Vaires-sur-Marne : six habitants du square Paul-Algis nient avoir frappé les migrants

Le tribunal correctionnel de Meaux jugeait, dans la nuit de jeudi à vendredi, six prévenus soupçonnés d’avoir participé à un déferlement de violences commises le 19 juin sur la dalle de cette cité de Vaires-sur-Marne. Le délibéré sera rendu le 3 décembre.

 Vaires-sur-Marne, vendredi 24 juillet 2020 : C’est sur la dalle de cette cité qu’a eu lieu l’agression des migrants.
Vaires-sur-Marne, vendredi 24 juillet 2020 : C’est sur la dalle de cette cité qu’a eu lieu l’agression des migrants. LP/Guénaèle Calant

Les six Vairois, jugés jeudi pour les violences commises à l'encontre de sept migrants – dont six mineurs non accompagnés - sur la dalle de la cité Paul Algis, à Vaires-sur-Marne, le 19 juin, seront fixés sur leur sort le 3 décembre. Le jugement du tribunal correctionnel de Meaux a en effet été mis en délibéré.

L'audience, qui a démarré jeudi, à 18 heures, s'est achevée vendredi, peu avant 1 heure du matin. Le parquet a requis des peines allant de huit mois de prison, dont quatre ferme, jusqu'à un an de prison, dont six mois ferme, à l'encontre des six prévenus, âgés de 19 à 28 ans, qui comparaissaient libres. Trois d'entre eux sont membres du groupe de rap N'Seven7.

Outre des violences très graves, il leur est également reproché d'avoir - les jours suivant l'agression - volé deux téléphones portables mais aussi d'avoir dégradé deux appartements de la Fondation d'Auteuil, dans lesquels étaient logés les adolescents.

Pas de victimes à l'audience

Aucune des victimes n'était présente – ou représentée – à l'audience. Personne pour porter leur voix : ni avocat, ni association. Pas même l'Aide sociale à l'enfance, gérée par le conseil départemental, qui les suivait à l'époque. Et pourtant, quatre de ces jeunes violentés sont toujours mineurs. L'un d'eux – grièvement blessé au visage - a bénéficié de 21 jours d'ITT, un autre de 10 jours.

C'est un véritable passage à tabac, sous les yeux de nombreux habitants du square Paul-Algis, qu'ont subi les migrants, ce jour-là. A 22h45, les policiers avaient été alertés d'une agression commise sur la dalle. Mais à leur arrivée, plus personne. Les pompiers avaient découvert deux victimes ensanglantées, un peu plus loin, rue Félix Faure.

Le lendemain, la police municipale de Vaires-sur-Marne avait escorté – dans une ambiance électrique - un des migrants, venu récupérer ses affaires dans son logement. Une intervention au cours de laquelle des menaces de mort avaient été proférées.

C'est parce qu'ils auraient importuné des jeunes filles de la cité, que les migrants ont été violemment agressés. Clins d'œil, invitations, les jeunes auraient « dragué » des adolescentes. Le point de part du déferlement de violences serait le mot « chérie », prononcée par un des migrants à l'adresse d'une adolescente, quelques jours plus tôt. Le gamin n'a pas eu le temps de répliquer, il a été tabassé dans la foulée.

Les avocats de la défense plaident la relaxe

Le rappeur D.I.V. et son frère, membre du groupe de rap N'Seven7, ont été désignés par des témoins, comme étant présents le jour de l'agression. Une quarantaine d'autres personnes étaient sur la dalle à ce moment-là.

A l'audience, tous les prévenus ont contesté avoir participé aux violences. Les débats étaient particulièrement compliqués à suivre, en raison des témoignages imprécis, dus à la multiplicité des auteurs, des victimes et des coups portés dans un contexte de grande confusion.

Me Ludovic Beaufils, un des avocats de la défense, a déposé des conclusions de nullité, en début d'audience. Il a fustigé la parade d'identification organisée au commissariat de Chelles, en juillet, lorsque son client – le rappeur D.I.V. – était en garde à vue : « Normalement, on doit mettre le suspect au milieu de distracteurs, c'est-à-dire de personnes qui n'ont rien à voir avec l'infraction mais qui lui ressemblent. Or, mon client a été placé aux côtés des autres prévenus. Et je n'ai pas pu y assister alors que j'aurais dû ».

Et l'avocat de la défense de regretter qu'il n'y ait jamais eu de confrontation entre ces derniers et leurs accusateurs. Les victimes, terrorisées, l'ont refusée.