Seine-et-Marne : comment un cas de Covid a mis le lycée de Serris à l’arrêt

Trente-six professeurs ont choisi d’exercer leur droit de retrait ce lundi au lycée Emilie-du-Châtelet à Serris. Ils s’inquiètent de la circulation du Covid-19 alors que plusieurs agents d’entretien sont touchés ou en quarantaine.

 Serris (Seine-et-Marne), lundi 21 septembre 2020. Après l’apparition de cas de Covid parmi plusieurs agents d’entretien du lycée Emilie-du-Châtelet, 36 professeurs ont exercé leur droit de retrait ce lundi matin. La quasi-totalité des cours ont été annulés.
Serris (Seine-et-Marne), lundi 21 septembre 2020. Après l’apparition de cas de Covid parmi plusieurs agents d’entretien du lycée Emilie-du-Châtelet, 36 professeurs ont exercé leur droit de retrait ce lundi matin. La quasi-totalité des cours ont été annulés. LP/Alexandre Métivier

Devant le lycée Emilie-du-Châtelet, à Serris (Seine-et-Marne), les petites grappes d'élèves étaient dans l'expectative ce lundi matin. « Ils vont fermer le lycée? », demande un jeune scolarisé en seconde. « On sait qu'il y a des élèves qui ont été touchés par le Covid », lâche un autre alors que Juliette, étudiante en BTS Management, hôtellerie, restauration déplore « qu'officiellement, on ne soit au courant de rien ».

En fin de semaine dernière, un agent d'entretien a été atteint par le Covid-19 et neuf autres, dont deux présentant des symptômes, ont été placés en quarantaine. Quand on sait qu'il y avait déjà cinq arrêts maladie à la rentrée, les effectifs sont donc décimés. Ainsi, un tiers des 23 agents affectés à l'établissement étaient disponibles en ce début de semaine. Pas assez pour que l'établissement fonctionne dans le respect du protocole sanitaire établi par le ministère de l'Education nationale.

«Des conditions de travail insupportables»

« La demi-pension ne fonctionne plus. La région Ile-de-France, qui est réputée très riche, nous dit qu'elle n'a personne. Elle n'est pas non plus fichue d'assumer le nettoyage suffisant des locaux. Les sanitaires des élèves étaient sales ce lundi matin. Si le virus est là, il va circuler partout », s'alarme Jean-Noël Tardy, professeur d'histoire-géographie et membre du Syndicat national des enseignements de second degré (Snes).

« En sciences, nous n'avons pas de quoi changer les chiffonnettes. Nous ne sommes pas dans les normes, s'agacent une professeure de SVT et sa laborantine. Le gel hydroalcoolique n'est censé être réservé qu'aux professeurs mais nous le partageons avec les élèves. On s'implique pour la santé de tous. »

Une deuxième professeure d'histoire-géographie s'inquiète du sort des agents d'entretien — « des personnels précaires qui ont une surcharge de travail et une pression supplémentaire en sous-effectifs » — et s'alarme aussi « que le virus puisse circuler. Ce sont des conditions de travail insupportables. »

Serris (Seine-et-Marne), lundi 21 septembre 2020. Devant le lycée Emilie-du-Châtelet, les petites grappes d’élèves étaient dans l’expectative ce lundi matin. LP/Alexandre Métivier
Serris (Seine-et-Marne), lundi 21 septembre 2020. Devant le lycée Emilie-du-Châtelet, les petites grappes d’élèves étaient dans l’expectative ce lundi matin. LP/Alexandre Métivier  

« La région fait le pari de laisser pourrir la situation. C'est scandaleux. Elle aurait dû anticiper des réserves d'agents disponibles. Il en faudrait dix de plus », enfonce Jean-Noël Tardy. Ce lundi matin, lui et ses collègues étaient réunis en assemblée générale. Au terme de celle-ci, 36 professeurs ont choisi d'exercer leur droit de retrait.

De nombreux cours prévus l'après-midi ont été annulés. Et le scénario pourrait se répéter ce mardi en fonction de la réponse du rectorat de Créteil, qui indique de son côté « que le retrait des enseignants est un droit qui sera examiné par les instances idoines » et renvoie vers la région pour les cas de Covid. Celle-ci est effectivement l'employeur des agents.

Des gestes barrières pas franchement respectés…

« On ne sait pas quelles salles ont été désinfectées ou non. Nous n'arrivons pas à les identifier. On se demande s'il ne faut pas nettoyer nous-mêmes », ajoute Jean-Noël Tardy. « Ce matin, on a eu cours mais les classes étaient très sales, déplore Carla, élève de terminale. La femme de ménage a lavé toutes les tables avec la même lavette. C'est inquiétant. »

Plusieurs élèves, qui ne portent pas tous le masque aux abords des grilles, reconnaissent que les gestes barrières ne sont pas toujours respectés dans le lycée. « On est les uns sur les autres dans les couloirs. On ne peut pas se protéger », reprend Juliette. « On essaie de respecter mais il y a toujours des exceptions », lâche un élève de première alors qu'un autre, en seconde et le masque sous le menton, révèle « s'inquiéter avec ces cas de Covid… surtout pour [ses] parents ! »

Trois agents supplémentaires dès ce mardi

La région, qui avait d'abord prévu deux renforts pour la fin de semaine, va finalement envoyer trois agents à Serris dès ce mardi matin. Jeudi ou vendredi, un fonds d'urgence ressources humaines pour les lycées de 2 millions d'euros doit être voté en séance plénière afin de recruter en urgence des intérimaires. Ce sont les chefs d'établissement qui pourront le faire directement dès que la situation l'exige.

« Il n'y a pas eu de séance en août et il a fallu quelques semaines pour rédiger et faire valider les délibérations par les différentes commissions concernées », indique la région pour expliquer ce délai de trois semaines après la rentrée pour voter ce fonds d'urgence.

« Par ailleurs, en ce qui concerne la restauration, la région a mobilisé un marché d'urgence depuis plusieurs semaines pour assurer, en cas d'absence dans les cuisines des lycées, la continuité de service dans la fourniture de repas. Ils sont livrés directement aux lycées, pris en charge par la région et non facturés aux lycées ni aux parents. » Pas sûr que ça suffise à calmer la colère qui gronde.

Aucune structure scolaire fermée en Seine-et-Marne

En Seine-et-Marne, il n’y avait, ce lundi soir, aucune structure scolaire fermée à cause du Covid-19 : ni école, ni collège, ni lycée, indique la direction des services départementaux de l’Education nationale.

Ce n’était pas le cas jeudi dernier car vendredi 11 septembre le lycée Thibaut-de-Champagne à Provins a été fermé suite à trois cas de Covid-19 avérés. La mesure a été initialement prise pour une durée de deux semaines. Mais, entre-temps, la durée d’isolement a été abaissée de 14 à 7 jours. Le lycée a donc rouvert ses portes ce lundi mais… sans élèves !

Les enseignants ont appris la nouvelle vendredi soir et le syndicat Sud Education indique avoir obtenu, pour les enseignants, « une journée pour discuter du protocole sanitaire ce lundi pour faire en sorte qu’on ne referme pas dans dix jours ». Les cours reprendront donc normalement ce mardi.

« Grâce au respect des règles sanitaires par les personnels et les élèves, trois semaines après la rentrée, l’impact du Covid reste maîtrisé en milieu scolaire, estime le rectorat de l’académie de Créteil. Les élèves tenus de rester chez eux bénéficient de la continuité pédagogique assurée par leurs professeurs. »

Se référant à ses données arrêtées jeudi 17 septembre, le rectorat signale 612 cas confirmés sur 933 700 élèves (soit 0,07 %) et 220 cas confirmés sur 82 400 personnels (soit 0,27 %) pour l’ensemble de l’académie de Créteil.

Julie Olagnol