Seine-et-Marne : comment la Cité éducative vient en aide aux élèves défavorisés

Lancé il y a un an, ce dispositif, qui concerne 4382 enfants et jeunes scolarisés de Melun et du Mée, est encore flou pour les parents. Ce lundi, une visite ministérielle l’a mis en lumière. L’occasion de dresser le bilan.

 Melun, ce lundi. Nadia Hai, ministre déléguée chargée de la Ville (à gauche), et Nathalie Elimas, secrétaire d’État chargée de l’Éducation prioritaire, ont rencontré les élèves de 5e  citoyenne du collège des Capucins.
Melun, ce lundi. Nadia Hai, ministre déléguée chargée de la Ville (à gauche), et Nathalie Elimas, secrétaire d’État chargée de l’Éducation prioritaire, ont rencontré les élèves de 5e citoyenne du collège des Capucins.  LP/Julie Olagnol

Dans le hall du collège les Capucins à Melun (Seine-et-Marne), situé en réseau d'éducation prioritaire (Rep +), le principal Pascal Fortin montre des portraits de ses élèves en tenue d'époque posant comme sur des tableaux de maître. « C'est un partenariat entre la ville de Melun et le musée du Louvre », présente-t-il fièrement à Nadia Hai, ministre déléguée chargée de la Ville, et Nathalie Elimas, secrétaire d'Etat chargée de l'Education prioritaire.

Elles étaient venues annoncer, ce lundi matin, « la démultiplication des cités éducatives pour 2021 » avec pour objectif « d' apporter l'excellence dans les quartiers ». Cette visite conjointe était aussi l'occasion de dresser le bilan d'une année d'existence de la Cité éducative Plateau de Corbeil - Plein Ciel, comprenant des établissements de Melun et du Mée-sur-Seine déjà impliqués dans la politique des projets pédagogiques pour soutenir les élèves les plus en difficulté.

Il s'agit, pour l'heure, de la seule Cité éducative du département sur les 80 mises en place partout en France à la rentrée scolaire 2019. Ces Cités éducatives concernent les enfants et jeunes de 0 à 25 ans sur tous les temps de leur vie, avant, pendant et après l'école. « On part sur une logique de parcours, qui agrège un certain nombre d'acteurs, pour que chaque enfant de cette cité trouve une solution », souligne Nadia Hai.

Cette Cité éducative implique 4382 enfants et jeunes scolarisés, trois réseaux d'éducation prioritaire (les Capucins, Frédéric-Chopin et Elsa Triolet), trois collèges, huit écoles élémentaires et dix écoles maternelles. Sur ce territoire, 42,4 % de la population a moins de 25 ans, le taux d'emploi des 15-64 ans est de seulement 48,6 %, la part des ménages imposés plafonne à 29,4 % tandis qu'on dénombre 22,4 % de familles monoparentales et 500 décrocheurs.

«J'ai eu des difficultés à me centrer sur moi-même»

Pour les aider à mieux apprendre, les collégiens réalisent par exemple des ateliers avec Araksi Garabetyan, praticienne en pédagogie perceptive. « C'est difficile pour moi de rester attentif en classe, admet Adan, en cinquième, devant les ministres. J'ai eu des difficultés à me centrer sur moi pour faire la bulle de silence et rester calme, mais au fur et à mesure du temps, j'ai réussi. »

« Au début de la 6e, je n'arrivais pas à prendre la parole en public. Araksi m'a aidée à avoir confiance en moi, à faire des progrès sur mon élocution et ma concentration, en nous faisant faire des mouvements avec la colonne vertébrale comme la girafe, la tortue et la position experte qui consiste à prendre une pose ni trop raide ni trop avachie sur sa chaise en classe », explique Louann.

Melun, ce lundi. Nadia Hai, ministre déléguée chargée de la Ville (à gauche), et Nathalie Elimas, secrétaire d’État chargée de l’Éducation prioritaire, ont découvert le bus de la réussite éducative de la Cité éducative Plateau de Corbeil - Plein Ciel, avec Louis Vogel, le maire de Melun. LP/Julie Olagnol
Melun, ce lundi. Nadia Hai, ministre déléguée chargée de la Ville (à gauche), et Nathalie Elimas, secrétaire d’État chargée de l’Éducation prioritaire, ont découvert le bus de la réussite éducative de la Cité éducative Plateau de Corbeil - Plein Ciel, avec Louis Vogel, le maire de Melun. LP/Julie Olagnol  

Avec leurs camarades de la classe de 5e citoyenne, ces élèves ont aussi planché autour de deux valeurs : le respect et la liberté. L'an dernier, ils avaient réalisé des textes sur le racisme à la façon de Martin Luther King. « Combattre le racisme, c'est leur première préoccupation », commente Anne Philippon, leur professeur d'histoire-géographie.

A la rentrée, les collégiens ont aussi écrit un article pour un magazine destiné aux Ehpad, où ils analysent les différences entre la jeunesse et la vieillesse. « Nous avons essayé de comprendre les personnes âgées car dans la période que nous traversons ça doit être difficile pour eux », estime Siana, une autre collégienne.

«Il existe un mille-feuille d'actions»

« L'établissement est apaisé depuis trois-quatre ans. On avait déjà mis beaucoup de choses en place, c'est pour cela qu'on a été choisis, estime Pascal Fortin, le principal depuis six ans. Mais il y existe un mille-feuille d'actions. On doit s'assurer de leur efficacité, de leur cohérence et de leur convergence pour l'autonomie, la responsabilisation et la mobilité des jeunes. »

Ce qui a changé en un an, selon lui? « Les partenaires, qu'ils s'agissent de structures émanant de la municipalité ou d'associations privées, orientent leurs actions en direction de la Cité éducative. Ils ont conscience que la priorité, ce sont les quartiers. Et cela permet d'éviter à terme ce que l'on a pu voir au commissariat de Champigny-sur-Marne! »

Un bus pour rencontrer les parents

La Cité éducative bénéficie d'une convention triennale avec un fonds de mutualisation de 30 000 euros par an - qui a notamment permis d'acheter du matériel informatique pour les écoliers pendant le confinement - en plus d'une enveloppe de 485 000 euros pour trois ans, soit près de 600 000 euros en tout.

Le concept reste en revanche assez flou pour les parents d'élèves. « La Cité éducative, c'est joli sur le papier, je suis très contente qu'on ait de l'argent et c'est bien que tout le monde puisse travailler ensemble, mais concrètement, c'est quoi ? », s'interroge Fatya Mothay, représentante de parents d'élèves pour la FCPE à Melun. Elle redoute aussi « un dispositif éphémère ».

« On voudrait que l'école publique fonctionne bien partout or nous avons subi quatre fermetures de classe à Melun dont une en Rep, poursuit-elle. On nous parle beaucoup de la parentalité et je suis partante pour participer à la Cité éducative, mais des parents m'ont appelée ce matin pour me demander pourquoi il y avait la police et des ministres à l'école ! On manque de communication. »

Justement, un bus de la réussite éducative doit sillonner la Cité éducative à la rencontre des élèves mais, aussi, de leurs parents éloignés des institutions pour les associer davantage, à partir du 5 novembre.

Meaux et Montereau en lice pour une future labellisation ?

Emmanuel Macron l’avait annoncé le 2 octobre aux Mureaux (Yvelines). Nadia Hai et Nathalie Elimas l’ont confirmé ce lundi : le dispositif sera étendu à quarante nouvelles cités éducatives. Mais il faudra encore patienter jusqu’au début 2021 pour en connaître la liste.

« D’ici la fin de l’année, les recteurs et les préfets sont en charge d’une première liste de communes qui candidatent, si elles le souhaitent », indique Nathalie Elimas. « En Seine-et-Marne, Meaux, qui n’avait pas été retenue la première fois, et Montereau présentent les critères. On verra si elles sont éligibles », précise Valérie Debuchy, directrice des services départementaux de l’Education nationale.

« 100 M€ étaient consacrés aux 80 Cités éducatives, ce qui représente le deuxième poste de dépense inscrit au budget de la Ville. Viendront s’y ajouter 17 M€ pour les 40 nouvelles Cités éducatives », ajoute Nadia Hai.

Plus de renseignements sur la nouvelle plateforme Canopé : https://www.citeseducatives.fr/