Seine-et-Marne : même ouvert au public, le squat écologiste divise le «village gaulois»

Lors d’une après-midi rencontre organisée ce dimanche à Saint-Mammès, les occupants de l’ancienne bourse d’affrètement ont expliqué leur démarche et leur projet à leurs sympathisants… et à leurs opposants.

 Saint-Mammès (Seine-et-Marne), le 4 octobre 2020. Des visiteurs sont venus voir le lieu et les occupants du site par curiosité ou pour comprendre leur démarche.
Saint-Mammès (Seine-et-Marne), le 4 octobre 2020. Des visiteurs sont venus voir le lieu et les occupants du site par curiosité ou pour comprendre leur démarche. LP/Sophie Bordier

Crêpes et cafés offerts, gratuiterie avec divers vêtements et objets, concerts… Les occupants du site de l'ancienne bourse d'affrètement située 10, quai du Loing à Saint-Mammès (Seine-et-Marne) ont joué la carte de l'ouverture et du dialogue ce dimanche après-midi lors d'une « journée rencontre » destinée à tous.

Il faut dire que l'irruption de sept personnes issues des collectifs écologistes Extinction Rebellion et Youth for Climat dans ce lieu le 17 septembre a fait du bruit dans le secteur, provoquant parfois des réactions virulentes de certains parmi les habitants et les bateliers devant le portail du site les 21, 22 et 24 septembre. Fermée depuis vingt ans, la bourse d'affrètement représente tout un symbole pour les mariniers dont Saint-Mammès est la capitale au sud de l'Ile-de-France.

« On avait prévu dès le départ d'ouvrir le lieu au public ! », rétorque Hélène, arrivée le 19 septembre. « On aimerait rester plusieurs mois, le temps de commencer des jardins partagés, organiser des conférences-débats, des ateliers zéro déchet, des concerts pour que les habitants se réapproprient ce lieu qui se dégradait en étant inoccupé. Notre projet est transitoire en attendant ceux du maire qui ne sont pas pour demain. »

«On a aussi le soutien de certains mariniers, d'habitants et d'associations»

Elu en juin dernier, Joël Surier (SE) avait préempté le site pour y installer un espace de coworking, une bibliothèque, un musée de la batellerie et, à l'extérieur, des jardins partagés et des jeux pour les enfants.

A 14 heures, Jean-Luc, de Saint-Mammès, franchit les grilles avec des amis. « Je vis ici depuis 2005 et j'ai toujours vu ce lieu fermé. Pourquoi les bateliers se manifestent-ils seulement maintenant pour ce site qui se dégrade? », s'interroge-t-il. Un site qui appartient aux Voies Navigables de France (VNF).

Saint-Mammès (Seine-et-Marne), le 4 octobre 2020. Hélène évoque le « mode de vie sobre » dans la maison de l’éclusier au fond à gauche. LP/Sophie Bordier
Saint-Mammès (Seine-et-Marne), le 4 octobre 2020. Hélène évoque le « mode de vie sobre » dans la maison de l’éclusier au fond à gauche. LP/Sophie Bordier  

Depuis l'arrivée des squatteurs, le lieu est devenu Maison des écologies et des résistances (Mer). « Certains se sont sentis dépossédés ! Cela dit, on a aussi le soutien de certains mariniers, d'habitants et d'associations comme Pas très Loing de la Seine, Au bon coin, Méli-Mélo… », assure Hélène. « On vit de peu. Pour nous nourrir, on récupère des produits intacts dans les poubelles des supermarchés. On fait aussi la fin des marchés. Pour le chauffage, on va installer un poêle à bois », raconte-t-elle.

Un visiteur entre dans l'espace crêpes-gratuiterie et s'interroge : « Même si vous ne pénétrez pas chez un particulier, mais dans une propriété de l'Etat, c'est quand même un squat ! »

«Ce n'est pas à vous de décider quoi faire pour les Mammésiens !»

« Pour nous, c'était logique de venir dans ce lieu. Mais logique aussi qu'on s'excuse auprès des habitants qui n'ont pas compris », répond Luciole, surnom de la jeune femme qui fait les crêpes. « J'aime avoir un toit pour vivre. En France, des millions de logements sont vides et des milliers de personnes vivent dans la rue. Je veux moins de logements vides et plus de gens heureux », sourit-elle. « On vit de peu… matériellement, mais il y a beaucoup de chaleur humaine ici ! »

« Pour moi, ce n'est pas un squat car ils rendent aux habitants une possibilité de l'occuper. C'est participatif ! Si les choses n'ont pas dégénéré la semaine dernière, c'est grâce aux jeunes d'ici qui ont gardé leur sang-froid », défend Mary-Pierre, du collectif La marche du siècle 77.

« La police est passée et ne nous a pas expulsés ! On paie l'eau et l'électricité ! On espère signer une convention d'occupation », assure Léna, petite amie d'un squatteur.

Saint-Mammès (Seine-et-Marne), le 4 octobre 2020. Laure, une riveraine, apporte vêtements et tableaux pour alimenter la gratuiterie. LP/Sophie Bordier
Saint-Mammès (Seine-et-Marne), le 4 octobre 2020. Laure, une riveraine, apporte vêtements et tableaux pour alimenter la gratuiterie. LP/Sophie Bordier  

Laure, une habitante de Saint-Mammès, apparaît avec un sac rempli de vêtements et deux tableaux pour la gratuiterie. « Je soutiens à 100 % leur démarche. Je suis prête à leur apporter mon aide et plus », lance-t-elle.

Ingénieur dont le contrat s'est arrêté, Marc, la trentaine, a préféré se joindre au groupe plutôt que de chercher un emploi. « L'idée, ici, c'est de diffuser une certaine culture autour de l'écologie, une façon de vivre autrement. Quand on n'est plus salarié, on a du temps pour faire des choses par soi-même, c'est plus valorisant. »

Mais des voix contre se sont également élevées ce dimanche après-midi. Les yeux cachés par des lunettes sombres, se disant bouleversée, Monique Behar fait un pas et pénètre sur le site. « J'ai connu les gens qui vivaient dans la maison de l'éclusier qui date de 1750 ! Cela fait vingt ans que je fais des visites guidées ici sur le travail des mariniers ! », s'exclame-t-elle, très émue. Hélène n'arrive pas à la convaincre de ses projets pour une période « transitoire ». « Ce n'est pas à vous de décider quoi faire pour les Mammésiens ! Travaillez avec la mairie ! »

Saint-Mammès (Seine-et-Marne), le 4 octobre 2020. Hélène (à gauche), occupante du squat, parle avec Monique, « bouleversée » de voir le site occupé. LP/Sophie Bordier
Saint-Mammès (Seine-et-Marne), le 4 octobre 2020. Hélène (à gauche), occupante du squat, parle avec Monique, « bouleversée » de voir le site occupé. LP/Sophie Bordier  

Une plainte a été déposée, selon le maire

Contacté, le maire estime que cette journée rencontre s'est tenue « en toute illégalité ». Selon Joël Surier, « VNF a déposé plainte le 2 octobre. Un dossier d'expulsion est en cours. Les squatteurs ne bénéficieront pas de la trève hivernale suite à un décret de la loi Elan. »

L'élu se dit « rassuré » d'avoir calmé le jeu en rappelant à chacun le respect de la loi. Mais il ne cache pas sa frustration : « La commune a préempté le lieu et on avait un accord avec VNF pour un droit d'usage de deux ans en attendant la vente. Avec cette occupation, on perd du temps et peut-être des subventions. »

Joël Surier dit avoir fait une proposition aux squatteurs : « Vous partez, je vous trouve un logement dans les environs. Vous créez une association mammésienne et si vos valeurs correspondent aux nôtres, vous participez à la commission qui travaille au projet sur le site de la bourse d'affrètement. Des travaux pilotés par la mairie. Je n'ai pas de nouvelles ! »