Sept détenus de Meaux sur scène pour un spectacle musical autour du temps

Initialement prévu fin avril, «Voyages divers» écrit par des détenus, des résidents d’Ehpad, des malades et des mal-logés sera finalement joué avec l’Orchestre de chambre de Paris vendredi 25 septembre à la MC93 à Bobigny.

 Meaux-Chauconin, mardi 15 septembre 2020. Les répétitions ont repris avec intensité début septembre.
Meaux-Chauconin, mardi 15 septembre 2020. Les répétitions ont repris avec intensité début septembre. LP/Guénaèle Calant

« Ce confinement, ce temps qui s'est arrêté, ça a été le théâtre dans le théâtre. Une façon pour nous de mieux comprendre ce que vivent les détenus et une raison de plus pour poursuivre notre projet » : Amélie Eblé, responsable des actions culturelles et éducatives de l'Orchestre de chambre de Paris, a repris le chemin de la prison de Meaux-Chauconin (Seine-et-Marne), début septembre.

Et avec elle, des musiciens de cette prestigieuse formation qui seront sur la scène de la MC93 à Bobigny (Seine-Saint-Denis), vendredi 25 septembre, aux côtés de détenus. Ils présenteront le spectacle « Voyages divers ». Un projet d'envergure, auquel participent la pianiste internationale Shani Diluka, le musicien électro Matias Aquayo et des comédiens professionnels.

Une partie des textes a été écrite par des malades hospitalisés à La Pitié-Salpêtrière, à Paris, des pensionnaires de l'Ehpad Hector-Berlioz à Bobigny et des mal-logés pris en charge par le Samu social au centre d'hébergement d'urgence Popincourt, à Paris (XIe). Avec l'aide d'écrivains, leurs mots ont été couchés sur le papier l'automne dernier. Ils servent de trame à ce spectacle musical.

La représentation devait avoir lieu au printemps. Mais l'épidémie de Covid 19 et le confinement sont passés par là, entraînant la suspension de toute activité culturelle, en milieu carcéral et à l'extérieur. Entre-temps, certains auteurs ont perdu la vie.

Répétitions intensives depuis début septembre

« Les répétitions à la prison ont repris tous les jours depuis la rentrée, intensément. Sept détenus du centre de détention seront sur scène. Deux d'entre eux ont été libérés depuis et poursuivent l'aventure avec nous », sourit Irène Muscari, la coordinatrice culturelle du Service pénitentiaire d'insertion et de probation (Spip).

C'est elle qui a choisi de construire le projet autour du temps. « C'est très étrange de voir comment cette thématique est entrée en résonance avec le confinement. Quand nous nous sommes tous revus, nous nous sommes demandé : qu'est-ce que c'était, ce temps-là ? On m'a répondu : le temps de l'attente. »

Meaux-Chauconin, mardi 15 septembre 2020. La pianiste internationale Shani Diluka sera sur scène aux côtés des musiciens de l’Orchestre de chambre de Paris. LP/Guénaèle Calant
Meaux-Chauconin, mardi 15 septembre 2020. La pianiste internationale Shani Diluka sera sur scène aux côtés des musiciens de l’Orchestre de chambre de Paris. LP/Guénaèle Calant  

Le violoniste Franck Della Valle, qui participe régulièrement à des projets en lien avec le centre pénitentiaire de Meaux-Chauconin, a repris les répétitions avec enthousiasme : « On est dans une bulle. Pas de téléphone, pas de montre. »

«Avec le confinement, j'ai mieux compris les textes écrits par les détenus»

Si le metteur en scène Olivier Fredj a été séduit par le projet, c'est parce qu'à l'époque, justement, il répétait sans cesse : « Je n'ai pas le temps. » C'est lui qui a eu l'idée d'élargir l'écriture des textes à des personnes pour qui le temps s'est aussi arrêté, dans un hôpital, une maison de retraite ou un centre d'hébergement : « Je vois le théâtre comme lien entre tous ces publics qu'on dit non-productifs. C'est une façon d'interroger la société en provoquant des rencontres. »

Meaux-Chauconin, mardi 15 septembre 2020. La pianiste internationale Shani Diluka, la coordinatrice culturelle Irène Muscari et le metteur en scène Olivier Fredj (de g. à d.) en répétition. LP/Guénaèle Calant
Meaux-Chauconin, mardi 15 septembre 2020. La pianiste internationale Shani Diluka, la coordinatrice culturelle Irène Muscari et le metteur en scène Olivier Fredj (de g. à d.) en répétition. LP/Guénaèle Calant  

Tout le monde répète avec un masque sanitaire sur le visage. « C'est excellent pour l'articulation », sourit Emma Bazin. La comédienne a découvert le milieu carcéral avec ce spectacle. « D'habitude, je divertis. Pour la première fois, je me sens utile. Avec le confinement, j'ai mieux compris les textes écrits par les détenus, j'ai saisi des éléments que je n'avais pas perçus au départ », note-t-elle.

Les 184 détenus ont été dépistés

Le temps d'une soirée, les détenus — qui eux aussi ont participé à l'écriture des textes — incarneront tour à tour le personnage du temps. « J'ai parlé du sablier. Le temps s'y écoule mais il ne donne pas l'heure », explique Bison, 40 ans. Avant de revenir sur le Covid-19 : « La période a été moins dure pour nous qu'à l'extérieur car on est habitué à une sorte de confinement. Ce qui a été le plus difficile à vivre, c'est l'inquiétude pour la santé de nos parents. »

L'épidémie constitue toujours une menace, à l'extérieur et aussi derrière les murs de la prison. Pour preuve : la semaine dernière, le centre de détention est repassé en régime « portes fermées » et ses 184 détenus ont été dépistés. C'est que fin août, dix d'entre eux s'étaient révélés positifs asymptomatiques. Bonne nouvelle… pour le moment : les derniers résultats sont négatifs.

Vendredi 25 septembre, à 20 heures, à la MC93 à Bobigny. Tarif : 6 euros. Renseignements au 01.41.60.72.72.