Thomery : la Poussinière, une colocation accompagnée pour seniors fragiles

Entre vivre seul ou entrer en Ehpad, ces séniors fragiles souffrant de troubles cognitifs ont choisi le domicile partagé. Chaque résidant dispose de sa chambre mais ils cuisinent ensemble et sont encadrés par des professionnelles.

 Thomery, mardi 19 janvier. Dans le salon, de gauche à droite, Caroline, Caroline Deligny, psychomotricienne et coordinatrice, Jack, Madeleine et Aline. Debout à l'arrière, les auxiliaires de vie Cathy et Béa, et la stagiaire Audrey.
Thomery, mardi 19 janvier. Dans le salon, de gauche à droite, Caroline, Caroline Deligny, psychomotricienne et coordinatrice, Jack, Madeleine et Aline. Debout à l'arrière, les auxiliaires de vie Cathy et Béa, et la stagiaire Audrey. LP/Sophie Bordier

Une grande bâtisse bourgeoise devenue « domicile partagé », où les habitants peuvent discuter, cuisiner et participer ensemble à des activités avant de regagner leur chambre. Bienvenue à la Poussinière, maison située dans le centre du village de Thomery, près des commerces, entre Seine et forêt de Fontainebleau. Ses colocataires? Des seniors autonomes mais atteints de la maladie d'Alzheimer ou d'autres troubles cognitifs.

«C'est l'alternative que nous proposons entre le domicile privé et l'Ehpad. Cela n'existe pas et cela manque », résume Caroline Deligny, psychomotricienne et coordinatrice de cette maison fondée par Maison des Cultures, association née en 2018 et dont le statut est devenu coopératif en 2020. La Poussinière est son premier site. L'endroit a ouvert le 14 janvier.

Thomery, 19 janvier.  Cette formule de «  domicile partagé » a commencé le 14 janvier au 8 rue du 4 septembre, dans le centre-bourg de Thomery. LP/Sophie Bordier
Thomery, 19 janvier. Cette formule de « domicile partagé » a commencé le 14 janvier au 8 rue du 4 septembre, dans le centre-bourg de Thomery. LP/Sophie Bordier  

Soutenu par l'Agence régionale de santé (ARS), le conseil départemental de Seine-et-Marne et la commune de Thomery, le projet promet aux nouveaux habitants un bien-être dans l'accompagnement. Finie la solitude face aux troubles qui les envahissent !

« Seuls chez eux, certains de nos résidants avaient une mauvaise alimentation, d'autres se levaient à 3 heures du matin et sortaient dans la rue... Ils ont besoin d'un accompagnement permanent, besoin d'être guidés et stimulés. Le seul fait de cuisiner et prendre ses repas avec d'autres apporte une énorme stimulation au plan cognitif, sensoriel et social ! », assure Caroline Deligny présente sur place avec sept auxiliaires de vie. Elles se relaieront jour et nuit.

« On veut créer les conditions pour qu'ils continuent à faire les choses eux-mêmes et ainsi ralentir les effets de la maladie. Notre objectif , c'est réduire les troubles du comportement comme le repli sur soi, la dépression, l'agressivité. »

Thomery, 19 janvier. Caroline Deligny (à gauche) et Béa, auxiliaire de vie, ici dans la cuisine dotée d'un bloc central où les seniors participent à la préparation des plats. LP/Sophie Bordier
Thomery, 19 janvier. Caroline Deligny (à gauche) et Béa, auxiliaire de vie, ici dans la cuisine dotée d'un bloc central où les seniors participent à la préparation des plats. LP/Sophie Bordier  

Ce projet, Caroline Deligny le porte avec trois amies : Servane Marty, paysagiste spécialiste des jardins thérapeutiques, Cendrine Bevernage et Karen Piaget, créatrices de CK Services (aide à domicile) à Thomery. Une équipe qui connaît les personnes âgées.

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La grande bâtisse fin XIXe siècle s'étend sur 430 m2 et compte dix chambres avec salle de bains privée. Un appartement pour deux est en cours de rénovation au dernier étage. Chaque locataire a apporté son mobilier pour garder des repères familiers. Pour le reste, des dons ont permis de meubler avec goût les parties communes. Résultat : un intérieur chaleureux et fleuri. Dehors, le terrain de 1600 m2 offre un grand jardin et une serre. De quoi varier les activités.

Cinq femmes et un homme sont déjà inscrits. Restent quatre places. Mardi, peu avant la promenade dans le centre-bourg, les nouveaux habitants de la Poussinière sont réunis dans le salon aux gros radiateurs en fonte. Leur ressenti depuis leur arrivée le 14 janvier ? « C'est accueillant », sourit Madeleine, 92 ans, couverte d'un plaid dans un large fauteuil . «On mange bien. Je suis content ! » rajoute Jack, 91 ans, sur un ton jovial. Régine, elle, a hâte de sortir. « Il faut aller là où il fait beau », sourit cette femme coquette âgée de 88 ans. Caroline, 89 ans, plie son foulard, prête à décoller de son siège : « Qu'est-ce qu'on attend, on y va ? »

« Ils vont bien, ils dorment bien »

Caroline Deligny sourit. « En quelques jours, on les connait déjà bien avec leurs habitudes de vie... Ils vont bien, ils dorment bien ». Un signe qui ne trompe pas : « Ils sont actifs toute la journée et le soir, ils sont fatigués ! Personne n'a demandé à regarder la télévision que certains allumaient toute la journée quand ils vivaient seuls », ajoute-t-elle.

De fait, plusieurs activités attendent les habitants. Notamment la cuisine. Soupes de légumes, gratin de pâtes, lasagnes aux épinards... Tous les repas sont faits maison. Chacun donne un coup de main en épluchant les légumes, en les lavant, etc. « Et on goûte ! », insiste Jack avec malice.

Thomery, 19 janvier. Salariée chez Les Petits Frères des Pauvres et en stage pour rédiger un mémoire sur l'initiative de maison  partagée à Thomery, Audrey (à gauche) est l'une des accompagnantes du groupe qui part en balade. LP/Sophie Bordier
Thomery, 19 janvier. Salariée chez Les Petits Frères des Pauvres et en stage pour rédiger un mémoire sur l'initiative de maison partagée à Thomery, Audrey (à gauche) est l'une des accompagnantes du groupe qui part en balade. LP/Sophie Bordier  

Des loisirs sont également prévus: promenade dans le jardin ou dans le centre de Thomery, jardinage, lotos, jeux cognitifs, gym douce, venue de musiciens, etc. « En fait, la première stimulation, c'est la discussion, rigoler, donner son avis ! », insiste Caroline Deligny.

Dans cette maison non médicalisée, chaque habitant peut garder son médecin traitant et recevoir son kinésithérapeute, ou autre soignant. Et aussi une coiffeuse à domicile.

Pour démarrer, les instigatrices du projet ont été aidées par France Active, le Crédit coopératif, la MSA, les groupes Malakoff et Humanis, sans oublier Les Petits Frères des pauvres.

«Les familles ont leur place »

Coût du loyer mensuel : 2800 euros en moyenne (selon la taille de la chambre), charges incluses et aides incluses (APA, APL, etc).

« Les familles attendent souvent la dernière minute et confient leur parent à un Ehpad sans préparation. C'est traumatisant pour tout le monde. Nous proposons une alternative où les familles ont leur place ! Au conseil de colocation, ils se prononcent sur différents choses, comme la composition des menus bios, etc. »

Christine a confié sa mère âgée de 83 ans à la Poussinière. «Auparavant, elle était en Ehpad. Avec la crise sanitaire, je n'avais droit qu'à 40 minutes de visite par semaine. Or, le temps nous est compté. On se parle et on interagit encore ensemble. Alors ici, avec ma soeur, on peut venir la voir souvent . Et j'apprécie aussi qu'elle soit stimulée. Elle ne se laisse pas aller. J'espère que cela va stabiliser l'évolution de la maladie... »

Renseignements au 06 68 62 84 37 ou sur [email protected]