«On découpe comme Samuel Paty, sans empathie» : prison ferme pour le rappeur Maka

Originaire de Seine-et-Marne et âgé de 18 ans, il a été condamné à 21 mois de prison et incarcéré, notamment pour apologie du terrorisme. Il était jugé après la mise en ligne d’un clip où il faisait référence à la décapitation de l’enseignant des Yvelines.

 Dans un clip, ce jeune rappeur de Seine-et-Marne apparaît au milieu de voitures en flammes.
Dans un clip, ce jeune rappeur de Seine-et-Marne apparaît au milieu de voitures en flammes. Capture écran YouTube

Dans le box des prévenus, veste de sport sur le dos et tresses noires arrivant aux épaules, Maka est abasourdi. Le tribunal correctionnel de Meaux l'a condamné ce jeudi soir à quinze mois de prison ferme, auxquels s'ajoutent six mois d'un sursis révoqué d'une affaire précédente, avec mandat de dépôt et incarcération immédiate.

Une heure plus tôt, il écoutait encore sa chanson, diffusée dans la salle d'audience. Le président avait en effet souhaité montrer le clip polémique à ses deux assesseures pendant le procès du jeune rappeur originaire de Lagny-sur-Marne, ce jeudi.

«Une logique de confrontation à l'Etat»

« Il s'agit de faits extrêmement graves, avec un clip qui peut susciter des vocations. Vous êtes sous contrôle judiciaire, en sursis probatoire, avec un clip tourné le 30 octobre au soir, dans une période de couvre-feu, soit une logique de confrontation à l'Etat », assène le président à l'énoncé du jugement.

Dans la vidéo mise en ligne mi-novembre sur YouTube, cet habitant du quartier Orly-Parc, à Lagny-sur-Marne, faisait référence en chanson à l'assassinat de Samuel Paty, professeur d'histoire-géographie décapité le 16 octobre à la sortie de son collège Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines). Devant une voiture en flammes ou, selon les scènes, au milieu de plusieurs autres jeunes hommes armés, il chantait notamment : « On découpe comme Samuel Paty, sans empathie ».

« Je veux être un artiste, il fallait un petit coup de boost »

Pour cela, Maka, âgé de 18 ans et qui a déjà fait de la prison récemment dans une autre affaire de violences, était poursuivi pour apologie publique d'un acte de terrorisme, port sans motif légitime d'arme blanche — un coupe-coupe qu'il dit factice — et recel de bien provenant d'un délit, c'est-à-dire l'utilisation pour son clip d'une voiture volée en train de brûler.

Devant ses juges, le rappeur s'est expliqué sur son texte. « J'ai écrit ma chanson en une soirée. Dans mes clips, je prends toujours un rôle. Le clip est violent, c'est vrai. Je n'avais pas fait attention à toutes les conséquences », assure-t-il.

Mais il dit ensuite qu'il chante qu'il « b*** la France » car il savait « qu'en disant cette phrase », il allait « attirer des gens, faire le buzz ». « Ma phrase, on découpe comme Samuel Paty, ça voulait dire qu'on découpe la musique (sic). Quand mon clip est sorti, j'ai vu les critiques et je l'ai supprimé. Je tiens à m'excuser, j'ai tenu des propos très choquants. Je veux être un artiste, il fallait un petit coup de boost. »

Son avocate avait plaidé la relaxe

« Dans le box, on a un monsieur qui ne comprend pas trop ce qui se passe aujourd'hui, qui n'est pas Jean d'Ormesson, plaide Me Marie Violleau, son avocate. Samuel Paty peut être considéré comme une sorte de symbole. Maka a malmené l'image et le symbole mais on ne peut pas lui reprocher d'avoir fait les louanges des terroristes. Aujourd'hui, on a besoin de sérénité et il faut éviter de faire des amalgames. On peut être subversif, indélicat, dans un exercice artistique. On peut ne pas être d'accord, s'insurger, dire que c'est nul, grave, mais on ne peut pas dire que c'est illégal. » Elle avait plaidé la relaxe totale pour son client.

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De son côté, la représentante du ministère public avait dénoncé un acte « extrêmement choisi et réfléchi ». « Il a dit que Sans empathie veut dire sans pitié pour monsieur Samuel Paty. B*** la France, ce n'est pas anodin non plus. On doit faire le parallèle ici avec les vidéos publiées avant l'assassinat de Samuel Paty. On ne sait jamais jusqu'à qui les propos peuvent parvenir. L'aspect viral à l'époque peut se reproduire et se reproduit déjà. Maka sait l'impact que ça peut avoir sur la jeunesse. Qu'on ne vienne pas tenter de parler ici de la liberté d'expression ou d'expression artistique. On se situe bien au-delà. » Elle avait requis seize mois d'emprisonnement, avec mandat de dépôt.