Montigny-sur-Loing : ils en ont bavé pour faire traverser les crapauds

Le crapauduc de la plaine de Sorques a été prolongé de 500 mètres par des bénévoles. Afin d’éviter au maximum aux milliers de crapauds de se faire écraser lorsqu’ils rejoignent les étangs depuis la forêt en traversant la route.

 Montigny-sur-Loing, ce jeudi. 240 bénévoles ont ajouté 500 mètres de plus au crapauduc de la plaine de Sorques.
Montigny-sur-Loing, ce jeudi. 240 bénévoles ont ajouté 500 mètres de plus au crapauduc de la plaine de Sorques. LP/Faustine Léo

Des années après, le souvenir des craquements sous les roues des voitures reste intact. Le souvenir de la D 104 rougie par le sang des crapauds écrasés sur la route de Sorques, entre Montigny-sur-Loing et Moret-sur-Loing, aussi. « On essayait de les éviter mais c'était impossible », s'émeut encore Sylvie Monchecourt, la maire (UDI) de Montigny-sur-Loing, présente ce jeudi avec des élus du département, sur le chantier de prolongement du crapauduc.

240 personnes mobilisées pour ce chantier participatif

Pour éviter ce carnage lors de la migration de ces batraciens entre la forêt et la zone humide de Sorques lors de la période de reproduction entre janvier et avril, un crapauduc a été installé il y a vingt-cinq ans à la sortie du hameau, le long de la D 104 sur une longueur de 400 mètres. Soit quatre buses permettant un passage sous la route, elle-même flanquée de murets de 60 cm de haut, destinés à bloquer les crapauds et à les guider vers le chemin souterrain qui leur a été destiné.

Ce jeudi, lors d'un chantier participatif rassemblant 240 personnes dont tous les salariés de la Fondation Nicolas Hulot, ce crapauduc a été prolongé de 500 mètres. Dix buses supplémentaires ont été installées. Un coût de 180 000 euros financé par le département. « Il y avait des crapauds qui allaient jusqu'au tournant là-bas, témoigne le maire (DVG) de Moret-Loing-et-Orvanne, Dikran Zakéossian. Les bénévoles venaient les sauver avec des seaux ».

En moyenne, près de 5 000 crapauds, parmi lesquels deux espèces menacées et six protégées, migrent pour la saison des amours entre les bois et les étangs. En 2015, on en a même compté près de 20 000 !

« Tous ces crapauds écrasés, non seulement c'est dur à voir, mais ça glisse »

« Comme ils sont moins écrasés, sans doute qu'ils sont plus nombreux, pointe Sylvie Monchecourt. Il y a 25 ans, les habitants ne comprenaient pas que l'on dépense de l'argent pour des crapauds. Désormais c'est une action qui est reconnue. Nos habitants sont attachés à la plaine de Sorques, son écosystème mérite d'être protégé ».

Cet aménagement correspond également à un impératif de sécurité routière. « Tous ces crapauds écrasés, non seulement c'est dur à voir, mais ça glisse et ça crée des accidents », souligne Patrick Septiers, le président (UDI) du département, qui lui aussi se remémore des trajets dignes d'un film d'horreur.

Le long de la route, ce jeudi, les bénévoles suaient à grosses gouttes pour creuser des trous afin d'y installer les pieux qui relieront les planches en bois. « C'est physique, il y a des pierres, des souches d'arbre, soupire Paola, 31 ans, salariée de la Fondation Hulot. Ça nous fait du bien de se retrouver après le confinement et de participer à une action concrète pour la nature ». « On n'est pas architectes, alors c'est difficile que ce soit droit », sourit Lucie 22 ans. Pour Sébastien, 19 ans, étudiant en BTS en gestion et protection de l'environnement, habitant de Combs-la-Ville, ce chantier « permet de mettre en pratique ce que l'on apprend dans l'année ».

Pour observer la migration des crapauds, rendez-vous à partir du mois de janvier prochain.