A Aubervilliers, le «gang de Noisy-le-Sec» a-t-il pris le pouvoir comme le dénonce l’opposition?

Plusieurs proches de l’ancien maire (UDI) de Noisy-le-Sec, Laurent Rivoire, ont rejoint la nouvelle maire (UDI) d’Aubervilliers, Karine Franclet. Dans les services, on parle d’une « chasse aux sorcières. »

 La nouvelle maire (UDI) d’Aubervilliers, Karine Franclet, le soir de sa victoire aux municipales, le 28 juin.
La nouvelle maire (UDI) d’Aubervilliers, Karine Franclet, le soir de sa victoire aux municipales, le 28 juin.  LP/N.R.

Il n'y a pas qu'en football que le mercato s'est agité en coulisse ces dernières semaines. Après les municipales, les nouvelles équipes ont aussi fait leur marché avec des contrats qui ont encore été officialisés ces derniers jours. C'est le cas par exemple à Aubervilliers, où la nouvelle maire (UDI) Karine Franclet — qui a succédé à la communiste Meriem Derkaoui —, continue, après l'arrivée d'un directeur de cabinet, de compléter son entourage d'un directeur général des services ou encore d'une collaboratrice de cabinet…

Leur point commun? Être tous transfuges de Noisy-le-Sec où ils travaillaient auprès de l'ancien maire (UDI) Laurent Rivoire, battu en juin. Ce qui a mis la puce à l'oreille de la nouvelle opposition de gauche, et notamment le PCF qui a carrément alerté dans un tract sur « l'arrivée du gang de Noisy-le-Sec » à la tête de la ville.

«Il ne fait pas bon être catalogué communiste»

Et qui aurait entamé, depuis quelques semaines, un travail de sape après l'alternance. « Il ne fait pas bon être catalogué communiste, de gauche ou même syndicaliste aux yeux de la nouvelle direction », épingle le parti communiste, qui parle aussi d'une « chasse aux sorcières » en cours dans les services de la ville.

Un terme un peu fort ? « Pas du tout, rétorque la secrétaire de section Aurélie Le Meur. En quelques jours, trois chargés de mission ont été remerciés. Trois DGA (directeurs adjoints des services) également, alors que leur contrat se terminait fin janvier, tout comme une directrice de service, des contractuels… » détaille-t-elle.

«De la malhonnêteté intellectuelle»

Elle note aussi que les profils des nouveaux postes n'ont pas été diffusés, « alors que c'est la loi. » Ainsi qu'une inquiétude grandissante dans les services de la ville, avec des « gels de poste, des départs à la retraite non remplacés. » Deux nouveaux syndicats représentatifs du personnel viennent de se créer, Sud et l'Unsa.

Invitée à réagir, Karine Franclet dénonce des « manœuvres politiciennes, avant les départementales qui arrivent à grand pas… » Le gel des postes ? « C'est faux, assure-t-elle. On a hérité d'une situation où il y a énormément de postes vacants, non remplacés, et on a lancé des procédures de recrutement dans les règles. » Elle annonce notamment l'arrivée de huit à dix nouveaux policiers municipaux d'ici la fin de l'année.

Concernant le remplacement des postes clés au sein de la ville, la nouvelle maire dit regretter la « malhonnêteté intellectuelle » de la gauche. « Ce sont des postes politiques. Après n'importe quelle alternance, on ne garde pas le directeur général des services. On a accompagné son départ et ça se passe très bien, avec beaucoup d'humanité, poursuit-elle. On n'a pas les mêmes idées, mais on respecte les gens. Et c'est pareil pour les trois DGA. Il faut qu'ils soient en cohérence avec la nouvelle politique et non des personnes qui ont fait campagne pour l'ancienne équipe, comme c'était le cas pour certains. »

«Une transition plus douce»

« Bien évidemment que ce sont des postes clés, qui appliquent les directives politiques mises en place. Mais un fonctionnaire doit être neutre, rétorque Aurélie Le Meur. Cela fait partie de ses devoirs et dans beaucoup de villes, ces directeurs ont fait preuve de leur intégrité et du respect de la fonction publique. Leur permettre d'aller au bout de leur contrat, cela aurait aussi assuré une transition plus douce. »

L'édile dit aussi avoir mis fin aux contrats de chargés de mission dont les tâches « n'étaient pas clairement définies. Ce sont aussi des emplois directement rattachés au cabinet. C'est politique. Et j'en recruterai des nouveaux. »

Concernant la venue d'autant de cadres de Noisy-le-Sec, la maire décrit le processus de recrutement. D'abord pour le directeur de cabinet, Stephane De Pous, nommé très rapidement au début de l'été. « J'ai mené plusieurs entretiens, mais mon choix s'est porté sur lui, qui a montré une grande envie de tenter ce challenge. Ensuite, il est très important, à mes yeux, d'avoir un binôme DGS - dircab (directeur de cabinet) qui fonctionne bien. » Son choix s'est donc porté sur Michel Gautron, qui était directeur des services à Noisy.

«Je ne vais pas me priver de compétences juste parce qu'ils viennent de Noisy-le-Sec»

« Ils cochaient toutes les cases, pourquoi me priver d'un binôme qui fonctionne, et qui est compétent ? interroge encore Karine Franclet. Je ne vais pas m'en priver juste parce qu'ils viennent de Noisy-le-Sec. » Elle évoque ses critères : « Une grande expérience, car c'est mon premier mandat, une bonne connaissance du territoire, que le courant passe bien et aucune affaire, jamais aucune affaire. »

Des mots qui ne sont pas anodins puisque Laurent Rivoire, l'ex-maire de Noisy-le-Sec sera jugé en 2021 pour « favoritisme et prise illégale d'intérêt » au tribunal de Bobigny, en sa qualité d'ex-président du bailleur Noisy-le-Sec Habitat. Un bon connaisseur du dossier reconnaît d'ailleurs qu'aucune des trois nouvelles recrues d'Aubervilliers « n'a officiellement de casserole » après son passage à Noisy.