Seine-et-Marne : un jeune de 18 ans condamné pour proxénétisme à Combs-la-Ville

Un jeune de 18 ans a été condamné ce lundi à deux ans de prison dont un avec sursis. Selon lui, il ne faisait qu’«aider» une jeune fille de 17 ans à se prostituer dans un appartement à Combs-la-Ville, en Seine-et-Marne.

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 Le tribunal correctionnel de Melun a rendu sa décision à l’encontre du jeune homme, seul poursuivi alors que deux autres personnes étaient également dans l’appartement loué au noir pour des passes en janvier dernier à Combs-la-Ville.
Le tribunal correctionnel de Melun a rendu sa décision à l’encontre du jeune homme, seul poursuivi alors que deux autres personnes étaient également dans l’appartement loué au noir pour des passes en janvier dernier à Combs-la-Ville. LP/Olivier Boitet

Poursuivi pour proxénétisme sur la personne de Lili (le prénom a été changé), âgée de 17 ans, Axel (le prénom a été changé) a été condamné, ce lundi par le tribunal correctionnel de Melun (Seine-et-Marne), à deux ans d'emprisonnement dont un avec sursis et mise à l'épreuve avec obligation de soins et de travail, et interdiction d'entrer en contact avec Lili.

Le jeune homme âgé de 18 ans devra verser 3000 euros à l'administrateur ad hoc de Lili et 1000 euros de dommages et intérêts à l'association EACP (Equipes d'action contre le proxénétisme), tous deux parties civiles. Son sursis de huit mois dans une autre affaire est révoqué et il devra également effectuer deux mois de prison ferme pour avoir refusé de donner ses empreintes aux enquêteurs.

«Sur une passe de 50 euros, elle en gardait 10»

L'affaire remonte au 7 janvier dernier. Suite à plusieurs recoupements et à une annonce en ligne sur le site Wannonce, la police surgit dans un appartement de Combs-la-Ville où se trouvent Lili en petite tenue et deux autres filles. Et dans la salle de bains, assis dans l'obscurité, Axel est là, un pistolet de calibre 6.35 mm chargé et 70 euros en liquide posés sur les toilettes. A ses côtés, Letall (le prénom a été changé), un autre homme qui détient de l'herbe de cannabis et plus de 200 euros en espèces.

Face aux enquêteurs, Lili affirme mener son activité seule, gagner environ 2000 euros par semaine. La psychologue note la « grande souffrance » de Lili, « très éprise » d'Axel avec un « dévouement sacrificiel qui entame son discernement ».

Déborah (le prénom a été changé), une amie de Lili, présente dans l'appartement, affirme que Lili a une dette de 6000 euros envers Axel qui réserve la chambre. « Une journée peut rapporter entre 100 et 700 euros. Sur une passe de 50 euros, elle en gardait 10 », affirme-t-elle aux policiers.

Dans son box, Axel, déjà poursuivi dans une affaire de proxénétisme à Paris, nie ce rôle dans ce dossier. « Je lui ai dit de ne pas se lancer là-dedans. Mais elle était déterminée. Alors j'étais là pour l'aider. Je lui achetais à manger, des vêtements. Je lui rendais visite quand elle me le demandait. Je n'en profitais pas. Elle n'avait aucune dette envers moi. »

A l'audience, Lili brillait par son absence. Placée dans un foyer à Provins, puis dans un autre, elle a fugué. « L'Aide sociale à l'enfance ne sait pas où elle est. Selon la psychologue, il y a un risque d'effondrement massif, on ne sort pas indemne de ce type de manipulation », tance Me Le Squer, représentant la partie civile.

Escort girl, une activité glamourisée

« La prostitution est devenue banalisée, glamourisée. Les jeunes filles se disent escort girls. Elles prennent comme modèle Zahia qui a eu des rapports tarifés avec des joueurs de l'équipe de France de football. C'est de l'argent facile », lance la substitut du procureur. « L'envers du décor, c'est la vente de leurs corps, les clients qui défilent, les rapports chronométrés… »

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Et Axel ? « Il exerçait une telle emprise sur elle qu'elle perd tout discernement. Il assure la sécurité de passes avec son arme, prend son argent. L'infraction est caractérisée. » Elle a requis quatre ans d'emprisonnement dont un avec sursis et maintien en détention.

Avocate d'Axel, Me Delegiewicz relativise le rôle de son client. « Le vrai proxénète, c'est celui qui se sert du sentiment amoureux et est quasiment là tout le temps. Or, Axel a une petite amie. Et surtout, Lili a dit à la psychologue être escort girl depuis plusieurs années. Quand sa mère a découvert qu'elle était sur un site, elle a dû partir chez son père ! »

L'avocate pointe les zones d'ombre de l'enquête : « Déborah qui charge Axel en sait beaucoup sur ce qui se passe : le nombre de passes par jour de Lili, l'organisation, la répartition de l'argent… Elle lui porte assistance, l'aide à prendre sa douche le soir quand elle n'a plus la force de le faire. Elle se dédouane de ses responsabilités, mais son intérêt à elle n'est-il pas aussi d'éviter les poursuites à l'encontre de son petit ami, Letall, également présent dans la salle de bains ? La volonté du parquet de ne pas mettre en cause ces deux-là m'interroge… »