Seine-et-Marne : Empreintes suit près d’un mineur non accompagné sur deux

L’association, qui emploie 260 salariés, est missionnée par le département de prendre en charge et d’amener vers l’insertion par la formation et le travail quelque 300 mineurs non accompagnés sur les 700 suivis par le département.

 Vaux-le-Pénil , 25 septembre. L'équipe d'Empreintes  dans ses nouveaux locaux , plus grands que ceux du 3 avenue de Corbeil à Melun.
Vaux-le-Pénil , 25 septembre. L'équipe d'Empreintes dans ses nouveaux locaux , plus grands que ceux du 3 avenue de Corbeil à Melun. LP/Sophie Bordier

Vous avez forcément entendu parler des mineurs non accompagnés (MNA), appelés il y a peu encore mineurs isolés, ces jeunes migrants arrivés seuls en France, errants dans les villes et dont certains tombent dans la délinquance sous la coupe de réseaux criminels. Mais pour la plupart, ils sont pris en charge par des associations pour le compte des départements et de l'Etat.

A l'association Empreintes, on les connait bien. Un nouveau site au 164 rue de la Justice à Vaux-le-Pénil, héberge près de la moitié des 700 MNA du département, soit 337 jeunes migrants.

L'association totalise 260 salariés répartis entre Seine-Saint-Denis, Seine-et-Marne et Yonne. En Seine-et-Marne, Empreintes reçoit des financements de l'Agence régionale de santé, du conseil départemental et de l'Etat.

Selon le président du conseil départemental de Seine-et-Marne, Patrick Septiers (UDI), qui assume leur autorité parentale jusqu'à leur majorité via l'Aide sociale à l'enfance (ASE), leur nombre serait passé de quelque 900 MNA début 2020 à 700 fin septembre, conséquence de la fermeture des frontières pendant la crise du coronavirus.

«Globalement, ils sont plutôt tous débrouillards»

Ces jeunes arrivent pour l'essentiel d'Afrique subsaharienne (Mali, Côte d'Ivoire, etc). La grande majorité d'entre eux parle français. Les jeunes filles sont rares.

«On ne les reçoit pas dès qu'ils posent le pied en France ! Soit ils sont d'abord repérés dans la rue par la police ou les maraudes, soit ils font eux-mêmes appel aux services sociaux car ils se parlent entre eux et connaissent le numéro à contacter », raconte Jérôme Hillaire, responsable du secteur sud chez Empreintes en Seine-et-Marne.

Il poursuit : «Le conseil départemental les suit jusqu'à leurs 18 ans. Il les oriente vers nous pour qu'on leur apporte un accompagnement global : administratif, logement, emploi, santé. Nous avons une quarantaine de travailleurs sociaux dédiés aux MNA en Seine-et-Marne pour un budget de 7 millions d'euros sur un budget annuel de l'association de 30 millions d'euros », commente Jérôme Hillaire.

Concrètement, selon David Potier, directeur général d'Empreintes, 300 mineurs non accompagnés de 15 à 18 ans sont hébergés. Parmi eux, 146 occupent des places dans des hôtels pour les cas d'urgence et le temps d'une première évaluation et 154 autres sont répartis dans des appartements partagés pour du moyen ou long terme. L'association dispose d'un internat à Roissy-en-Brie pour 37 MNA de moins de 15 ans.

Dès leur arrivée, les équipes d'Empreintes leur montrent leur chambre, les accompagnent chez le médecin pour un bilan de santé. C'est souvent le moyen de de déceler d'éventuelles pathologies, des blessures, etc.

Face à Eric Zemmour, Patrick Septiers «assume pleinement sa mission»

Les réactions des jeunes lors de leur prise en charge sont très variables. «Il y a autant de réactions différentes que de personnes ! Certains sont réservés d'autres expansifs ou inquiets. Ils sont tous angoissés à propos de leur santé. Mais globalement, ils sont plutôt tous débrouillards », constate Jérôme Hillaire.

La mission d'Empreintes est de les amener à l'intégration via une formation et un emploi. « Globalement, la cause de leur arrivée en France est d'ordre économique. Ceux que nous accueillont se comportent très correctement. Leur premier objectif ici, c'est travailler et avoir des ressources. Les cas des délinquants se situent à la marge », insiste Jérôme Hillaire. « Ils choisissent souvent des métiers manuels comme la plomberie, l'électricité, etc. On les inscrit en apprentissage ou en alternance.»

Face aux récents amalgames ignominieux d'Eric Zemmour, les élus socialistes du conseil départemental ont demandé vendredi à Patrick Septiers de déposer plainte contre le polémiste, comme l'a déjà fait le président du conseil départemental de Loire-Atlantique. « Les propos d'Eric Zemmour n'engagent que lui, le conseil départemental assume pleinement sa mission d'accueil et d'accompagnement des mineurs isolés », rétorque-t-on au cabinet de Patrick Septiers.

Empreinte accueille d’autres publics en grande difficulté

Empreintes mène également des actions vers d’autres publics. L’équipe de Vaux-le-Pénil propose des appartements de coordination thérapeutique (ACT) à des personnes souffrant de maladies chroniques (diabète, sida, etc) et se trouvant potentiellement à la rue. Dix-sept places sont disponibles.

L’association offre aussi une alternative à l’hôtel pour les familles (43 places) et travaille à leur réinsertion sociale et professionnelle, à leur santé, etc.

A Avon, les salariés font de l’accompagnement social lié au logement (ASLL) auprès de 120 familles. Elles sont 330 dans toute la Seine-et-Marne. « On évite ainsi 90% des expulsions », assure Jérôme Hillaire.

Par ailleurs, l’association propose 63 places d’accueil d’urgence en hôtels ou appartements. Pour l’hiver, 30 places de plus sont ouvertes du 1er novembre au 30 mars.

Le pôle justice offre l’alternative à la prison à quatre détenus en fin de peine dans des logements. Ils demeurent sous contrôle judiciaire, avec un numéro d’écrou et dépendent toujours de l’Administration pénitentiaire.

Par ailleurs, depuis 2016, Empreintes accueille aussi des migrants adultes. Ponctuellement, comme en janvier 2019 pendant un mois dans un gymnase à Avon. Ou plus longuement, comme les 80 migrants hébergés au Centre d’accueil et d’examen des situations administratives (CAES) à Vaux-le-Pénil, dans l’ancien gymnase de La Poste. «Quand leur situation administrative est identifiée sur le territoire, ils sont orientés vers d’autres dispositifs, souvent en province », explique David Potier.