Seine-et-Marne : le point de deal de Bronxland neutralisé par la police nationale

Le trafic de cannabis attirait entre 60 et 80 clients par jour dans le square des Sorbiers, au Mée-sur-Seine. La police nationale y a mis un coup d’arrêt la semaine dernière, après plusieurs mois d’enquête.

 Les objets saisis lors des perquisitions.
Les objets saisis lors des perquisitions. DR

Une femme de 23 ans, domiciliée à Moissy-Cramayel, était la « directrice marketing » du réseau, comme l'ont baptisée les enquêteurs. Elle a été interpellée mardi dernier, dès potron-minet, avec six autres habitants du Mée-sur-Seine et de Melun (Seine-et-Marne), dans le cadre du démantèlement d'un trafic de résine de cannabis au Mée.

Les deux gérants de ce « four » surnommé Bronxland, dont la tête du réseau, un Melunais de 31 ans, font partie du coup de filet. Ils avaient relancé en fin d'année dernière un point de vente du quartier des Sorbiers, démantelé une première fois en 2018.

Quand les policiers de la sûreté urbaine du commissariat de Melun en sont informés, ils débutent une surveillance qui leur permet d'en constater la réalité. Soixante à quatre-vingts clients sont ainsi comptabilisés chaque jour.

Melun, ce vendredi. Paul Guilbaud, patron de la sûreté urbaine au commissariat de Melun, et Nathan Bauer, le chef de la sûreté départementale. Leurs deux services ont collaboré pour mettre un terme au réseau. LP/Sébastien Blondé.
Melun, ce vendredi. Paul Guilbaud, patron de la sûreté urbaine au commissariat de Melun, et Nathan Bauer, le chef de la sûreté départementale. Leurs deux services ont collaboré pour mettre un terme au réseau. LP/Sébastien Blondé.  

Le service de la sûreté départementale, aux moyens techniques plus importants, est alors aussi mis sur l'affaire, en collaboration avec le commissariat. Ensemble, ils constatent que des tags indiquant les prix des produits figurent sur les murs du square. Des informations que les enquêteurs retrouvent également, avec les horaires du point de deal, sur l'application mobile Snapchat.

Diplômée d'un BTS en infographie

Via cette dernière, les policiers tombent sur des flyers au design léché, indiquant les prix des produits, leur qualité en tétrahydrocannabinol (THC, la molécule « stupéfiante » du cannabis) et même des offres promotionnelles comme un pack mixte spécial Halloween avec des cadeaux : jeux à gratter, briquet, carton à rouler, etc.

PODCAST. Les dealers ont déménagé sur Snapchat

Ils sont l'œuvre de la « directrice marketing », diplômée d'un BTS en infographie. Elle avait même créé pour ce trafic un logo digne d'un écusson d'équipe sportive américaine. Avec le nom du point de deal : « Bronxland ». Les trafiquants, qui avaient connaissance de ses compétences, l'auraient sollicité dans ce but.

L’un des flyers saisis dans l’ordinateur de la « directrice marketing ». LP/Sébastien Blondé
L’un des flyers saisis dans l’ordinateur de la « directrice marketing ». LP/Sébastien Blondé  
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Une fois tous les protagonistes identifiés - ils étaient sept au départ -, la police veut passer aux choses sérieuses en mars. Confinement oblige, elle remet les interpellations à plus tard. Ce sera finalement mardi dernier.

Une cinquantaine de fonctionnaires ont participé à l'opération. Lors des perquisitions aux domiciles des mis en cause, les policiers ont mis la main sur deux pistolets semi-automatiques, une soixantaine de cartouches 9 mm, près de 5 000 euros en liquide et 400 grammes de résine de cannabis.

Un flyer d’une offre promotionnelle spéciale Halloween. LP/Sébastien Blondé
Un flyer d’une offre promotionnelle spéciale Halloween. LP/Sébastien Blondé  

Chez la jeune femme, ils ont aussi découvert les fameux flyers dans son ordinateur. « Cette communication est susceptible d'être une faiblesse pour les trafiquants vis-à-vis de la police. Car c'est une preuve pour nous, qu'on va pouvoir utiliser contre eux, commente Nathan Bauer, le patron de la sûreté départementale. La communication peut être à double tranchant pour eux. »

La jeune femme a reconnu son implication devant les enquêteurs. Les autres, eux, nient les faits ou minimisent leur participation au trafic. Ils seront finalement cinq à rendre des comptes devant la justice, dont la « directrice marketing ».

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