Seine-et-Marne : dans son sous-sol, l’ex-informaticien fabrique des stylos haut de gamme uniques

Isabelle et Antoine Hazard ont créé en 2019 l’Atelier Aha, à Thorigny-sur-Marne. Ensemble, ils fabriquent des stylos haut de gamme et d’autres objets en bois, résine ou polymère.

 Thorigny-sur-Marne, lundi 28 septembre 2020. Antoine et Isabelle Hazard  fabriquent, entre autres objets, des stylos uniques en bois ou en polymère.
Thorigny-sur-Marne, lundi 28 septembre 2020. Antoine et Isabelle Hazard fabriquent, entre autres objets, des stylos uniques en bois ou en polymère. LP/Alexandre Métivier

A la lumière d'une petite lucarne lors des beaux jours ou d'une ampoule quand il fait gris, Antoine Hazard s'active, patiemment, sur son tour à bois. Tous les jours, parfois de 7h30 à 23 heures au sous-sol de sa maison de Thorigny-sur-Marne, cet autodidacte façonne, aux côtés de son épouse Isabelle, des stylos plume, roller, bille ou porte-mines, des supports de téléphone, des horloges, des moulins à sel ou à poivre, des casse-tête, des coquetiers et même des baguettes magiques pour les enfants.

«Le bois, c'est une drogue»

C'est essentiellement le bois qui est utilisé mais également la galalithe, l'ertalon, la résine ou la polymère, matière favorite de madame. Depuis un peu plus d'un an, cet ancien responsable de la sécurité des systèmes d'information chez Nestlé France et cette mère au foyer de trois adolescents de 13, 15 et 17 ans ont officiellement fait de la passion pour le bois de monsieur leur activité principale avec la création de l'Atelier Aha. Un amour qui remonte à l'adolescence.

« Je travaille la matière depuis tout jeune, j'ai eu mon premier tour à bois à 12 ans. Mon plaisir, c'était de faire des copeaux de bois quand j'étais en vacances en Loire-Atlantique ou en Normandie. Aujourd'hui, le bois c'est une drogue », sourit Antoine Hazard dans le salon de sa maison où le bois est partout : au sol sur un parquet, au mur sur une horloge ou encore sur le pied d'une lampe ou de nombreux meubles.

Thorigny-sur-Marne, lundi 28 septembre 2020. Antoine et Isabelle Hazard ont créé leur atelier dans le sous-sol de leur maison. LP/Alexandre Métivier
Thorigny-sur-Marne, lundi 28 septembre 2020. Antoine et Isabelle Hazard ont créé leur atelier dans le sous-sol de leur maison. LP/Alexandre Métivier  

Au garage, des rondins et morceaux de bois s'amoncellent au sol ou sur les étagères. Il y a là du chêne, du frêne, du sequoia, du laurier, du buis, du poirier, etc. « Je ne coupe pas un arbre pour mes créations. De toute manière, je ne peux pas travailler un bois vert, les stylos se casseraient. C'est de la récupération, parfois des branches tombées après une tempête, souligne l'artisan. Pour les bois exotiques, on se fournit en magasin mais on essaie de réduire au maximum car on ne sait pas si l'exploitation concernée est respectueuse de l'environnement. Il y a des trafics de bois à Madagascar et au Cambodge, enre autres. On essaie de mettre en avant le bois français. »

Tous les week-ends au marché de Thorigny

Pour fabriquer un stylo, il lui faut entre 50 minutes pour le plus simple et une dizaine d'heures pour les pièces les plus élaborées. « Ce qui me plaît, c'est la création. Le but c'est que ça plaise aux personnes qui nous commandent quelque chose, que ce soit unique et à leur goût », ajoute Antoine Hazard, qui travaille essentiellement pour les particuliers (80% de sa clientèle) mais également pour des sociétés sur des cadeaux d'entreprise.

Après une phase de traitement du bois pour son loisir entre 2016 et 2019 – « je faisais des meubles de poupée, des objets décoratifs pour les amis, la famille » - il se lance officiellement l'an dernier. « Nestlé France a déménagé dans les Hauts-de-Seine, je voulais rester en Seine-et-Marne et j'ai saisi le plan de congé mobilité. Aujourd'hui, ce sont des grosses journées, c'est fatiguant mais je voulais vivre de ma passion », confie-t-il.

Thorigny-sur-Marne, lundi 28 septembre 2020. Pour fabriquer un stylo, il lui faut entre 50 minutes pour le plus simple et une dizaine d’heures pour les pièces les plus élaborées. LP/Alexandre Métivier
Thorigny-sur-Marne, lundi 28 septembre 2020. Pour fabriquer un stylo, il lui faut entre 50 minutes pour le plus simple et une dizaine d’heures pour les pièces les plus élaborées. LP/Alexandre Métivier  

« J'étais mère au foyer et j'aide aujourd'hui mon mari pour l'administratif. Il y a énormément de travail sur la communication, avec les fournisseurs pour nos commandes, les comptes, les charges. Mais je travaille aussi la polymère pour nos crayons », appuie Isabelle, qui aime aussi le bois depuis de nombreuses années. « Quand on s'est rencontré, nous aimions tous les deux l'ancien, les meubles en bois. Et ça me plaisait beaucoup qu'il soit manuel, sa famille aussi », ajoute Isabelle.

Ensemble, ils se sont installés au marché de Thorigny, qui se tient désormais tous les samedis matin et qu'ils veulent booster pour qu'il se maintienne, alors que l'épidémie de Covid a perturbé d'autres événements où ils devaient être présents, comme ce dimanche à Carnetin ou le week-end prochain à Rubelles. « Mais nous vendons essentiellement via notre stock, qui est aujourd'hui de 180 crayons. Ils sont facturés entre 55 et 214 euros. Les gens ont parfois du mal à comprendre que nos stylos coûtent cent fois plus cher que ceux de Bic. Mais certains soulignent tout de même l'artisanat local », apprécie Antoine Hazard.

Tous les samedis de 8 heures à 12h30 au marché de Thorigny, rue du Moustier. Informations sur https://atelieraha.fr/