Meaux : après une tentative de suicide au lycée, les agents en appellent à Valérie Pécresse

Une partie du personnel du lycée Pierre-de-Coubertin a exercé son droit de retrait ce mardi. Ils dénoncent depuis des mois un climat délétère au sein de l’établissement.

 Meaux, ce mardi. Des agents du lycée Coubertin ont exercé leur droit de retrait ce mardi, à la suite de la tentative de suicide d'une de leurs collègues survenue vendredi dernier.
Meaux, ce mardi. Des agents du lycée Coubertin ont exercé leur droit de retrait ce mardi, à la suite de la tentative de suicide d'une de leurs collègues survenue vendredi dernier. LP/Alexandre Arlot

L'ambiance est lourde au sein du lycée Pierre-de-Coubertin à Meaux. Ce mardi, la majorité des agents de l'établissement a exercé son droit de retrait. Ce mouvement ne s'explique pas par un virus, contrairement à ce qu'il se passe au lycée Emile-du-Châtelet, mais par une tentative de suicide.

Vendredi après-midi, une agent chargée de l'entretien a voulu mettre fin à ses jours sur son lieu de travail, dans une salle du lycée. Elle est aujourd'hui hors de danger. Selon Valérie Félix, professeurs d'éco-gestion à Coubertin et déléguée Snes-FSU, la direction de l'établissement aurait indiqué que ce geste serait lié, notamment, à des motifs d'ordre professionnel.

« Il est impossible de déterminer à ce stade l'ensemble des raisons qui ont pu amener cet agent régional à commettre une tentative de suicide, conteste le conseil régional d'Ile-de-France. Les services des ressources humaines se sont mis à sa disposition pour l'accompagner personnellement et professionnellement. »

«Toute la Seine-et-Marne connaît la réputation de Coubertin»

Les personnes mobilisées ce mardi matin devant les grilles du lycée, elles, n'ont aucun doute. Ils étaient 16 agents à manifester leur colère, sur les 27 présents ce jour-là, aux côtés de plusieurs professeurs. Seuls certains cours ont pu se tenir.

Fait notable, des contractuelles ont pris part au mouvement. « Si elles font valoir leur droit de retrait alors qu'elles sont en période d'essai, c'est que la situation est grave », constate Valérie Félix.

Meaux, ce mardi. Le conseil régional fait savoir que la directrice des ressources humaines se rendra au lycée Coubertin dansles prochains jours. LP/Alexandre Arlot
Meaux, ce mardi. Le conseil régional fait savoir que la directrice des ressources humaines se rendra au lycée Coubertin dansles prochains jours. LP/Alexandre Arlot  

Cela fait des mois que la révolte gronde derrière les grilles blanches de Coubertin. À écouter les agents qui prennent la parole, la fracture remonterait à la prise de poste de « l'agent chef », il y a deux ans et demi.

« Avant, c'était nickel, on nous parlait correctement », témoigne une femme. « J'ai été convoquée par la Région à cause de lui, assure une autre. Cela fait 33 ans que je travaille ici, cela ne m'était jamais arrivé ! »

« Brimades régulières », « mises au placard », « maltraitance » : les personnels régionaux dessinent un management brutal dont la résonance dépasserait les frontières de la cité de Bossuet. « Toute la Seine-et-Marne connaît la réputation de Coubertin », lance une agent.

Nommées à la rentrée, deux contractuelles espèrent déjà partir

En poste à Meaux depuis moins d'un mois, deux contractuelles confirment ce climat délétère. « Quand j'ai appris que j'allais être affectée ici, des collègues d'autres lycées m'ont prévenu qu'on allait me faire la misère, lâche une agente en CDD. Un matin, je suis arrivée 15 minutes en retard. En guise de punition, j'ai dû désinfecter des locaux pendant 1h30. »

À peine débarquée à Meaux, sa collègue confirme le mal-être. Et pense déjà à repartir. « Je regarde la boîte aux lettres tous les jours dans l'espoir de recevoir une lettre m'informant que je change de lycée », confie-t-elle, le regard vide.

Meaux, ce mardi. « Brimades régulières », « mises au placard », « maltraitance » : les personnels régionaux dessinent un management brutal depuis la prise de poste de « l’agent chef », il y a deux ans et demi. LP/Alexandre Arlot
Meaux, ce mardi. « Brimades régulières », « mises au placard », « maltraitance » : les personnels régionaux dessinent un management brutal depuis la prise de poste de « l’agent chef », il y a deux ans et demi. LP/Alexandre Arlot  

Selon Valérie Félix, qui prend fait et cause pour ses collègues agents, la responsabilité de cette situation incombe au conseil régional d'Ile-de-France. « Ce n'est pas la faute de l'Education nationale, c'est celle de la Région », insiste la déléguée syndicale.

Suivi psychologique et enquête interne

Le conseil régional souligne qu'un « suivi psychologique de l'équipe » a été mis en place à Coubertin. « Une enquête interne a été lancée immédiatement pour faire la lumière sur la situation, ajoute-t-on. La situation du lycée, de ses besoins et de ses agents régionaux, fait l'objet d'une grande attention de la part de la direction des ressources humaines, qui s'est rendue immédiatement sur place. »

L'été dernier, déjà, des responsables des ressources humaines du conseil régional se sont rendus à Meaux à la suite d'une première alerte. « Nous n'avons pas été écoutés, et nous avons été deux fois plus maltraités après », souffle une agente d'accueil.

Les personnels mobilisés ce mardi matin réclamaient la venue de Valérie Pécresse à Meaux. En vain. « La directrice des ressources humaines (NDLR : de la Région) s'y rendra dans les prochains jours », précise le conseil régional.