon Bourgogne est un bâtiment public situé dans la partie sud de l’île. LP/A.L.
L’Ile-Saint-Denis. Le Pavillon Bourgogne est un bâtiment public situé dans la partie sud de l’île. LP/A.L.  

Depuis le 3 janvier, douze personnes originaires d'Afghanistan, tous des hommes âgés de moins de 35 ans qui faisaient partie du campement de migrants évacué en décembre à Saint-Denis, s'y sont installées, invitées par ces habitants membres du collectif Citoyens Solidaires 93. Menacés d'expulsion, ils peuvent désormais s'y loger dans des dortoirs de fortune.

« Ce sont des personnes qui dormaient sous le pont juste à côté, sous des tentes, alors que ce lieu était disponible », rappelle aussi Morgane, une habitante de la ville membre du collectif, qui « passait tous les matins devant » pour aller travailler à Saint-Ouen. « L'idée, c'était de rouvrir ce pavillon pour leur garantir un lit, de l'eau chaude et la certitude de ne pas être expulsé par la police », explique-t-elle.

Hamid «ne savait plus où aller»

Parmi ces exilés, Hamid, 23 ans, passé par la Suède avant d'atterrir en France ces derniers mois. « À Saint-Denis, il y avait trop de gens, trop de bagarres, tous les jours », explique-t-il en anglais. Après l'évacuation, il raconte qu'il « ne savait plus où aller. » « On restait une heure quelque part, à Paris, ou deux heures, et partout, la police nous demandait de partir », poursuit-il.

L’Ile-Saint-Denis. Hamid, 23 ans, fait partie des réfugiés installés dans le pavillon Bourgogne. LP/A.L.
L’Ile-Saint-Denis. Hamid, 23 ans, fait partie des réfugiés installés dans le pavillon Bourgogne. LP/A.L.  

Il remercie les habitants de L'Ile-Saint-Denis qui lui ont ouvert le pavillon, « un bel endroit, où on nettoie, on range », dit-il, même si sa confiance a déjà été entamée par le passé. « J'étais quatre ans en Suède, et là-bas aussi, il y avait des gens très gentils pour nous aider, raconte-t-il. Mais on a quand même fini par devoir partir. Ici aussi, la police peut nous expulser… »

Une «occupation illégale» qui pourrait empêcher des travaux de mise aux normes

Depuis 2017, le pavillon Bourgogne était occupé par l'association Initiatives Construites Ilo-dionysiennes (ICI), fondée par cinq étudiants en architecture. Ils travaillaient sur ce « chantier participatif » visant à y créer une plateforme associative et solidaire pour le quartier.

D'après la mairie, un permis de construire a été déposé en décembre pour des travaux de mise aux normes qui devaient débuter au printemps. Le collectif citoyen qui a investi les lieux assure de son côté qu'il était inoccupé par l'association « depuis mars 2020 », évoquant même des fêtes sauvages organisées durant l'été.

« Si cette occupation illégale devait se prolonger au-delà de l'hiver, elle empêcherait le chantier et remettrait en cause les missions d'animation et de cohésion sociale réalisées en son sein depuis plusieurs années », a prévenu la municipalité, qui annonce qu'elle « va demander l'évacuation du lieu pour le printemps ».

La mairie plaide pour des réquisitions de logements et de bureaux… dans des villes riches

Elle en appelle à l'Etat, « compétent » sur la question des migrants : « En cette période hivernale, [il] doit demander la réquisition de logements et bureaux vides qui sont d'ailleurs souvent situés dans des villes bien plus riches que la notre. »

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Sur les réseaux sociaux, l'association ICI — que nous n'avons pas réussi à joindre — a réagi par ce court message : « Nous avons appris il y a quelques jours que le pavillon, inoccupé en attendant sa remise aux normes, était occupé par des réfugiés […] Nous sommes disponibles et volontaires pour échanger avec chacun des acteurs impliqués hier ou aujourd'hui dans le pavillon pour travailler au futur du lieu. »

*Le prénom a été modifié à la demande de l'intéressé