A bord de la navette électrique du canal Saint-Denis : «C’est plus sympa qu’un métro bondé»

La navette gratuite reliant le XIXe arrondissement de Paris au centre commercial Le Millénaire à Aubervilliers, a trouvé son public. Plusieurs milliers de personnes l’empruntent chaque jour, preuve d’un engouement grandissant pour le transport fluvial ?

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 Paris, XIXe, lundi 22 février. Accompagné de ses deux filles, Djemai, 51 ans, rentre de la Villette avec la navette fluviale : « J’ai grandi au bord de la Méditerranée et ça nous manque beaucoup […], ça fait plaisir de voir l’eau ».
Paris, XIXe, lundi 22 février. Accompagné de ses deux filles, Djemai, 51 ans, rentre de la Villette avec la navette fluviale : « J’ai grandi au bord de la Méditerranée et ça nous manque beaucoup […], ça fait plaisir de voir l’eau ». LP/A.L.

Pendant que la navette effectue doucement sa manœuvre, quasiment sans un bruit, une quinzaine de personnes patientent sur le ponton du canal Saint-Denis, ce lundi après-midi dans le XIXe arrondissement de Paris. On y trouve des habitants d'Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), revenant d'une sortie en famille, des habitants de Paris se rendant vers le centre commercial du Millénaire, des salariés se dirigeant vers leur lieu de travail, aussi.

C'est le cas d'Armelle, 49 ans, qui arrive tout droit de Grenoble (Isère), en passant par la gare de Lyon. « Je prends la ligne 14 puis la 7 jusqu'à Corentin-Cariou, explique-t-elle. Je pourrais prendre un autre itinéraire, mais à choisir, je préfère la navette, sourit-elle. On est dehors, même si ça ne dure que quelques minutes, c'est doux, et quand même plus sympa qu'un bus ou un métro bondé ! »

Jusqu'à 6000 voyageurs les samedis

Financée par Icade (copropriétaire du Millénaire) et en service depuis juillet 2007, cette navette électrique gratuite avait d'abord été mise en place pour les salariés du parc du Millénaire et des entrepôts et magasins généraux de Paris (EMGP), côté Aubervilliers, afin d'aider à la commercialisation des bureaux.

Elle s'est ensuite ouverte au grand public, séduisant, chaque jour, plusieurs milliers de personnes : avant la crise sanitaire, elle transportait en moyenne 3 800 passagers quotidiens, et jusqu'à 6 000 voyageurs le samedi.

Pré-Covid, la navette fluviale transportait en moyenne 3800 passagers chaque jour. LP/A.L.
Pré-Covid, la navette fluviale transportait en moyenne 3800 passagers chaque jour. LP/A.L.  

Ce lundi après-midi, elle est pleine. « On rentre à la maison », explique Djemai, 51 ans, qui habite le centre d'Aubervilliers. Il a passé l'après-midi avec ses filles dans le parc de la Villette. « On la prend de temps en temps et ça nous plaît bien, explique-t-il. Personnellement, j'ai grandi au bord de la Méditerranée, et la mer nous manque beaucoup ici à Aubervilliers, alors ça fait plaisir de voir l'eau. »

Le canal devient un lien entre Paris et sa banlieue et non plus une barrière

Le trajet est court, sans escale. Mais il permet de relier deux sites d'activité séparés par le canal. Celui-ci devenant, en une dizaine de minutes maximum, un lien entre Paris et Aubervilliers et non plus une fracture urbaine. A peine le temps de passer sous le périph' et d'observer quelques œuvres de street art au bord de l'eau, que l'on accoste déjà devant le centre commercial. Habitante du quartier des Quatre-Chemins, côté Pantin, Khady, 31 ans, trouve que ce mode de déplacement casse sa routine : « C'est original, c'est ça qui me plaît. »

Dans la navette du retour, on croise également de nombreux employés des bureaux du ministère de la Justice, installés de l'autre côté de la darse du Millénaire. Le petit bateau, Julie, 40 ans, le prend tous les jours en venant de Jaurès (Paris, XIXe). Elle trouve aussi que « cela change des transports où l'on est serré les uns contre les autres, surtout en ce moment avec le Covid ». « C'est agréable d'être sur l'eau quelques minutes, on prend un bol d'air », se réjouit-elle.

En quelques minutes, la navette permet traverser le canal Saint-Denis. LP/A.L.
En quelques minutes, la navette permet traverser le canal Saint-Denis. LP/A.L.  

Cyril, 47 ans, vient lui aussi de province. Il repart vers la gare de l'Est en passant aussi par la navette : « Ça fait plusieurs années et c'est agréable, apprécie-t-il. S'il y avait le métro à côté, je ne dis pas, mais il n'y en a pas. En plus, sous terre, ce n'est pas toujours intéressant. Ici, on a une vue sur l'extérieur, on voit ce qui se passe. »