Seine-et-Marne : les héros du Covid immortalisés en 12 timbres-poste

L’illustrateur Miles Hyman domicilié à Moret-sur-Loing a été sélectionné par La Poste pour réaliser douze timbres représentant autant de métiers engagés depuis le début de la crise sanitaire.

 Moret-sur-Loing, lundi 28 septembre 2020. Miles Hyman, un dessinateur de Moret-sur-Loing, d’origine américaine, a illustré les timbres sur les héros du quotidien pendant la crise sanitaire de la covid-19.
Moret-sur-Loing, lundi 28 septembre 2020. Miles Hyman, un dessinateur de Moret-sur-Loing, d’origine américaine, a illustré les timbres sur les héros du quotidien pendant la crise sanitaire de la covid-19. LP/Julie Olagnol

Les héros du quotidien face au Covid, tant gratifiés et appaludis durant le confinement du printemps dernier, ont désormais leur timbre. Et pour leur donner vie, La Poste a fait appel à Miles Hyman, un dessinateur franco-américain qui vit à Moret-sur-Loing (Seine-et-Marne).

Le résultat ? Un carnet représentant douze saynètes mettant en scène infirmière, pompier, caissière, routier, éboueur, agriculteur, etc. Il n'en manque aucun !

Le Seine-et-Marnais originaire du Vermont (USA), où il est né il y a 58 ans, a été contacté durant le confinement, début mai, par Claudine Porcher, directrice artistique de l'agence Huitième jour, mandatée par La Poste pour ce projet.

Les quatre timbres du volet «Soutenir, Préserver, Veiller, Assister»

Les quatre timbres du volet « Soutenir, Préserver, Veiller, Assister » réalisés par Miles Hyman. Dessins : Miles Hyman/Conception graphique : Huitième Jour/titre #tousengagés : création Ben.
Les quatre timbres du volet « Soutenir, Préserver, Veiller, Assister » réalisés par Miles Hyman. Dessins : Miles Hyman/Conception graphique : Huitième Jour/titre #tousengagés : création Ben.  

Malgré un délai très serré de cinq semaines, Miles Hyman a accepté de relever le défi. Il a été choisi parmi cinq artistes par Philippe Wahl, le PDG de La Poste.

« Ces métiers méritent toujours autant de reconnaissance qu'au printemps »

« Miles Hyman a été sélectionné car sa patte artistique offre le réalisme nécessaire. Il a aussi le souci du détail. Le style de la bande dessinée permet de dédramatiser et de rendre les personnages sympathiques », salue Gilles Livchitz, directeur de Philaposte, l'entité du groupe La Poste chargée de concevoir, imprimer et diffuser les timbres en France.

Le carnet, tiré à 2,5 millions d'exemplaires, est en vente depuis le 14 septembre dans tous les bureaux de poste, auprès des facteurs, au Musée de La Poste, etc.

Les quatre timbres du volet «Soigner, Sauver»

Les quatre timbres du volet « Soigner, Sauver » réalisés par Miles Hyman. Dessins : Miles Hyman/Conception graphique : Huitième Jour/titre #tousengagés : création Ben.
Les quatre timbres du volet « Soigner, Sauver » réalisés par Miles Hyman. Dessins : Miles Hyman/Conception graphique : Huitième Jour/titre #tousengagés : création Ben.  

« Nous avions reçu pas mal de demandes durant le confinement pour concevoir un timbre sur ce thème, poursuit Gilles Livchitz. Nous avons décidé de sortir le carnet à la rentrée, afin de prolonger les remerciements que les Français opéraient chaque soir à 20 heures à leur fenêtre ».

« Ce n'était pas une commande comme les autres, estime Miles Hyman. Début mai, les Français faisaient encore beaucoup de bruit aux balcons. On ressentait leur émotion très vive. Et puis c'est une chance pour un artiste de faire un carnet de timbres-poste, dont la diffusion est aussi large au niveau national ».

Il s'est passé plusieurs mois avant la sortie des timbres, le temps de l'impression et de la livraison. « Je ne savais pas comment cela allait être perçu mais, malheureusement, la crise reste d'actualité. Ces métiers méritent toujours autant de reconnaissance qu'au printemps », reprend l'illustrateur.

Les quatre timbres du volet «Maintenir, Approvisionner, Distribuer»

Les quatre timbres du volet « Maintenir, Approvisionner, Distribuer ». Dessins : Miles Hyman/Conception graphique : Huitième Jour/titre #tousengagés : création Ben.
Les quatre timbres du volet « Maintenir, Approvisionner, Distribuer ». Dessins : Miles Hyman/Conception graphique : Huitième Jour/titre #tousengagés : création Ben.  

Les douze corps de métiers ont été répartis selon trois grands volets : « Soigner, Sauver », « Soutenir, Préserver, Veiller, Assister » et « Maintenir, Approvisionner, Distribuer ». Bien sûr, le personnel de la Poste n'a pas été oublié. On peut voir une factrice à vélo distribuer un paquet et un chargé de clientèle en bureau de poste verser les prestations sociales.

« J'ai suggéré de commencer par des scènes à l'hôpital et de terminer avec l'agriculteur pour que ce soit un symbole de régénération, qu'on sorte de cette terrible épreuve sur une note positive. Chaque scène est indépendante mais si on regarde le carnet dans son ensemble, cela permet de retracer l'expérience que nous avons vécue », présente l'artiste.

Une des douze planches originales ayant servi à créer les douze timbres représente les soignants. Miles Hyman
Une des douze planches originales ayant servi à créer les douze timbres représente les soignants. Miles Hyman  

Miles Hyman a d'abord réalisé quatre variantes pour chaque corps de métier, sous forme d'esquisses au crayon. Les contraintes étaient nombreuses. Parmi elles, le format du timbre postal 38 x 24 mm. « Comme le dessin est réduit, on sait que des détails seront perdus. On les retrouve grâce à la couleur, un outil qui ramène à l'essentiel. Le rouge est très présent et guide notre regard », explique-t-il.

Lorsque l'équipe artistique a opéré sa sélection, il a ensuite dessiné les saynètes au fusain, avant de les coloriser sur ordinateur. « J'ai travaillé jour et nuit pendant cinq semaines mais j'avais envie de participer. Cette technique hybride permet de conserver le trait fait main tout en gagnant du temps avec la mise en couleur. J'ai ainsi pu fournir rapidement un fichier numérique », détaille-t-il.

Une des douze planches originales ayant servi à créer les douze timbres représente des policiers. Miles Hyman
Une des douze planches originales ayant servi à créer les douze timbres représente des policiers. Miles Hyman  

Port du masque anticipé

Si le port du masque n'était pas encore généralisé lors de la réalisation des dessins, la plupart de ses personnages le portent. « On a essayé d'imaginer dans quelle situation il faudrait porter un masque à l'avenir. L'agriculteur dans son champ ou le camionneur dans son véhicule ont pu l'enlever », fait-il observer.

Miles Hyman voulait éviter de donner un côté sensationnel à ses héros du quotidien. Au contraire, il a souhaité dépeindre « leur dévouement et leur résilience. Ils ont potentiellement risqué leur vie. Je voulais qu'on sente cette gravité, ce courage, dans leurs gestes, qu'ils aient une véritable présence », indique-t-il.

Une des douze planches originales ayant servi à créer les douze timbres représente le maraîcher. Miles Hyman
Une des douze planches originales ayant servi à créer les douze timbres représente le maraîcher. Miles Hyman  

Et lorsque les deux tiers du visage sont dissimulés par le masque, le tiers supérieur est capital. « Cela demande un gros travail sur les yeux. J'ai mis mon épouse Carole à contribution. Il fallait que le reste du visage soit parlant pour deviner le personnage derrière le masque ».

On distingue une grande finesse dans la réalisation des timbres. Par exemple, le policier et le gendarme sont présents sur la même vignette pour effectuer les contrôles du confinement. Miles Hyman a aussi mis au premier plan la personne âgée dans la vignette sur l'aide soignante car « ce sont les premières victimes du Covid-19 ».

Une des douze planches originales ayant servi à créer les douze timbres représente les éboueurs. Miles Hyman
Une des douze planches originales ayant servi à créer les douze timbres représente les éboueurs. Miles Hyman  

« Tous les corps de métier sont ravis d'avoir leur timbre »

En tant qu'artiste franco-américain, Miles Hyman a suivi attentivement la progression du Covid-19 des deux côtés de l'Atlantique depuis le début de l'année.

« Les contrastes sont saisissants. Il me semble que les Français ont réagi à la crise sanitaire avec énormément de civisme, qu'on a respecté la gravité de la situation sans pour autant céder à la panique ou à la tentation de politiser cette épreuve d'une façon démesurée. Ma famille, mes amis américains décrivent une ambiance très tendue outre-Atlantique », analyse-t-il.

Naturalisé français il y a vingt ans, le natif du Vermont a travaillé pour l'Obs, Le Monde, Libération, Télérama, le New-York Times, etc. Miles Hyman vivait en région parisienne et s'est installé à Moret-sur-Loing il y a trois ans pour pouvoir disposer d'un atelier plus grand tout en restant à proximité de la capitale. Une aubaine durant le confinement ! « J'ai eu l'avantage d'être à la campagne et d'avoir un jardin », relève-t-il.

Une des douze planches originales ayant servi à créer les douze timbres représente un conducteur de poids lourd. Miles Hyman
Une des douze planches originales ayant servi à créer les douze timbres représente un conducteur de poids lourd. Miles Hyman  

« À Moret, on se promène tous les jours dans un tableau impressionniste. La forêt de Fontainebleau a toujours été plébiscitée par les artistes, ajoute-t-il. J'ai pu continuer à aller chercher le pain dans ma boulangerie et faire mes courses à l'épicerie bio. Même s'ils ont des familles, ils ont accepté d'ouvrir car ils savaient que c'était essentiel. Je les remercie aussi à ma façon ».

Lorsque les timbres ont été dévoilés à l'Hôpital européen Georges-Pompidou, avec la signature « #tousengagés » réalisée par l'artiste Ben Vautier, en présence d'infirmières, aides-soignants, conducteurs de bus etc.

Une des douze planches originales ayant servi à créer les douze timbres représente un postier. Miles Hyman
Une des douze planches originales ayant servi à créer les douze timbres représente un postier. Miles Hyman  

Miles Hyman a eu la possibilité d'échanger avec les corps de métier qu'il a dessinés. « Je guettais leurs réactions et elles ont été très positives », se réjouit-il.

Pour le directeur de Philaposte aussi, le carnet est un succès même s'il n'a pas encore les chiffres des deux premières semaines de vente : « C'est un beau carnet, très réussi. Nous avons dévoilé les visuels tardivement et il y a eu un véritable effet Waouh ! Tous les corps de métiers sont ravis d'avoir leur timbre ».

Valeur faciale : 0,97 euro (lettre verte). Prix de vente : 11,64 euros.