«Ma fille est un symbole» : le combat de Lucien Douib après la mort de Julie, tuée par son ex

Le père de Julie Douib, victime d’un féminicide et à qui RMC Story consacre un documentaire, revient sur ses combats pour faire vivre la mémoire de sa fille et contre les violences faites aux femmes. Portrait d’un père - et grand-père - courage.

 Vaires-sur-Marne. Le père de Julie Douib dont le calvaire est relaté dans un documentaire de RMC Story ce jeudi soir, mène un combat quotidien pour faire vivre la mémoire de sa fille et contre les féminicides.
Vaires-sur-Marne. Le père de Julie Douib dont le calvaire est relaté dans un documentaire de RMC Story ce jeudi soir, mène un combat quotidien pour faire vivre la mémoire de sa fille et contre les féminicides. DR

« Le jour où je suis allé reconnaître le corps de ma fille, je lui ai fait la promesse que je m'occuperai de ses deux enfants et que je ferai le maximum pour que celui qui l'avait tué soit condamné ». Depuis le 3 mars 2019, Lucien Douib est en mission.

Ce funeste jour, sa fille Julie a perdu la vie, abattue de trois balles par son ex-compagnon à l'Ile-Rousse, en Corse.

En quelques jours, cette mère de deux enfants, âgée de 34 ans, est devenue le symbole de la lutte contre les féminicides et les violences faites aux femmes. Ce drame est l'un des éléments à l'origine du Grenelle des violences conjugales.

Ce jeudi soir, la chaîne RMC Story lui consacre un documentaire inédit de 52 minutes qui sera diffusé à 21 heures sur la chaîne 23.

Un documentaire inédit raconté par Muriel Robin

C'est la comédienne Muriel Robin, qui avait participé à la marche blanche en hommage à Julie à Vaires-sur-Marne, qui fait le récit en voix off.

Vaires-sur-Marne, samedi 9 mars 2019. Muriel Robin a défilé avec entre 300 et 400 personnes, à la marche blanche en hommage à Julie Douib. LP/Julie Olagnol
Vaires-sur-Marne, samedi 9 mars 2019. Muriel Robin a défilé avec entre 300 et 400 personnes, à la marche blanche en hommage à Julie Douib. LP/Julie Olagnol  

« Lorsque je lui ai transmis la demande de la production pour savoir si elle pouvait faire la voix off, elle n'avait dit qu'il n'y avait aucun problème et qu'elle était très émue que je pense à elle », raconte Lucien Douib, qui témoigne bien sûr dans le documentaire.

Âgé de 67 ans, ce père et grand-père courage y revient sur l'enfance de Julie, ses premières années de bonheur avec son compagnon, auquel Lucien Douib se réfère en l'appelant « ce monsieur », avant la descente aux enfers et le drame.

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« J'imagine que tous les pères vont dire ça mais Julie était une enfant adorable qui avait toujours le sourire et un bonheur très communicatif. Nous sommes arrivés du Pré-Saint-Gervais (Seine-Saint-Denis) pour nous installer à Vaires-sur-Marne, lorsque Julie avait six ans. Elle y a fait toute sa scolarité. Sa grande passion c'était la gym, elle en a fait en compétition jusqu'à l'âge de 13-14 ans », témoigne Lucien Douib.

« À l'école tout allait très bien et elle rêvait d'entrer à la police scientifique mais elle a échoué à l'examen d'entrée, qu'elle a tenté juste après son bac. Elle a alors décidé de faire un break d'un an pour faire des petits jobs. Après un premier séjour à Lacanau (Gironde), elle est partie à du côté de Calvi, où elle s'est mise en couple avec un habitant de l'Ile-Rousse », se souvient Lucien Douib.

Julie Douib a été abattue chez elle a L’Île-Rousse (Corse) dimanche 3 mars 2019 par son compagnon actuellement écroué. DR
Julie Douib a été abattue chez elle a L’Île-Rousse (Corse) dimanche 3 mars 2019 par son compagnon actuellement écroué. DR  

Le père courage revient sur la plongée progressive de sa fille dans la spirale infernale des violences conjugales, caractéristique des affaires de féminicides. « Au début tout allait très bien et je pense qu'il y avait de l'amour. Au bout de deux ans de relation, ils ont eu leur premier fils mais c'est à l'arrivée du second garçon, en 2011, qu'on a remarqué que quelque chose n'allait pas. Ce monsieur ne voulait plus nous recevoir à leur domicile et on voyait Julie et les enfants à l'extérieur. Au début nous nous sommes dit que, comme tous les couples, ils avaient des hauts et des bas », relate Lucien Douib.

«Ce n'est pas un fait divers, c'est un fléau !»

Il reconnaît n'avoir découvert l'ampleur du calvaire que vivait sa fille que quelques mois avant sa disparition. « Mais, en juillet 2018, elle nous a appelés pour nous dire qu'elle avait l'intention de le quitter et lorsque nous sommes arrivés en Corse en août, elle nous a avoué qu'il la frappait depuis près de trois ans. Après une énième dispute, il l'a mise à la porte en petite culotte en septembre. Ils se sont séparés mais elle n'a pas obtenu la garde de ses enfants. Depuis quelques mois, elle avait retrouvé son indépendance et un petit boulot mais il continuait de la menacer de mort ».

Jusqu'au jour du drame, le 3 mars 2019. « Ce matin-là il est venu au domicile de Julie. J'imagine qu'il a dû lui parler des enfants pour parvenir à lui faire ouvrir la porte. Il lui a lors tiré dessus. Julie a été touchée par une première balle puis elle a couru vers son balcon. C'est là qu'il l'a achevée de deux autres balles! »

Mais s'il veut faire vivre la mémoire de sa fille, le combat de Lucien Douib va bien au-delà. « Avant sa mort, j'étais comme beaucoup de gens : lorsqu'une femme mourait de la main de son compagnon, je voyais ça comme un simple fait divers. Quand Julie est décédée, le 3 mars, c'était la trentième en 2019 et je ne pensais alors pas qu'il y en aurait 122 de plus dans l'année. Ce ne sont pas des faits divers mais c'est un véritable fléau ! », explique le père de famille, qui entend bien faire tout son possible pour garder les projecteurs braqués sur la cause.

« Je sais que ma fille est devenue un symbole. Mon quotidien est de faire parler d'elle par tous les moyens pour faire avancer la cause », assume Lucien Douib, dont le témoignage a ouvert le Grenelle des violences. « J'interviens pour apporter mon vécu mais tant que le procès n'a pas eu lieu je ne veux pas adhérer à une quelconque association et m'afficher le moins possible avec des politiciens, afin que l'on ne puisse rien me reprocher le jour J », confie le père courage, pour qui le décès de sa fille est un cas d'école des manquements judiciaires dans ces affaires.

« J'en veux aux gendarmes qui ne l'ont pas écoutée»

« Je ne comprends pas que le juge aux affaires familiales ait accordé la garde des enfants au père violent. J'en veux aussi aux gendarmes qui ne l'ont pas écoutée alors qu'elle avait déposé cinq ou six plaintes après avoir reçu des menaces de mort de sa part. Toutes ont été classées. Ma fille avait dit qu'il fallait qu'on la tue pour qu'on la croie », assène Lucien Douib, qui reconnaît les maigres avancées obtenues depuis le Grenelle des violences faites aux femmes.

« Ça bouge un peu, avec la mise en place de la ligne téléphonique dédiée 3919 et de bracelets anti-rapprochement pour les conjoints violents. C'est trop long on ne devrait pas avoir à attendre un an et demi pour 1000 bracelets électroniques dans cinq départements », s'indigne Lucien Douib.

Mais le combat de Lucien n'est pas que public, il le mène aussi au quotidien avec son épouse Violetta, dans l'intimité de leur domicile de Vaires-sur-Marne, pour aider leurs petits-fils, Anthony et Lucca, à se reconstruire.

Les enfants traumatisés par ce drame

Le couple a obtenu la délégation de l'autorité parentale pour les deux garçons désormais âgés de 10 et 12 ans. « Ils avaient peur de tout le monde, il a fallu regagner leur confiance. Ils commencent à aller mieux car ils sont suivis par un psychologue. Notre mission est de leur redonner goût à la vie, même si ce n'est pas tous les jours facile. Ce ne devait pas être notre rôle d'être leurs parents mais leurs grands-parents », confie Lucien Douib.

« Il n'est pas toujours facile de mener ces deux combats de front. Mon épouse s'expose moins médiatiquement mais s'occupe énormément de nos petits-fils. Nous étions déjà très proches mais ce drame a encore plus soudé notre famille ! », raconte le grand-père, dont la principale crainte est que ses deux petits-fils revoient leur père. « Il a encore un droit de correspondance mais ma hantise c'est qu'ils aillent le voir et puissent lui dire qu'ils lui pardonnent ! J'ai peur du contact entre eux et lui, ça les détruirait ! »