Seine-et-Marne : deux conducteurs en fuite foncent sur des policiers en pleine nuit

Deux chauffards, l’un à Mitry-Mory, l’autre à Fontainebleau ont refusé d’être contrôlés par des patrouilles. Un policier, percuté, a été sérieusement blessé. Un autre, par chance, a évité le choc de justesse. Le directeur départemental de la Sécurité publique réagit.

 Illustration. Les policiers ont interpellé un chauffard après 35 minutes de course-poursuite. Ils ont arrêté son véhicule à l’aide de deux stop sticks de ce type.
Illustration. Les policiers ont interpellé un chauffard après 35 minutes de course-poursuite. Ils ont arrêté son véhicule à l’aide de deux stop sticks de ce type.  LP/MARINE LEGRAND

Un policier a été blessé, l'autre a évité le pire. La nuit de mercredi à jeudi a été tendue pour les policiers de Seine-et-Marne lors de ce qui devait être au départ de simples contrôles routiers. Deux automobilistes n'ont pas hésité à foncer sur deux fonctionnaires à Villeparisis et à Fontainebleau. La nuit précédente, un policier a été très grièvement blessé lors de faits similaires dans le département voisin à Savigny-sur-Orge.

« L'adjoint de sécurité a été blessé mais ce n'est pas sérieux. Heureusement », déclare Philippe Justo, le directeur départemental de la sécurité publique (DDSP), le patron des policiers du département.

La première affaire débute par un feu rouge grillé à hauteur de la route de Claye, à Mitry-Mory, par le conducteur d'une Opel Vectra. Il est 23h15. Une patrouille de police remarque également les embardées du conducteur et se décide à le contrôler. Le chauffard refuse d'obtempérer et accélère presque immédiatement. Les policiers le prennent en chasse et appellent des renforts.

Une course-poursuite de 25 minutes

Un fonctionnaire d'une des autres voitures de police glisse alors sur la chaussée un Stop stick, une petite herse mobile qui déploie trois rangées de clous au contact du sol, pour tenter de crever les pneus de l'Opel. En vain. Un peu plus loin, un autre fonctionnaire, placé en aval sur l'itinéraire du fuyard, sort de son véhicule et jette un second Stop stick. Le conducteur, déterminé, n'hésite pas et file tout droit.

Le policier tente alors de rentrer dans son véhicule pour se protéger lorsqu'il est violemment percuté par la voiture en fuite. Il se retrouve coincé entre la portière et l'aile avant de la voiture de police. Les roues du véhicule lui roulent également sur les pieds. Le policier, choqué, souffre des cervicales à hauteur du cou et du bassin.

Finalement, le conducteur perd le contrôle de sa voiture dont au moins un pneu est crevé sur le rond-point Jean-Moulin à Villeparisis. Cela ne l'arrête pas pour autant puisqu'il tente alors de fuir à pied. Finalement, les policiers arrivent à lui passer les menottes avenue Louis. Il est 23h40.

Jeudi en fin de journée, le conducteur, âgé de 18 ans, était toujours en garde à vue pour refus d'obtempérer et pour tentative d'homicide avec une arme par destination, sa voiture.

Le conducteur met un coup de volant vers un policier

Plus tard dans la nuit, vers 2h55, un scénario similaire s'est déroulé sur la D 609, à hauteur de Fontainebleau lorsqu'une patrouille de police aperçoit une Mercedes CLA roulant à vive allure. Les policiers allument leur gyrophare et demandent à l'automobiliste d'obtempérer. Ce qu'il fait.

Les policiers restent sur leur garde, le conducteur ayant le visage dissimulé. Ils s'approchent à sa hauteur et sortent de leur véhicule. Le chauffard redémarre alors en trombe et donne un coup de volant en direction d'un des fonctionnaires. Ce dernier se jette contre la portière du véhicule de patrouille pour éviter le choc.

Une course-poursuite s'enclenche. Le fuyard grille plusieurs feux, manque de renverser des passants avant d'être finalement arrêté sur la D 409, après l'arrivée de renforts. Âgé de 26 ans, le suspect avait consommé de l'alcool. Placé en garde à vue, il est ressorti libre avec une convocation pour une comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité, le palider coupable, devant la justice. Inconnu de la justice, l'automobiliste qui avait 0,58 g d'alcool dans le sang, plaidera coupable en mars prochain. Il a nié avoir voulu renverser les policiers.

Déjà 250 refus d'obtempérer en neuf mois

« Les refus d'obtempérer sont des situations potentiellement dangereuses mais comme toute intervention sur la voie publique car on ne sait jamais comment vont réagir les gens, constate Philippe Justo. C'est d'autant pus dangereux que la voiture peut-être une arme par destination. »

Les policiers y sont confrontés presque quotidiennement puisque près de « 250 refus d'obtempérer ont été comptabilisés durant les neuf premiers mois de l'année », ajoute le patron des policiers seine-et-manrais qui précise : « Même si on laisse partir le fuyard pour éviter de mettre en danger d'autres personnes, on élucide presque toujours ces affaires liées à des conduites sous stupéfiants ou alcool ou à l'absence de permis de conduire après des infractions routières. »

« Les forces de l'ordre sont prises pour cibles », déplore de son côté Christophe Gonzalez, secrétaire régional d'Alliance 77 qui demande « des réponses judiciaires fermes pour ce type d'infraction. On veut un observatoire des réponses pénales. »

Les forces de l'ordre sont d'autant plus inquiètes alors que se profilent plusieurs semaines de couvre-feu. « Nous avons eu plusieurs semaines de confinement et nous n'avons pas eu d'augmentation des refus d'obtempérer », tempère le DDSP qui ajoute : « L'essentiel, c'est d'être prudent car on fait un métier dangereux. »