Seine-et-Marne : les mille et une vies de Bruno Maestracci, nouveau chef des pompiers

A la tête des soldats du feu de Seine-et-Marne depuis quelques jours, le colonel Bruno Maestracci, spécialisé dans la gestion de crise, a multiplié les expériences en France et dans le monde.

 Melun, le 20 septembre. Le colonel Bruno Maestracci, directeur du SDIS 77, se présente comme un homme ouvert au dialogue et à la concertation.
Melun, le 20 septembre. Le colonel Bruno Maestracci, directeur du SDIS 77, se présente comme un homme ouvert au dialogue et à la concertation. SDIS77

De ses mille vies, Bruno Maestracci, en passera une en Seine-et-Marne. A 55 ans, le nouveau directeur des pompiers vient de prendre ses fonctions à la tête des 4 500 hommes et femmes, professionnels et volontaires, qui œuvrent chaque jour au service des habitants. Un poste qu'il occupera entre cinq et dix ans, en remplacement d'Eric Faure.

Après avoir couru le monde entier et multiplié les diplômes, ce colonel arrive de Corse du Sud où, entre la gestion des feux de forêts, il a coordonné le sauvetage de la navigatrice Florence Arthaud en 2011. Pour la première fois, afin de répondre à ses nouvelles obligations, il a refusé une mission à Beyrouth (Liban) où en tant qu'expert de l'Onu il devait coordonner les secours. Comme il l'a déjà fait en Birmanie, au Cambodge ou en Indonésie après des tsunamis.

« Il s'agit de prendre soin des autres »

« Notre métier est d'abord basé sur l'humain, souligne ce père de deux enfants. Il s'agit de prendre soin des autres ». C'est ainsi qu'il a délaissé à 26 ans son métier de conducteur offshore sur les plateformes pétrolières du golfe Persique et leur salaire confortable pour revenir à son premier amour : les casernes, les interventions et cette envie d'être utile. « Je ne voyais plus l'intérêt de passer sa vie à la gagner, se souvient ce natif de Dijon (Côte d'Or). Quand on est sur une plateforme à 8 000 km de son pays, on se demande à quoi on sert ».

Pompier volontaire à Cagnes-sur-Mer (Alpes-Maritimes) depuis ses 16 ans, il était parvenu au grade de lieutenant au gré de ses gardes. Profitant de l'ouverture d'un concours, le voilà donc à nouveau simple homme du rang dix ans après, mais professionnel. Toujours conscient qu'« être pompier, cela veut dire que l'on ne vit pas le quotidien de tout le monde ».

Il chapeaute soixante casernes

Cependant, pour un homme qui ne tient pas en place comme Bruno Maestracci, cela ne suffit pas. En parallèle de ses activités de pompiers, il a décroché une pelletée de diplômes. Une maîtrise en droit public en 1995, un DEA de « Politiques comparées en Europe » l'année suivante et un DESS « Défense, sécurité, droits fondamentaux de la personne » en 1997. Puis un doctorat de droit public en 2011. « Entre les gardes, on a pas mal de temps, estime-t-il. Je l'ai occupé à étudier ».

En tant que réserviste, il a aussi officié comme 1er commandant de la 6e compagnie du 2e Régiment étranger de parachutistes de Calvi quand il a rejoint la Corse quelques années plus tard, après être passé par l'Indre ou encore le centre opérationnel de gestion interministérielle des crises, place Beauvau à Paris.

Bruno Maestracci a donc présenté son CV bien garni à la présidente du SDIS 77, Isoline Garreau Millot, séduit par l'idée de « travailler dans un des plus grands SDIS de France ». Celui qui recherche avant tout le mouvement et l'action pour combattre un éventuel ennui se réjouit de chapeauter soixante casernes. « Ça va me prendre plusieurs semaines d'en faire le tour, se félicite-t-il. Et puis, en Seine-et-Marne, il y a tous les risques à gérer : les entreprises Seveso, les entrepôts, les inondations, le nucléaire avec la centrale de Nogent-sur-Seine (Aube) ».

Même s'il en faut plus pour impressionner Bruno Maestracci qui, suite au tsunami de 2004 dans l'Océan Indien, a été à la tête d'un projet de coopération internationale de quatre ans entre la France et l'Indonésie, en charge de la réalisation sur place du centre de gestion de crise national. Il en est revenu avec une habitude, celle de vivre avec la climatisation mais surtout avec celle qui partage sa vie. « J'ai appris avec eux, résume-t-il sobrement. C'est impressionnant comme les Indonésiens sont des gens calmes ». Un compliment dans la bouche de celui qui admet « ne pas être diplomate ». « Mais j'apprécie quand on n'est pas d'accord avec moi et que l'on me propose autre chose », ajoute-t-il.

« Nous sommes des gens ordinaires qui ont une vie extraordinaire »

Etre direct n'empêche pas pour lui d'avoir le sens de la concertation. « Vouloir réformer pour réformer ne sert à rien. Pour le moment, j'observe et j'attends d'avoir rencontré tous les chefs de centre pour connaître les besoins, avance le directeur du SDIS 77. Je travaille en équipe. Dans l'idée d'avoir un niveau d'excellence dans le bien-être et la compétence des pompiers ». Le conseil d'administration de septembre a d'ailleurs adopté la revalorisation de la prime de feu et l'octroi d'une prime Covid, financée par le département, à qui sont rattachés les pompiers.

Si son CV peut faire pencher en ce sens, Bruno Maestracci réfute l'image de héros que l'on accole souvent aux pompiers. « Il ne faut pas nous déifier. On souffre de cette image, car beaucoup de personnes n'osent pas nous rejoindre, regrette-t-il. Nous sommes des gens ordinaires qui ont une vie extraordinaire. Nous n'avons pas besoin que de Goldorak. Je voudrais que tout le monde se dise « Pourquoi pas moi ? ». Et s'ils sont un peu gros, nous avons des profs de sport pour les remettre à niveau ». Bruno Maestracci demeure fidèle à son maître-mot : l'efficacité.