Savigny-le-Temple : la grève dans les entrepôts menace l’approvisionnement des Leclerc

Dans le cadre d’une grève lancée le 17 février à la Scadif qui approvisionne 32 magasins et 16 Drive, la CGT et la CFDT ont saisi l’Inspection du travail car la direction aurait voulu casser le mouvement samedi.

 Savigny-le-Temple, 22 février. Des salariés de la Scadif manifestent contre leur niveau de salaire et leurs conditions de travail. La CGT et la CFDT ont saisi l'inspection du travail car la direction aurait mobilisé d'autres salariés samedi pour compenser l'absence des grèvistes.
Savigny-le-Temple, 22 février. Des salariés de la Scadif manifestent contre leur niveau de salaire et leurs conditions de travail. La CGT et la CFDT ont saisi l'inspection du travail car la direction aurait mobilisé d'autres salariés samedi pour compenser l'absence des grèvistes. LP/Sophie Bordier

Les rayons des magasins Leclerc d'Ile-de-France vont-ils se vider ? Depuis le 17 février, des salariés de la Scadif, qui approvisionne 32 hypermarchés, 16 Drive et deux Leclerc Express en Ile-de-France, mènent une grève reconductible chaque jour sur leur site à Savigny-le-Temple.

Dans cette entreprise de 380 salariés en CDI et plus de vingt intérimaires, préparateurs de commandes, caristes ou réceptionneurs se relaient devant les grilles de l'établissement, barbecue et banderoles à l'appui. En cause : le niveau des salaires et les conditions de travail dans les entrepôts.

La tension est montée d'un cran ce lundi. La CGT et la CFDT ont saisi l'Inspection du travail car la direction de la Scadif aurait mobilisé d'autres personnels de magasins Leclerc samedi pour «casser la grève» en remplaçant les grévistes à leurs tâches habituelles « au mépris des consignes de sécurité », pestent des délégués syndicaux . «J'ai saisi le préfet car il y a entrave au droit de grève », rugit Patrick Masson, secrétaire général de l'Union départementale CGT.

Des salariés engagés malgré la crise sanitaire

Un acte perçu comme la goutte d'eau qui fait déborder le vase et ce n'est pas le premier conflit qui oppose salariés et direction. «Un préparateur de commandes gagne 11,46 euros brut par heure au bout de deux ans. Puis son salaire n'évolue plus. Un cariste gagne 12,41 euros bruts par heure. Beaucoup font des heures sup' et travaillent le samedi, sinon ils n'y arrivent pas», assène Abdenbi Benziyane, élu CGT à la Scadif.

Agé de 43 ans, un préparateur de commandes en place depuis 22 ans est dépité : «Mon salaire ne change pas car l'ancienneté n'est pas prise en compte. J'ai eu plusieurs accidents du travail. Je veux changer de poste et je ne peux pas. Je n'ai pas le choix... »

Des salariés engagés malgré la crise sanitaire. « Au printemps dernier, on était pourtant là pour charger les camions et approvisionner les magasins. On travaillait dans le stress car on ne savait pas si on ne risquait pas notre santé. C'est en menaçant de faire grève que ceux qui étaient présents ont pu toucher la prime Covid de 1000 euros.» Une reconnaissance insuffisante au yeux des grévistes.

L'élu CGT rappelle la croissance du chiffre d'affaires des magasins Leclerc « de +10% à +20% malgré le Covid car la grande distribution n'a jamais fermé ses portes ». Selon lui, « en maintenant des bas salaires, la Scadif prive l'Etat de cotisations... Alors que l'Etat lui a versé le CICE par exemple...»

Pas de chauffage dans l'entrepôt

Mais une quelconque redistribution n'est apparemment pas prévue. «Juridiquement, ils ont séparé les entrepôts et les achats. Les bénéfices retombent au niveau des hypers, et, ici, nous sommes privés de participation aux bénéfices. On a juste un intéressement de 1500 euros au maximum... », peste Bernard Burg, de la CGT.

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Les conditions de travail sont également en ligne de mire. Pas de chauffage dans l'entrepôt dans les rayons épicerie, produits secs ou liquides. «Ils nous disent que ça ferait fondre le chocolat ! Alors que les hyper sont chauffés pour les clients ! Il faisait 0°C le 11 février dernier dans l'entrepôt ! Ils jouent avec notre santé pour faire des économies », s'insurge Sébastien Bouvelle, secrétaire CGT à la Scadif.

Contacté à trois reprises, le directeur du site n'a pu être joint. L'entreprise qui a eu des démêlés avec la Cramif a investi près de 600 000 euros pour améliorer les conditions de travail de ses salariés selon les propos du directeur lors du CSE le 20 mai 2020 (filmage des palettes 100% automatique, asservissement des quais de chargement et motorisation des portes de quais, etc). Ce dernier évoquait aussi des pénalités de 85 000 euros par mois exigées par la Cramif.