Melun : des mesures pour aider les étudiants de Paris-II contre le stress et le décrochage

Face au mal-être ambiant, des séances gratuites avec des psychologues, des ateliers bien-être et un tutorat par des étudiants plus âgés sont proposés à l’Institut de droit et d’économie, qui compte près de 2500 élèves.

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 Melun, en janvier. Le directeur de la fac, Frédéric Debove, a organisé les examens en présentiel pour les étudiants de 1re et 2e année.
Melun, en janvier. Le directeur de la fac, Frédéric Debove, a organisé les examens en présentiel pour les étudiants de 1re et 2e année. DR

« Le malaise est là, pour nos élèves comme pour les enseignants. Mais on fait le maximum. » Frédéric Debove se veut lucide. En pleine crise sanitaire liée au Covid-19, le directeur de l'Institut de droit et d'économie de Melun (Seine-et-Marne), antenne de Paris II-Assas, mesure le mal-être de ses étudiants. Près de 2500 sont inscrits en droit, administration économique et sociale (AES) et économie sur le site melunais de l'Ile Saint-Etienne.

« Ceux qui louaient une chambre ont quitté les lieux et sont rentrés chez leurs parents. Pour eux comme pour les autres, privés de cours tous ensemble en présentiel depuis le 30 octobre 2020, privés de moments de convivialité… cela crée forcément une frustration, une impression de régression. La chape parentale revient ! Sans parler des interrogations sur leur avenir, la valeur de leur diplôme, le sentiment d'injustice face aux élèves de BTS et de classes prépa qui ont toujours cours en présentiel… »

Mise en place d'un tutorat

Face à cela, Frédéric Debove et les enseignants de Paris-II ont prévu diverses mesures. En plus des cours autorisés par le gouvernement dès le 1er février à raison de 20 % du temps (un jour sur cinq) et 20 % de la capacité d'accueil du site (20 élèves accueillis dans un amphithéâtre de cent places), un soutien contre tout risque de décrochage est mis en place.

Il s'agit d'un tutorat où des élèves de L3 (ils sont 400), master ou doctorat pourront parrainer des élèves de 1re année de droit, AES ou économie, soit mille jeunes concernés. « En fait, seuls ceux qui en ressentent le besoin pourront être ainsi parrainés. L'idée, c'est que l'étudiant tuteur puisse gérer un groupe de cinq à dix élèves en présentiel ou en distanciel pour diffuser des conseils méthodologiques… et leur éviter de décrocher », explique Frédéric Debove, qui se dit « débordé de demandes des étudiants de L3 ! »

Rattrapage Covid

Il rappelle que la fac et la communauté d'agglomération Melun Val de Seine ont prêté chacune trente ordinateurs pour les étudiants en étant dépourvus. Finie la fracture numérique à l'ère des cours en distanciel!

Par ailleurs, pour les élèves qui ont été malades durant la session d'examens de janvier à cause du coronavirus, une session de « rattrapage Covid » sera créée dès le 15 février. « Ce sera les mêmes conditions que l'examen passé. Peu de facs le font. Si on reportait à septembre, on les plomberait en termes d'anxiété… »

La nouvelle devrait ravir au moins un de ses étudiants de 2e année, positif au Covid et venu passer malgré tout ses examens il y a quelques jours. « Il a fait un malaise. Il se savait positif, mais il s'était déplacé quand même en bus du Val-de-Marne jusqu'ici pour passer l'épreuve de pénal », relate Frédéric Debove. Aussitôt, ce dernier appelle les pompiers, met des gants, place la copie de l'élève dans un plastique et isole l'étudiant des autres élèves. Il l'enroule dans une couverture de survie.

Le directeur de l'Institut n'est pas au bout de ses surprises. « Les pompiers ont refusé de l'emmener car il aurait fallu ensuite désinfecter le camion, ce qui aurait pu retarder d'autres interventions ! Du coup, un de ses amis l'a pris en charge et ramené chez lui dans sa voiture. » Au final, le sac plastique avec la copie de l'élève est encore sur le bureau de Frédéric Debove. « Mais j'ai regardé : elle est blanche… » Globalement, la session d'examens de janvier n'a pas généré plus de défaillants que les années passées (15 à 20 % comme d'habitude).

Psychologues et yoga du rire

Pour le bien-être mental des élèves, des consultations gratuites sont mises en place depuis mi-janvier avec des psychologues. C'est sans rendez-vous, sur le site de la fac qui prend en charge ces vacations. Cela épaulera l'infirmière et l'assistante sociale qui travaillent sur le site de Melun. Ce dispositif s'ajoute au chèque de soutien psychologique mis en place par l'Etat pour les étudiants, ainsi qu'à la plate-forme d'écoute proposée par la région.

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Egalement gratuit pour les étudiants, un autre pack bien-être leur sera proposé en février avec des ateliers de sophrologie, réflexologie et yoga du rire, à suivre en présentiel ou en distanciel. Tout comme des promenades en forêt sur des thèmes comme les troubles du sommeil, l'alimentation, les addictions… Enfin, les activités sportives reprennent ce mois-ci. « C'est très attendu et très important en termes de santé physique et de confiance en soi! », insiste le directeur.

Un mail à tous pour rappeler l'existence de Melisa

Si 30 % des élèves sont boursiers, les difficultés matérielles concerneraient une petite dizaine d'entre eux, selon Frédéric Debove. « Ils ont perdu leur job au McDo ou ailleurs », soupire-t-il. Pour eux et pour tous les inscrits, la fac melunaise va envoyer un mail pour rappeler l'existence de l'épicerie solidaire Melisa, située rue du Parc à Melun. Un partenariat existe depuis 2012. « Elle accompagne les étudiants quand il leur reste entre 5 et 10 euros par jour pour vivre, quand tous les frais sont payés. »

Membre du bureau de l'épicerie solidaire qui soutient 120 à 130 familles grâce à 70 bénévoles, Maurice Benitah s'étonne de ne pas voir davantage d'étudiants. « Chez nous, ils peuvent faire le plein de courses de la semaine pour 10 ou 15 euros! » Par ailleurs, dès le 1er février, le Crous proposera à tous les étudiants deux repas pour un euro!