Seine-et-Marne : les «Bonnie & Clyde des supermarchés» détroussaient les personnes âgées

Le tribunal correctionnel de Meaux vient de condamner deux prévenus de 29 ans à des peines allant jusqu’à cinq ans de prison. La femme du couple se faisait passer pour une policière afin de voler ses victimes.

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Illustration. LP/Guénaèle Calant

« Vous devez payer à l'horodateur ! », « Vous devez payer une contravention ! », « Vous avez été flashé, il faut payer ! » : lorsqu'Alexandra donnait ses injonctions, d'un ton ferme, ses victimes payaient. Persuadées qu'elles avaient affaire à une gendarme, une policière municipale ou à une employée de mairie.

C'est qu'Alexandra s'adressait à des personnes âgées, handicapées ou les deux. La jeune femme leur tendait son téléphone, leur faisant croire qu'il s'agissait d'un terminal bancaire, et les victimes tapaient leur code. La carte bleue était ensuite subtilisée et Alexandra rejoignait son petit ami Abdelkader, 29 ans lui aussi, dans une voiture. Avant de foncer vers un distributeur de billets.

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Le tribunal correctionnel de Meaux jugeait le couple ce vendredi pour six vols commis en réunion sur des personnes vulnérables, en utilisant une fausse qualité. Des faits survenus à Dammartin-en-Goële mais aussi dans les Hauts-de-Seine (Sceaux et Antony), dans l'Orne (Ecouché-les-Vallées), dans le Pas-de-Calais (Calais) et dans le Val-de-Marne (Le Plessis-Trévise), entre le 4 et le 30 juillet. Montant total des préjudices : 4 500 euros.

Alexandra, en récidive, a été condamnée à cinq ans de prison, dont 42 mois ferme, avec incarcération immédiate. Les juges ont révoqué deux ans de prison, prononcés lors de peines précédentes. Abdelkader a écopé de 30 mois de prison, dont 18 ferme. Lui aussi a été incarcéré dans la foulée.

Déjà 16 condamnations dans toute la France

Les victimes – parfois repérées alors qu'elles faisaient leurs courses — étaient abordées dans la rue par Alexandra, qui n'a jamais utilisé la violence pour parvenir à ses fins. « Comment les choisissiez-vous ? », lui a demandé la substitute du procureur Valentine Pekly. Réponse de la prévenue : « Je prenais les plus âgées car c'est plus facile. Pour ne pas prendre de coup ». La doyenne des victimes affiche 93 printemps.

En voyant le monsieur assis au premier rang de la salle d'audience, on comprenait la facilité. Ce Seine-et-Marnais de 79 ans, handicapé et sous tutelle, tenait sa béquille en tremblant. Encore traumatisé, le père de famille a bredouillé : « Quand le matin, une voiture me suit trop près, j'ai peur. Ils sont rentrés sur le parking de l'immeuble… Elle a dit Police, vous avez fait un excès de vitesse ! »

C'est peu de dire qu'Alexandra – accro aux alcools forts et à la cocaïne — arbore une solide expérience en la matière. À la lecture de son casier judiciaire, fort de 16 condamnations, on peut clairement parler de tourisme judiciaire.

Depuis 2008, les tribunaux correctionnels de Créteil (Val-de-Marne), Paris, Toulon (Var), Lisieux et Caen (Calvados), Évreux (Eure), Montpellier (Hérault), Versailles (Yvelines), Perpignan (Pyrénées-Orientales) ou encore Coutances (Manche) l'ont vue passer dans leur box pour des vols aggravés, des escroqueries et deux évasions.

Alexandra a déjà passé plusieurs années derrière les barreaux. Même la justice belge a eu affaire à elle : elle a quatre ans de prison à purger là-bas. « Cela fait longtemps que je pratique, ça vient du gang des Marseillais, j'ai vu ça à la télé », a reconnu la jeune femme, qui paraissait indifférente à son sort.

Le parquet avait requis jusqu'à six ans de prison

Abdelkader, lui aussi connu de la justice, semble avoir plus ou moins suivi sa complice pour « rembourser ses dettes de jeu ». Alexandra a tenu à recadrer le débat : « Il était consentant, je ne l'ai pas attiré. ». La présidente Joëlle Nahon l'a bien compris : « Je ne vous dis pas que c'est un lapin de six semaines. »

Il n'empêche : interpellé par les gendarmes de Dammartin-en-Goële, dont « l'enquête minutieuse » a été soulignée par le parquet et la présidente, le jeune homme s'est retrouvé sous les verrous pour la première fois début août. Les militaires seine-et-marnais étaient assistés sur cette affaire par la section de recherches de Paris.

La substitute du procureur avait requis six ans de prison ferme contre la prévenue et trois ans, dont deux ferme, contre son ami : « Ces faits se passaient en moins d'une minute. C'est cette rapidité qui fait que les victimes ne se rendaient pas compte. La prévenue a utilisé le respect que les personnes âgées ont pour les forces de l'ordre. Elle faisait croire qu'elle était de la police et les victimes sortaient leur carte bancaire. Ce sont des faits qui génèrent de la honte chez les victimes, c'est inacceptable. »

La parquetière – très remontée contre ce couple de « Bonnie & Clyde des supermarchés » — a enfoncé le clou : « Tous les vols ne se valent pas. Vous expliquez que parce que vous avez des addictions, vous allez détrousser des petits vieux, sans vergogne. Tout ça pour voyager à Londres et acheter des montres Rolex. Et en plus, vous touchez le RSA ! »