Réouverture des restaurants : Delphine Mairiaux, la porte-voix des femmes

Propriétaire de trois établissements dans le département, Delphine Mairiaux fait entendre sa différence dans le débat sur la réouverture des restaurants. Et enjoint les syndicats de la profession de faire plus de place aux femmes.

 Lagny-sur-Marne, le 17 décembre 2020. Delphine Mairiaux est propriétaire de trois restaurants en Seine-et-Marne, dont « Le Gorille » à Lagny-sur-Marne. Dans cet établissement, une pancarte rappelle à Emmanuel Macron la formule qui a marqué son allocution en mars dernier, « Quoi qu’il en coûte ».
Lagny-sur-Marne, le 17 décembre 2020. Delphine Mairiaux est propriétaire de trois restaurants en Seine-et-Marne, dont « Le Gorille » à Lagny-sur-Marne. Dans cet établissement, une pancarte rappelle à Emmanuel Macron la formule qui a marqué son allocution en mars dernier, « Quoi qu’il en coûte ». LP/Alexandre Arlot

« Gare au gorille ! ». Surtout lorsqu'il a des choses à dire. C'est le cas de Delphine Mairiaux. Des trois restaurants en Seine-et-Marne que cette femme de 53 ans gère avec son mari, seul « Le Gorille » de Lagny-sur-Marne est ouvert pour de la vente à emporter. Cet établissement à la décoration animalière et exotique est aussi devenu l'informel QG des « Toques de la Rep », toute nouvelle association de promotion des femmes dans le milieu de la restauration.

« J'ai envie de m'asseoir à la table des négociations dans le débat sur la réouverture des restaurants », expose Delphine Mairiaux. Des discussions auxquelles la quinquagénaire ne serait pas invitée… du fait de son sexe.

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« Il existe une hégémonie masculine séculaire dans le monde de la restauration, estime-t-elle. Les femmes sont très présentes en salle pour le service ou en cuisine, mais pas seulement. Il faut faire entendre leurs voix. »

Preuve selon Delphine Mairiaux de ce combat qui reste à mener : l'organisation le lundi 14 décembre par l'Union des métiers des industries de l'hôtellerie (Umih) et le groupement national des indépendants de l'hôtellerie et de la restauration d' un rassemblement sur l'esplanade des Invalides.

« Les Toques de la Rep m'offrent une parole libre »

« Sur les vingt personnes qui ont pris le micro ce jour-là sur l'estrade, j'étais la seule femme », observe la restauratrice seine-et-marnaise. Qui regrette la faible médiatisation de cette mobilisation nationale, qu'elle impute à… sa (trop) bonne organisation. « Il n'y a pas eu de heurts, nous avons même offert à boire aux policiers, rappelle-t-elle. L'esplanade était remplie mais nous avons eu peu de visibilité. »

Lagny-sur-Marne, le 17 décembre 2020. Delphine Mairiaux plaide notamment pour une TVA ramenée à 5,5 % pendant au moins six mois et une aide à la réembauche des salariés licenciés. LP/Alexandre Arlot
Lagny-sur-Marne, le 17 décembre 2020. Delphine Mairiaux plaide notamment pour une TVA ramenée à 5,5 % pendant au moins six mois et une aide à la réembauche des salariés licenciés. LP/Alexandre Arlot  

Delphine Mairiaux s'exprimait alors en tant que vice-présidente du collège restauration de l'Umih Ile-de-France, où elle est l'une des rares femmes à siéger. « Mon syndicat a conscience de cette situation, je ne lui tape pas dessus, glisse Delphine Mairiaux. Mais les Toques de la Rep m'offrent une parole libre. »

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Valérie Prieux, présidente de l'association des chefs d'entreprise en Seine-et-Marne, et Nadia Ayadi, à la tête de la délégation départementale des Femmes cheffes d'entreprise, soutiennent la démarche. « Nous sommes toutes les trois des femmes actives et affirmées, lance la première. J'ai travaillé onze ans dans la restauration et je sais que la prise de décision y est majoritairement masculine, comme dans le bâtiment. »

« C'est à l'État d'assurer les pertes d'exploitation »

Dans le débat sur la réouverture des restaurants, Delphine Mairiaux déplore les « vociférations » de certains professionnels du secteur. La restauratrice prend l'exemple des grands chefs qui ont poussé des coups de gueule lors d'émissions ou d'interviews télévisées consacrées à la fermeture des restaurants.

« Quand Philippe Etchebest parle, on l'écoute plus que lorsque c'est Hélène Darroze, déplore-t-elle. J'ai demandé à passer à la télévision mais nous [ NDLR : les femmes ] n'intéressons pas les médias car nous ne vociférons pas. Notre discours est pourtant structuré. »

Les propositions de Delphine Mairiaux sont multiples : une TVA ramenée à 5,5 % pendant au moins six mois à la réouverture des restaurants, non-remboursement des prêts garantis par l'Etat à hauteur de 50 % (elle en a déjà consenti deux), aide à la réembauche des salariés licenciés, etc.

Surtout, la propriétaire du Gorille exige de l'État des « compensations ». « Je ne demande pas une réouverture immédiate des restaurants, dit-elle. Tant que nous restons fermés, c'est à l'Etat d'assurer les pertes d'exploitation. Il fait face à ses responsabilités sanitaires, il doit maintenant faire face à ses responsabilités économiques. Quoi qu'il en coûte, comme l'a dit notre président. »

Contactée ce mercredi, Delphine Mairiaux reste sur sa position concernant la réouverture des restaurants. « Il vaut mieux demander à l'Etat des indémnités à hauteur des pertes que nous subissons. Il doit y avoir une équité entre le monde salarial et le monde professionnel », assure-t-elle.

En attendant, son établissement de Lagny poursuit son activité de vente à emporter. « Cela représente 10 à 15 % du chiffre d'affaires, confie-t-elle. Mais c'est un système à ne pas négliger pour l'avenir. J'appelle à la diversification, à commencer par moi. Lorsque les restaurants rouvriront, il y aura un gros engouement au début, mais la vente à emporter est devenue désormais une habitude de vie. »

*« Le Cercle » à Montévrain est fermé et « Le Cirkus » à Meaux, qui remplacera la Taverne de Maître Kanter, ouvrira lorsque les restaurants pourront rouvrir.