Seine-et-Marne : marin d’eau douce né, Joël Le Mercier révèle les secrets des cours d’eau

Le batelier Joël Le Mercier propose aux plaisanciers de monter à bord d’un de ses quatre bateaux pour découvrir les trésors insoupçonnés de la Marne et de la Seine lors de balades fluviales.

 Lagny-sur-Marne, samedi 22 août 2020. Joël Le Mercier propose des balade fluviales sur la Marne et la Seine, le plus souvent au départ de Lagny-sur-Marne, de La Ferté-sous-Jouarre ou encore Fontainebleau ou Ris-Orangis (Essonne).
Lagny-sur-Marne, samedi 22 août 2020. Joël Le Mercier propose des balade fluviales sur la Marne et la Seine, le plus souvent au départ de Lagny-sur-Marne, de La Ferté-sous-Jouarre ou encore Fontainebleau ou Ris-Orangis (Essonne). LP/Hendrik Delaire

«De nombreux plaisanciers et mariniers du secteur me surnomment l'amiral, alors qu'il n'y a pas d'amiraux dans la navigation fluviale ! »

Malgré une apparence de vieux loup de mer, qu'il reconnaît cultiver avec sa barbe de trois jours, et en dépit du sobriquet affectueux avec lequel on le hèle sur toutes les écluses et les pontons franciliens sur la Marne et la Seine, Joël Le Mercier n'a « aucune honte à dire qu'il est un marin d'eau douce ! ».

S'il met de temps en temps le pied à terre, ce capitaine de 53 ans passe le plus clair de son temps à naviguer sur la Marne et la Seine.

Des balades au fil de la Seine et de la Marne

Deux cours d'eau dont Joël Le Mercier connaît chaque recoin et sur lesquels il propose des balades fluviales ainsi que des nuits en gîte fluvial à bord des trois bateaux de plaisance, dont il est propriétaire, mais aussi à bord de quatre autres bateaux qu'il peut louer grâce à son réseau.

« Je propose des balades allant de quelques heures à plusieurs jours sur la Marne et la Seine pour des groupes allant jusqu'à 10 passagers et deux accompagnants. Il faut compter 500 euros pour une journée pour dix personnes, correspondant à la participation à la caisse de bord. Cela ne comprend pas les repas et le linge de lit. Nous ne sommes pas croisiéristes ni des professionnels de l'hôtellerie! », insiste le capitaine, qui a baptisé sa société Rives en Rêves.

Lagny-sur-Marne, samedi 22 août 2020. Joël Le Mercier propose des balade fluviales sur la Marne et la Seine, le plus souvent au départ de Lagny-sur-Marne, de La Ferté-sous-Jouarre ou encore Fontainebleau ou Ris-Orangis (Essonne). LP/Hendrik Delaire
Lagny-sur-Marne, samedi 22 août 2020. Joël Le Mercier propose des balade fluviales sur la Marne et la Seine, le plus souvent au départ de Lagny-sur-Marne, de La Ferté-sous-Jouarre ou encore Fontainebleau ou Ris-Orangis (Essonne). LP/Hendrik Delaire  

Parmi les itinéraires proposés pour la plupart au départ de La Ferté-sous-Jouarre : un aller-retour vers Lagny-sur-Marne sur la journée, un aller-retour vers Épernay (Marne) via Château-Thierry en trois jours, le tour de Paris en ralliant le Canal de l'Ourcq, en passant par le bassin de la Villette et le tunnel du Canal Saint Martin ou encore une découverte de la petite Seine entre Châtenay-sur- Seine et Montereau-Fault-Yonne. Des parcours que le batelier peut ajuster sur mesure à la demande de ses clients.

Plus qu'une passion de la navigation fluviale, c'est un amour quasi charnel de la Marne et de la Seine, que Joël Le Mercier veut transmettre à ses clients. «La Marne est le plus beau cours d'eau, en particulier entre Lagny et Epernay. Son nom vient du latin Matrona que lui a donné Jules César et qui veut dire rivière nourricière ! »

Mais s'il est le seul capitaine à bord, il n'a aucun mal à leur confier la barre, ou laisser les plus avertis naviguer quelques jours sans lui.

«Lors de ces balades, nous passons des écluses et des tunnels, j'apprends aux passagers le jargon de la navigation fluviale qui diffère de la navigation maritime, je raconte des anecdotes sur la faune et la flore, mais aussi l'histoire de la batellerie ou encore l'évolution de la pratique. Il est important de faire comprendre qu'avec un bateau 90 mètres de long on pollue très peu. Un moteur de la puissance de celui d'un camion est suffisant pour propulser sans bruit, qui pourrait remplacer six kilomètres de poids-lourds sur l'autoroute !».

«J'ai toujours eu la navigation dans le sang»

Cet attrait pour la navigation fluviale est apparu dès son plus jeune âge. «Je suis né en Charente d'un père breton et d'une mère corse. Aussi loin que je me souvienne j'ai toujours eu ça dans le sang. A 16 ans, j'ai abordé à un marinier sur la Charente pour lui demander à m'apprendre à passer une écluse. Lorsque je suis arrivé en région parisienne en 1991, je suis allé à la rencontre de mariniers qui m'ont transmis leurs connaissances et leurs techniques de navigation ancestrales», se souvient Joël Le Mercier.

Mais ce dernier choisit d'abord d'emprunter une autre voie, qui n'est celle-ci pas navigable. «J'ai été à la tête de plusieurs sociétés d'informatique, comme Synaptique et I-France avec parfois plus de 200 salariés dans sept pays différents. Mais le week-end, je m'adonnais à ma passion, je cherchais toujours des excuses pour aller aider un plaisancier à déplacer un bateau, j'ai toujours su que ça deviendrait plus qu'un hobby et qu'un jour je naviguerai mon propre bateau et pas celui des autres » raconte le batelier.

Meaux, juin 2010. La halte fluviale sur la Marne est située près du centre historique de la cité de Bossuet. LP/H.T.
Meaux, juin 2010. La halte fluviale sur la Marne est située près du centre historique de la cité de Bossuet. LP/H.T.  

Après la crise financière de 2008, Joël Le Mercier décide de plaquer les ordinateurs pour vivre à bord d'une vedette hollandaise de 13 mètres de long, Le Beati, amarré à Joinville-le-Pont (Val-de-Marne), puis à Draveil (Essonne) et Châtenay-sur-Seine (Seine-et-Marne).

Des clients belges, brésiliens, italiens, espagnols et américains

« En 2010, j'ai commencé à organiser des balades entre Joinville-le-Pont (Val-de-Marne) et Lagny-sur-Marne, puis ensuite en 2011 entre Fontainebleau et Lagny-sur-Marne ».

Le bouche à oreille fonctionne et le batelier acquiert plusieurs bateaux, dont un Kotter de la mer du Nord, un modèle néerlandais datant de 1908, long de 26 mètres et qui pèse 85 tonnes.

Amarrée depuis février 2018 à La Ferté-sous-Jouarre, l'embarcation fait office de domicile, d'outil et de travail et un bureau pour travailler. «Je ne vais jamais à terre. Avec mon épouse nous étions propriétaires d'une maison à Saintry-sur-Seine (Essonne), en un an je n'y suis allé que trois fois ! », s'exclame celui qui navigue 240 jours par an.

«La plupart de mes clients sont des groupes de Belges, de Brésiliens, d'Italiens, d'Espagnols ou d'Américains qui reviennent chaque année et pour qui je prépare des balades sur mesure. Les nouveaux clients passent en particulier par des sites de location de bateaux comme Click and boat et Sam Boat. Les Franciliens réservent plutôt des nuits à quai via Airbnb, notamment pour des enterrements de vie de jeunes filles qui marchent très fort », explique le navigateur qui propose désormais aussi des balades d'environ 2 heures au départ de La Ferté-sous-Jouarre et de Lagny-sur-Larne pour les moins chevronnés souhaitant découvrir la pratique.

Des escapades organisées en partenariat avec les offices du tourisme de Coulommiers Pays de Brie et de Marne-et-Gondoire, une partie de la saison.

Au secours des naufragés des rivières

Mais Joël Le Mercier a plusieurs cordes à son arc et n'intervient pas toujours comme capitaine de plaisance. Il vole aussi à la rescousse des naufragés en détresse.

«J'interviens lorsqu'un plaisancier est coincé lors du passage d'une écluse, ou quand un bateau amarré subit une voie d'eau. Je suis déjà intervenu pour appuyer des pompiers, qui ont été très surpris d'apercevoir qu'en repérant une voie d'eau et en effectuant quelques manœuvres on peut sauver un bateau », explique Joël Le Mercier qui propose aussi des services aux plaisanciers, comme le convoyage.

Il achemine ainsi le bateau d'un plaisancier qui lui en fait la demande. Le marin d'eau douce est aussi l'un des trois derniers bateliers d'Ile-de-France à savoir remorquer des bateaux jusqu'à 30 tonnes et 30 mètres de long.

Malgré un hédonisme revendiqué, la vie de Joël Le Mercier est loin d'être un long fleuve tranquille et le batelier fourmille de projets. « Je rêve de transformer mon troisième bateau de 39 mètres de long en ponton flottant pour y accueillir de nouveaux projets touristiques », confie-t-il.