Meaux-Chauconin : quand Kad Merad fait rentrer la culture entre les murs de la prison

« Un Triomphe », le film réalisé par Emmanuel Courcol et tourné en partie à la prison de Meaux-Chauconin, a été présenté mardi à Lagny. Il s’inspire d’expériences menées depuis des années au sein de l’établissement pénitentiaire.

 Dans « Un triomphe », tourné dans la prison de Meaux-Chauconin, Kad Merad incarne un comédien qui anime des ateliers-théâtre avec les détenus.
Dans « Un triomphe », tourné dans la prison de Meaux-Chauconin, Kad Merad incarne un comédien qui anime des ateliers-théâtre avec les détenus. Memento Films Distribution

Réaliste, magnifiquement interprété, émouvant, drôle aussi : « Un Triomphe », le second long-métrage du réalisateur Emmanuel Courcol, est un coup de projecteur sur ceux qui luttent pour faire entrer la culture en prison.

Réalisé en partie au sein du centre pénitentiaire de la prison de Meaux-Chauconin, le film – qui a reçu le label Cannes 2020 et sortira le 23 décembre – était présenté en avant-première au cinéma de Lagny-sur-Marne, mardi soir.

C'est un public très particulier qui assistait à la projection (en présence du réalisateur Emmanuel Courcol, du producteur Marc Bordure et des comédiens Wabinlé Nabié et Saïd Benchnafa), puisque la majorité des spectateurs travaille pour l'administration pénitentiaire. Le directeur de la prison Pascal Spenlé était là, tout comme le procureur adjoint de Meaux Marc Lifichitz.

Lagny-sur-Marne, mardi 6 octobre. Le réalisateur Emmanuel Courcol est venu présenter son film avec les comédiens Wabinlé Nabié et Saïd Benchnafa et le producteur Marc Bordure. LP/G.C.
Lagny-sur-Marne, mardi 6 octobre. Le réalisateur Emmanuel Courcol est venu présenter son film avec les comédiens Wabinlé Nabié et Saïd Benchnafa et le producteur Marc Bordure. LP/G.C.  

« Un Triomphe » est inspiré d'une histoire vraie. Celle d'un metteur en scène suédois qui, en 1985, avait monté la pièce de Samuel Beckett « En attendant Godot », dans une prison suédoise, avec cinq détenus. Le spectacle avait été programmé au théâtre de Göteborg.

Kad Merad et Marina Hands à l'affiche

On entre dans le film comme on pénètre dans la prison de Meaux-Chauconin : la lourde porte d'entrée, le portique de sécurité, les premiers barreaux, la nef, jusqu'à la salle de répétition où Kad Merad – qui joue le rôle d'un comédien en galère – rencontre les détenus, pour animer un atelier-théâtre.

En novembre dernier, les familles rendant visite à un proche incarcéré à la prison de Meaux-Chauconin avaient pu croiser Kad Merad et Marina Hands – qui joue le rôle de la directrice de l'établissement – sur le parking visiteurs.

Meaux-Chauconin, lundi 4 novembre 2019. Marina Hands et Kad Merad répètent une scène sur le parking visiteurs de la prison. LP/Guénaèle Calant
Meaux-Chauconin, lundi 4 novembre 2019. Marina Hands et Kad Merad répètent une scène sur le parking visiteurs de la prison. LP/Guénaèle Calant  

Les rôles des détenus – qui se battent littéralement avec le texte écrit par Samuel Beckett – sont endossés par des comédiens exceptionnels. Le film a d'ailleurs remporté le Prix du public au Festival du film francophone d'Angoulême 2020. Et deux de ses acteurs (Pierre Lottin et Sofian Khammes) sont repartis ex aequo avec le Valois de l'acteur.

Une immersion dans le milieu carcéral

Ces acteurs – le réalisateur ne souhaitait pas de visage connu – sont parvenus avec justesse à incarner les détenus, qui passent de la lumière des projecteurs des salles de théâtre à la lumière, plus crue, de la salle de fouille de la prison. Avant de replonger dans la violence de la cour de promenade.

Et dans une même oscillation, les relations avec les surveillants pénitentiaires passent de la courtoisie à la rugosité, parfois nécessaire. Car le film n'oublie pas de présenter les détenus, condamnés à de lourdes peines, sous un jour plus sombre. On est dans une prison, la réalité n'est pas occultée.

La «justesse» du film saluée par le personnel pénitentiaire

« Merci, au nom du centre pénitentiaire de Meaux, d'avoir retranscrit avec autant de justesse cette partie de notre métier », a lancé une spectatrice au cours du débat qui a suivi la séance. Les surveillants assurent des missions d'ordre et de sécurité mais participent également à la réinsertion des personnes dont ils ont la garde.

Irène Muscari, la coordinatrice culturelle du Service pénitentiaire d'insertion et de probation de Meaux, assistait à la projection. « Grâce à elle, j'ai pu m'immerger dans l'univers carcéral, elle m'a ouvert les portes de la prison », a expliqué Emmanuel Courcol.

Depuis de nombreuses années, Irène Muscari mène – au sein de la prison de Meaux-Chauconin – des projets culturels d'envergure, qui nécessitent une énergie et un moral à toute épreuve. Il faut trouver les financements, obtenir les permissions de sortie du juge, faire entrer les artistes et leur matériel en détention, composer avec les personnalités des détenus, pas toujours motivés.

De nombreux événements culturels qui rythment la vie de la prison

En 2017, six détenus du centre de détention étaient montés sur la scène du Théâtre Paris-Villette pour jouer, dix soirs de suite, une adaptation de « L'Iliade », l'épopée d'Homère, un texte grec antique difficile.

En 2019, un opéra hip-hop, baptisé « Douze Cordes », avait réuni neuf détenus, un quintette de l'Orchestre de chambre de Paris, une soprano, un danseur, un DJ et un percussionniste. Tous étaient montés sur la scène de la MC 93, à Bobigny (Seine-Saint-Denis).

Et le 25 septembre dernier, dans cette même salle, des détenus ont présenté « Voyages divers », un spectacle co-écrit avec des malades hospitalisés à La Pitié-Salpêtrière, à Paris, des pensionnaires de l'Ehpad Hector-Berlioz à Bobigny et des mal-logés pris en charge par le Samu social au centre d'hébergement d'urgence Popincourt, à Paris (XIe).

Des publics qui n'ont pas accès à la culture, un sujet qui tient à cœur à Emmanuel Courcol. « Une projection à destination des détenus était prévue mais en raison de la situation sanitaire, elle est repoussée », a annoncé Emmanuel Courcol, qui a atteint son ambition, celle de montrer que l'expérience théâtrale « va chercher le meilleur chez les détenus ».

VIDÉO. « Un triomphe » : la bande-annonce du film