Seine-et-Marne : la future reconversion de la raffinerie Total «va faire beaucoup de remous !»

Les salariés de Total ont difficilement encaissé ce jeudi l’annonce officielle de l’arrêt du raffinage à Grandpuits. Quant aux commerçants et élus locaux, nombreux s’interrogent sur l’impact économique.

 Grandpuits (Seine-et-Marne), le 24 septembre 2020. Pour Adrien Cornet, délégué CGT de la raffinerie Total, « la casse sociale sera monstrueuse ».
Grandpuits (Seine-et-Marne), le 24 septembre 2020. Pour Adrien Cornet, délégué CGT de la raffinerie Total, « la casse sociale sera monstrueuse ». LP/Sébastien Blondé

Avec l'officialisation, ce jeudi, du projet Galaxie, c'est le ciel qui leur est tombé sur la tête. Total a donc confirmé l'arrêt du raffinage à Grandpuits (Seine-et-Marne) et sa reconversion dans le plastique biodégradable à l'horizon 2024. La disparition programmée de 150 emplois — ainsi que d'une centaine d'autres chez les sous-traitants de l'entreprise — aura très certainement des conséquences sur l'économie de ce coin de Brie autour de Mormant et Nangis. L'inquiétude est donc grandissante chez certains des acteurs locaux.

« Nous avons une bonne partie de nos clients qui travaillent à la raffinerie. Après la crise sanitaire, cela ne va pas donc pas aller beaucoup mieux », réagit Arnaud Duran, le patron du Lusocafé, à Nangis.

Sa serveuse, Moïta, officie sur place depuis 38 ans. Elle confirme l'impact que la transformation de la raffinerie pourrait avoir, notamment sur les entreprises locales. « Il y a les camions de la Sitaix (NDLR : une entreprise de la ville) qui distribuent le carburant. Ils iront sûrement en chercher ailleurs. Il y aura moins de monde aussi dans les hôtels, dans les gîtes, les chambres d'hôtes. Cela va faire beaucoup de remous ! »

Nangis (Seine-et-Marne), le 24 septembre 2020. Moïta, serveuse du Lusocafé, près de la gare, et son patron Arnaud Duran. LP/Sébastien Blondé
Nangis (Seine-et-Marne), le 24 septembre 2020. Moïta, serveuse du Lusocafé, près de la gare, et son patron Arnaud Duran. LP/Sébastien Blondé  

« Pour le boulot, ce n'est pas une bonne nouvelle, mais c'est peut-être bien pour la planète », espère Amélie Balmot, la patronne de l'Hôtel-restaurant de la gare, qui vit aussi grâce aux nombreux employés de la sucrerie voisine.

Globalement, son activité en rapport avec la raffinerie représente 15 % de sa clientèle. « La raffinerie nous amène beaucoup de monde ponctuellement, surtout quand elle est mise à l'arrêt (NDLR : pour des opérations de maintenance), dit-elle. Ici, on vit aussi grâce à la sucrerie. »

«On devrait avoir du boulot pendant les trois ans que vont durer les travaux»

A l'Hostellerie Le Châtel, la raffinerie représente en revanche près de 30 % de la clientèle. « La raffinerie nous fait travailler, c'est sûr, reconnaît Jennifer Richefort, la patronne des lieux. Au moins, elle ne ferme pas totalement, alors que j'entends cela depuis 21 ans. »

« On se pose des questions, comme beaucoup de monde, reconnaît Aurélien, son mari. Au moins, on sait qu'on devrait avoir du boulot pendant les trois ans que vont durer les travaux de transformation de l'usine, certainement avec les entreprises qui y travailleront. »

Nangis (Seine-et-Marne), le 24 septembre 2020. Amélie Balmot, la patronne de l’hôtel de la gare. LP/Sébastien Blondé
Nangis (Seine-et-Marne), le 24 septembre 2020. Amélie Balmot, la patronne de l’hôtel de la gare. LP/Sébastien Blondé  

Chez les sous-traitants, on attend de voir. « Il y a toujours une part d'inquiétude, admet Vincent De Oliveira, responsable de l'agence Secauto, spécialisée dans la maintenance des analyseurs du site. Mais le projet a l'air plutôt bien pour cette plate-forme. »

«Les salariés veulent savoir ce qui va se passer»

« Il n'y a pas de fermeture, donc on est plutôt rassuré de ce côté-là, assure Manuel Amaral, directeur d'agence chez Siemo. En plus, Total s'est engagé à ne pas rompre les contrats des sous-traitants sur le site. Cela a l'air d'être un beau projet, un projet d'avenir. » Ce n'est pas vraiment le sentiment des salariés de la raffinerie. Beaucoup sont sous le choc des annonces de Total.

Nangis (Seine-et-Marne), le 24 septembre 2020. Jennifer et Aurélien Richefort, les patrons de l’Hostellerie Le Châtel. LP/Sébastien Blondé
Nangis (Seine-et-Marne), le 24 septembre 2020. Jennifer et Aurélien Richefort, les patrons de l’Hostellerie Le Châtel. LP/Sébastien Blondé  

« Ils veulent savoir exactement ce qui va se passer. Certains ont aussi envie de se battre, assure Adrien Cornet, délégué CGT de la raffinerie. La CGT va s'organiser. Pour nous, il n'y aura pas d'accompagnement d'un plan social. Tous les intérimaires vont perdre leur emploi, car il va falloir reclasser les gens de Grandpuits. La casse sociale sera donc monstrueuse, sur la France entière. Ce qu'on peut reprocher à Total, c'est que c'est un projet à bas coût, alors que l'entreprise s'était engagée à investir le budget de remplacement du pipeline. Ce n'est donc qu'une vitrine, pas un projet d'ampleur. Total a les moyens pour maintenir le bassin d'emploi. C'est ce qu'il aurait dû faire. »

« L'écologie, on est tous pour, mais si c'est pour casser des emplois, cela pose problème, commente à son tour Olivier Ducreux, délégué CFDT. On espère que Total n'est pas fermé au dialogue et qu'on aura une marge de manœuvre pour récupérer des emplois sur le site. »

Grandpuits (Seine-et-Marne), le 24 septembre 2020. Chez les entreprises sous-traitantes de la raffinerie Total, comme Secauto, on est dans l’attente. LP/Sébastien Blondé
Grandpuits (Seine-et-Marne), le 24 septembre 2020. Chez les entreprises sous-traitantes de la raffinerie Total, comme Secauto, on est dans l’attente. LP/Sébastien Blondé  

Quant au monde politique, il a réagi lui aussi ce jeudi. Le conseil départemental a abordé le sujet en séance. Les élus socialistes y ont parlé d'une « décision extrêmement inquiétante. »

Le président Patrick Septiers (UDI), lui, se montre optimiste : « L'investissement de 500 millions d'euros annoncé par le groupe semble offrir une perspective d'avenir à ce site qui doit rester un bassin d'emploi et d'activité industrielle, déclare-t-il. Le département sera attentif à ce que le groupe Total tienne son engagement de conduire ce redéploiement industriel sans aucun licenciement, et à ce que les activités développées dans le cadre de cette reconversion restent ancrées sur le territoire. »

«Ce ne sera pas Bridgestone»

« Ce n'est pas une bonne nouvelle pour le territoire mais nous allons essayer de faire en sorte que ça puisse être au moins une transition écologique et énergétique réussie. Le site, reconverti aux énergies vertes, pourrait même devenir une vitrine pour la Seine-et-Marne. Plus que jamais avec la crise sanitaire, nous réalisons l'importance d'avoir une production de proximité », souligne le député de la circonscription, Jean-Louis Thiériot (LR).

« Toutefois il est très regrettable d'abandonner une capacité de raffinage au cœur de l'Ile-de-France alors que Grandpuits représentait 30 % de l'alimentation en carburant de la région », ajoute l'élu.

Enfin, Alban Lanselle (LR), vice-président chargé du développement économique à la communauté de communes de la Brie nangissienne, espère que la future usine sera un jour créatrice d'emplois. « A terme, cela peut être une usine pilote de nouvelles créations, un pôle d'attractivité pour le département. Je n'y suis pas défavorable, car derrière, il y a un engagement de Total de créer de la valeur ajoutée sur le site. Ce ne sera pas Bridgestone. »