Seine-et-Marne : «Ces squatteurs sont tombés sur un village de Gaulois»

L’occupation illégale par des squatteurs de la Bourse d’affrètement à Saint-Mammès, pour laquelle la mairie porte un projet de réhabilitation, a déclenché la colère des bateliers et des habitants.

 Saint-Mammès, lundi soir. Ils étaient plus d’une trentaine de bateliers lundi soir à se masser avec des habitants de la commune devant les grilles pour déloger les squatteurs.
Saint-Mammès, lundi soir. Ils étaient plus d’une trentaine de bateliers lundi soir à se masser avec des habitants de la commune devant les grilles pour déloger les squatteurs. DR.

Ils pensaient squatter un endroit tranquille, au vert, en bord de Seine, à Saint-Mammès, dans le sud de la Seine-et-Marne. Ils se retrouvent face à une résistance farouche. Une poignée de militants écologistes âgés d'une vingtaine d'années, issus du mouvement Extinction rébellion, ont investi la Bourse d'affrètement datant du XVIIIe siècle, depuis jeudi dernier.

Cette structure administrative appartenant à l'Etat, sise au 10, quai du Loing, jadis chargée d'organiser les opérations de transport fluvial de marchandises, est inoccupée depuis 2014. Joël Surier (SE), le nouveau maire et son équipe, ont justement été élus… grâce à un projet de réhabilitation de cet édifice, co-construit avec des habitants.

«J'ai peur que cela dégénère», prévient le maire

L'édile a découvert le squat avec stupeur dimanche. La police est intervenue pour en faire la constatation dans la foulée. « La police n'a le droit de rien faire. Notre député Jean-Louis Thiériot (LR) a alerté le préfet de Seine-et-Marne. Je suis très ennuyé car cela retarde notre projet. Je suis surtout préoccupé par la sécurité, car j'ai peur que cela dégénère pour les jeunes », commente Joël Surier.

Depuis ce week-end en effet, les bateliers et des habitants ne décolèrent pas. Ils étaient plus d'une trentaine lundi et mardi soir à se masser devant la grille pour bouter les squatteurs hors de « leur » Bourse. Dans une ambiance tendue, trois élus et un archéologue ont pu pénétrer lundi pour faire un état des lieux et récupérer des biens issus des collections batelières. Mardi, ils ont obtenu des squatteurs qu'ils retirent leur cadenas.

Saint-Mammès, lundi soir. Les bateliers étaient émus de récupérer des biens issus des collections batelières. DR.
Saint-Mammès, lundi soir. Les bateliers étaient émus de récupérer des biens issus des collections batelières. DR.  

Intervention des bateliers

«Ces squatteurs sont tombés sur un village de Gaulois! Nous sommes outrés et nous avons décidé que cela n'allait pas durer. On leur a donné 48 heures de délai pour partir - soit jusqu'à ce mercredi soir, afin d'éviter la violence. On ne sait pas si la force publique va les sortir en premier ou bien si ce sera la force populaire», prévient Pascal Malbrunot, batelier et conseiller municipal délégué à la batellerie.

« En tant que porteurs de projet, nous, on doit composer avec des lourdeurs administratives et financières. On n'a pas le droit de s'installer comme cela !, s'indigne celui qui est revenu au village en catastrophe pour temporiser. Si tout se passe bien, la mairie devrait pouvoir prendre possession des lieux très vite, c'est en discussion avec VNF. On entend bien faire revivre notre patrimoine ».

Pour Mehdi Azzam, un habitant de la commune qui a pris part au projet, « nous devions en faire un lieu économique, un centre culturel, un musée batelier, un lieu d'étape pour les cyclistes et aménager la zone humide autour et à la place… nous avons un squat ! J'ai l'impression que ces gosses viennent nous coloniser comme si nous n'étions pas là et s'approprient un bien commun dont nous attendons la rétrocession depuis des années ».

Saint-Mammès, ce mardi. Les militants écologistes ont investi la bourse d’affrètement datant du XVIIIe siècle, depuis jeudi dernier. LP/Julie Olagnol.
Saint-Mammès, ce mardi. Les militants écologistes ont investi la bourse d’affrètement datant du XVIIIe siècle, depuis jeudi dernier. LP/Julie Olagnol.  

«On pensait que la bâtisse était abandonnée»

Rencontrés sur site mardi, les jeunes gens, venus de toute la France et très au fait des procédures d'expulsion, expliquent avoir découvert le site en se promenant sur l'EuroVélo 3. Ils demandent une à deux semaines de répit pour « dialoguer ». « D'après nos recherches Internet, on pensait que la bâtisse était abandonnée depuis 10 ou 20 ans. On ne savait pas que la mairie avait un projet derrière », indique l'un d'eux.

Leur objectif est affiché sans complexe : s'y installer au moins jusqu'au printemps. Dans un flyer, ils proposent aux habitants de venir les rencontrer et d'organiser des activités autour de l'écologie. Ils ont même rebaptisé la Bourse « la Mer de Saint-Mammès », pour Maison de l'écologie et des résistances. Une formule qui a fortement déplu aux bateliers, qui y voient une allusion grossière.

Saint-Mammès, ce mardi. Le nom donné aux militants écologistes n’a pas du tout plu aux bateliers qui y voient une provocation. LP/Julie Olagnol.
Saint-Mammès, ce mardi. Le nom donné aux militants écologistes n’a pas du tout plu aux bateliers qui y voient une provocation. LP/Julie Olagnol.  

« Pour les Journées du patrimoine, nous avons reçu la visite et le soutien d'habitants qui passaient visiter le bateau en face. Nous sommes dans l'optique de réhabiliter le patrimoine bénévolement et de l'ouvrir aux associations. Nous sommes de bonne volonté, nous avons commencé à nettoyer les lieux », poursuit-il en montrant une dizaine de sacs-poubelles pleins de gravats et les murs lessivés au vinaigre blanc.

« On comprend que c'est un vrai lieu de mémoire pour les bateliers et on ne va pas du tout dégrader. Au contraire, c'est gagnant-gagnant. On va faire accélérer les choses en assainissant l'espace et ils pourront commencer leur projet légalement dès qu'on sera expulsé », insiste une autre militante. « On ne partira pas du jour au lendemain sous la menace », ajoute un troisième.

Plainte de Voies navigables de France

Voies navigables de France (VNF) a été prévenu lundi matin par le maire que le bâtiment de la Bourse était squatté depuis le week-end et a déposé une plainte dans la foulée en vue d'obtenir l'expulsion des squatteurs.

« Nous avons fait connaître à l'Etat, propriétaire du domaine public fluvial, l'inutilité de cette propriété pour l'exercice de nos missions de service public. Le déclassement dans le domaine privé de l'Etat a été prononcé fin 2019. La direction départementale des services fiscaux de Seine-et-Marne doit maintenant procéder à la vente, la commune pouvant faire jouer un droit de priorité sur l'acquisition », signale-t-on à VNF.

Le déclassement ayant été effectué depuis moins d'un an, il incombe encore à VNF de mettre en œuvre les éventuelles procédures d'expulsion.

Un recours à la force publique sous conditions

Ce mardi soir, la préfecture de Seine-et-Marne indiquait qu'il n'y avait pour l'heure « aucune procédure en cours » : « Le délai de flagrance de 48 heures étant échu, il appartient au propriétaire de saisir la juridiction compétente en référé en vue d'obtenir une ordonnance d'expulsion ».

La décision du tribunal est alors notifiée par huissier aux occupants des lieux. Si ceux-ci n'exécutent pas le commandement de quitter les lieux, l'huissier pourra demander au préfet le concours de la force publique pour faire exécuter la décision de justice.

« Toutefois, en cas de troubles à l'ordre public attestés ou en cas de danger réel et imminent dûment documenté, le maire peut prendre un arrêté de mise en demeure de quitter les lieux sur ses propres pouvoirs de police. En cas de non-exécution, le concours de la force publique pourra être demandé par le maire au préfet », explique-t-on encore en préfecture.