Nouveaux forages pétroliers de Bridgeoil à Nonville : c’est… non pour le commissaire-enquêteur

A la surprise et la satisfaction des opposants au projet, cet avis consultatif met en péril l’équilibre économique de la petite compagnie pétrolière française qui pourrait en conséquence mettre la clé sous la porte.

AbonnésCet article est réservé aux abonnés.
 Boutigny. Un forage pétrolier nécessite environ un mois de travail sept jours sur sept et 24 heures sur 24.
Boutigny. Un forage pétrolier nécessite environ un mois de travail sept jours sur sept et 24 heures sur 24.  LP/Faustine Léo

Et voilà que, six ans après sa signature, l'Accord de Paris sur le climat, tant évoqué et si peu appliqué, entre en jeu. Pour argumenter son avis défavorable concernant la demande d'autorisation d'une dizaine de nouveaux forages pétroliers de Bridgeoil à Nonville (Seine-et-Marne), le commissaire-enquêteur invoque l'objectif de 25 % d'énergie d'origine pétrolière fixé par le gouvernement d'ici à 2036 alors qu'il est actuellement de 31 %.

« Le projet d'extension n'est pas cohérent avec les objectifs de transition vers d'autres sources d'énergie », avance-t-il, alors que la petite compagnie pétrolière française Bridgeoil, qui exploite deux puits depuis 2009 à Nonville, souhaiterait pouvoir explorer le sous-sol via dix puits d'ici quinze ans sur sa concession qu'elle veut aussi agrandir en direction de La Genevraye.

Le commissaire a bien pris en compte que Bridgeoil dispose d'un permis minier qui l'autorise à poursuivre ses travaux jusqu'en 2034, voire même jusqu'en 2039.

La compagnie pétrolière pourrait d'ailleurs demander une compensation financière à l'Etat en cas de refus de son projet. Car la production annuelle prévue à Nonville au cours des vingt prochaines années représente 13600 tonnes et l'émission annuelle de gaz à effet de serre est estimée à 41239 tonnes, selon l'avis délibéré, en date du 20 mai 2020, de la mission régionale de l'autorité environnementale d'Ile-de-France, favorable au projet.

«Tout le monde utilise du pétrole»

Mais Bridgeoil s'apprête d'ores et déjà à plier bagage d'ici deux ou trois ans si elle se retrouve bloquée dans ses activités. D'autant plus que son autre demande d'extension vers le sud déposée en 2016 a été implicitement rejetée par l'Etat il y a un an.

« Nous avons deux puits en fin de vie, nous avons besoin de continuer à forer pour être rentables, plaide Edwige Dietrich, la géologue de Bridgeoil, une des quatre employées de la société. On a l'impression d'être utile car tout le monde utilise du pétrole. A Nonville, tout le monde a une voiture. Beaucoup se chauffent au fioul. De plus, notre pétrole est produit et valorisé en France. Cela contribue à la souveraineté énergétique et ce n'est pas négligeable par les temps qui courent (NDLR : la France importe 99 % du pétrole et du gaz qu'elle consomme). Sans oublier que nous faisons travailler beaucoup d'entreprises. »

Sans oublier les retombées fiscales locales de la production pétrolière. En produisant 21000 barils l'an dernier, soit 0,54 % des 1 % de la production intérieure française, Bridgeoil a versé l'an dernier 222 000 euros de redevances, dont 45000 euros aux communes alentour et 38000 euros au département. Le préfet de Seine-et-Marne doit se prononcer définitivement d'ici quelques semaines.

Nuisances sonores, odeurs, camions…

L'annonce de l'arrêt du raffinage de pétrole par Total à Grandpuits a pesé dans l'avis du commissaire-enquêteur qui considère que « les incertitudes liées au futur acheminement du projet remettent en cause une partie du projet ». « Nous sommes en train de mettre en place du transport fluvial vers Le Havre mais, avec les normes administratives, cela prend du temps », répond Bridgeoil.

Newsletter L'essentiel du 77
Un tour de l'actualité de la Seine-et-Marne et de l'IDF
Toutes les newsletters

Le commissaire-enquêteur met en avant également une augmentation des nuisances sonores, « déjà constatées avec l'exploitation des deux puits existants », et les risques engendrés par une circulation accrue de camions, notamment à proximité de l'école et du centre équestre. Il n'oublie pas de mentionner les odeurs dont se plaignent les habitants ni l'avis fermement défavorable d'Eau de Paris qui dispose à proximité d'un captage qui alimente en eau potable 300 000 habitants de la capitale.

« En revanche, tant l'agence régionale de santé (ARS) que la mission régionale d'autorité environnementale ou les pompiers ont donné un avis favorable au projet. En France, tout est très encadré, on ne peut pas faire n'importe quoi », rappelle Bridgeoil.

«Une heureuse surprise»

Pour l'association Environnement Bocage Gâtinais, qui a mobilisé ses troupes pour contrer le projet avec une pétition qui a recueilli plus de 81100 signatures, cet avis du commissaire-enquêteur est « une heureuse surprise ».

« Quelques emplois ne sont pas importants face au peu de pétrole à trouver et aux nuisances. Ce serait beaucoup de bazar pour protéger quelques activités économiques », estime sa présidente Fabiola Sustendal. « Il n'y a pas eu la moindre observation favorable au projet de la part du public reçu lors de l'enquête, note le commissaire-enquêteur dans son rapport. Le conseil municipal de Nonville s'y oppose à l'unanimité. Et le groupe Alternative Ecologique et Sociale au conseil régional a fait part de son soutien aux opposants. »

«On ne va pas couper les arbres de la forêt de Fontainebleau»

Rien d'anormal pour Bridgeoil. « Il y a toujours des levées de boucliers, décrypte Edwige Dietrich. Quand on lit les commentaires de la pétition, on comprend que beaucoup de signataires ont cliqué sans se pencher sur le projet. Contrairement à ce qu'ils disent, on ne va pas couper les arbres de la forêt de Fontainebleau. » La lisière de cet espace protégé se trouve en effet à plus de 4 km.

Bridgeoil espère pouvoir sauver la mise et va reprendre contact avec les élus locaux. « Nous voudrions voir avec eux comment rendre notre projet acceptable à leurs yeux, espère Edwige Dietrich. Nous avons demandé dix puits mais nous allons commencer par un. Si le puits est sec, nous en forerons un autre. Mais s'il est bon, nous ne forerons pas avant de nombreuses années. »