Montereau : l’éleveur clandestin devra verser plus de 72000 euros à la Fondation 30 millions d’amis

Le 28 juin 2019, douze chiens, dont neuf american bully, parqués à l’extérieur d’une maison de ville, étaient saisis. En plus des frais de garde et d’amendes, leur éleveur écope de trois mois de prison avec sursis.

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 Neuf chiens de race american bully ont notamment été saisis chez cet éleveur, le 28 juin 2019 (Illustration).
Neuf chiens de race american bully ont notamment été saisis chez cet éleveur, le 28 juin 2019 (Illustration).  Fondation 30 millions d’amis

Le tribunal correctionnel de Fontainebleau ( Seine-et-Marne ) a condamné l'éleveur de douze chiens à trois mois de prison avec sursis probatoire pendant deux ans, avec interdiction de détenir des chiens de 1re et 2e catégories pendant cinq ans, paiement de trois amendes de 135 euros chacune, confiscation des chiens remis définitivement à la Fondation 30 millions d'amis et obligation de leur payer 72581,64 euros, à étaler selon un échéancier.

Les aboiements et les pleurs des chiens avaient mis la puce à l'oreille des voisins, dans cette rue du centre-ville de Montereau-Fault-Yonne en juin 2019.

Ce jeudi matin, un élevage non déclaré de dix chiens american bully était jugé par le tribunal correctionnel de Fontainebleau. Il s'agit d'un bouledogue ultra-musculeux mais très court sur pattes, un chien très à la mode auprès des jeunes.

Des écuelles d'eau vides en pleine chaleur

La justice reproche à un certain Swann (le prénom a été changé), 32 ans, de n'avoir pas déclaré en préfecture l'élevage de six bully adultes, quatre chiots de même race, deux cane corso et un american staff, entre les 12 et 28 juin 2019 dans la cour de son logement. Autre grief : il n'a pas non plus identifié les molosses. Il est également poursuivi car les conditions d'hébergement des canidés peuvent être « cause de souffrance ».

De fait, quand la police municipale de Montereau est alertée, elle se rend le 12 juin 2019 sur place et découvre plusieurs chiens qui errent à l'extérieur tandis que d'autres sont enfermés dans des box. Le sol est jonché de déjections et d'urine. Les gamelles d'eau sont quasi vides alors qu'il fait 30 °C ce jour-là. Présent sur les lieux, Swann explique d'emblée qu'« il ne s'agit pas d'un élevage en vue de reproduction », mais qu'il vise « la compétition ».

Pas de quoi convaincre les policiers municipaux. Le 28 juin, c'est la police nationale qui se déplace cette fois, avec des représentants de la direction départementale de la protection des populations (DDPP) et des services vétérinaires de la préfecture. Swann est absent, son cousin présent. Les lieux sont passés au peigne fin. Les box sont jugés « artisanaux », constitués de pavés autobloquants et dotés de grillage métallique qui pourrait blesser les bêtes. Des palettes de bois séparent les box. Les écuelles d'eau sont encore presque vides. Aucun portillon ne permet aux chiens de quitter leur box.

«Propriétaire ou pas, vous êtes responsable»

Quant aux chiens, la DDPP constate qu'ils ne sont pas identifiés. Les vétérinaires estiment leur « état général moyen », proche de la déshydratation, leur alimentation « inadaptée ». Ils ont des « troubles du comportement modérés ». Une chienne est blessée au crâne et ne semble pas soignée. Enfin la justice reproche à Swann de n'avoir pas stérilisé l'american staff classé en catégorie 1. C'est un délit. La Fondation 30 millions d'amis est aussitôt appelée pour prendre en charge douze animaux sur treize (un bully appartient au cousin de Swann).

A la barre, Swann conteste. « Mon cousin s'occupe des chiens avec moi. Ils n'étaient pas tous à nous. » Il insiste : « C'est incompréhensible. J'ai mis 15000 euros pour acheter trois chiens, je ne vois pas comment on peut les maltraiter. Ils avaient à boire et mangeaient à leur faim. Les bully sont musclés. En aucun cas je ne voulais qu'ils soient maigres ! »

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Sur leur habitat jugé « indigne » par la DDPP, il explique la séparation des box par des palettes « car ces chiens se battent pour montrer qui est le plus fort ». Les chiens non identifiés ? « Ce sont des chiots de 4 à 5 mois achetés en juin. J'allais faire les papiers. »

Quant à l'american staff non stérilisé, « elle appartient à l'ex de mon cousin. Je n'y suis pour rien. » Réplique de la présidente : « Propriétaire ou pas, vous êtes responsable des animaux que vous avez en garde. C'est la loi ! »

Resocialisés avec des comportementalistes

La Fondation 30 millions d'amis s'est portée partie civile. « La maltraitance, ce ne sont pas seulement les coups. C'est le défaut de soins, d'abreuvement, de nourriture adaptée… Une chienne a subi une lourde chirurgie suite à son abcès à la tempe et sa plaie au crâne », rappelle Me Lanty, avocate de la Fondation. Elle évoque pour ce type de chiens non déclarés « un commerce sous le manteau, sur des sites d'annonces en ligne. Un chiot bully se vend entre 1200 et 1500 euros. A raison de deux ou trois portées par an (NDLR : une portée peut compter six chiots)… »

Depuis 573 jours, la Fondation garde, nourrit et soigne ces chiens. Elle les resocialise avec des comportementalistes en vue d'une adoption future. A raison de 10 euros par jour et par animal, la note a atteint des sommets. « C'est énorme… », s'indigne Swann. Il a dix jours pour faire appel.