Manque de gynécologues à Melun : pas facile pour les femmes de faire suivre leur grossesse

Selon le Conseil de l’Ordre des médecins, Melun compte seulement deux gynécologues-obstétriciens en ville et huit à l’hôpital. Beaucoup moins qu’à Meaux ou Fontainebleau par exemple.

 Melun, le 23 septembre 2020. Ségolène Durand déplore le manque de gynécologues suivant les grossesses de A à Z à Melun. Suivie par une spécialiste à Lieusaint, elle accouchera dans l’Essonne.
Melun, le 23 septembre 2020. Ségolène Durand déplore le manque de gynécologues suivant les grossesses de A à Z à Melun. Suivie par une spécialiste à Lieusaint, elle accouchera dans l’Essonne. LP/Sophie Bordier

Avec seulement deux gynécologues libéraux et huit hospitaliers à Melun, pour près de 40 000 habitants, selon les données du Conseil de l'Ordre des médecins de Seine-et-Marne, la tâche est compliquée pour faire suivre sa grossesse dans la ville-préfecture du département.

D'autant qu'à l'hôpital de Melun-Sénart (dit groupe hospitalier sud Ile-de-France), le secrétariat de gynécologie annonce en cas de grossesse un suivi de ses médecins à partir du 8 e mois seulement…

La situation des gynécologues à Melun est pire qu'à Meaux (50 000 habitants), qui compte six libéraux et neuf hospitaliers et à Fontainebleau, (15 000 habitants), avec 10 libéraux et 5 hospitaliers. Elle est en revanche similaire à celle de Chelles (53 000 habitants), qui ne compte que deux gynécologues libéraux.

Une habitante et élue de Melun se fait suivre en… Essonne

Née à Melun comme son père, sa grand-mère maternelle et ses arrière-grands-parents, Ségolène Durand (LR) en fait l'amère expérience. Agée de 37 ans, l' ex candidate aux élections municipales et devenue élue d'opposition à Melun se fait suivre par une spécialiste à Lieusaint qui pratique les accouchements… à Quincy-sous-Sénart, en Essonne!

« En fait, pour ma première grossesse en 2011, je n'ai pas pu avoir de gynécologues à Melun. Elles me disaient qu'elles ne prenaient pas de nouvelles patientes. J'en ai trouvé à Dammarie, puis à Quincy-sous-Sénart », relate-t-elle.

Les choses ne se sont pas arrangées en neuf ans. En mars dernier, elle tombe enceinte. « A l'hôpital, on vous dit que les gynécologues ne suivent pas avant huit mois de grossesse. On m'oriente vers des sages-femmes libérales qui reçoivent au bout de deux mois et demi de grossesse », raconte-t-elle.

Un stress qui peut perturber la grossesse

Le site Doctolib recense à Melun quatre sages-femmes libérales (et neuf aux alentours). Ségolène Durand en rencontre une dans sa ville. « J'évoque le risque de perdre mon bébé (NDLR : ce qui lui est arrivé en janvier 2020). Elle me précise qu'elle ne m'auscultera pas à chaque fois et me conseille d'aller voir au Mée-sur-Seine une autre sage-femme équipée pour faire une échographie de datation. » Face à ses allers-retours quotidiens à son travail à Meaux, c'est à son médecin généraliste qu'elle doit demander un arrêt de travail.

Des complications physiques surviennent le 25 mai. Stressée par ce souci inattendu dans le cadre de cette « grossesse à risques », Ségolène Durand se tourne aussitôt vers Doctolib pour trouver une gynécologue en urgence. « J'ai trouvé une place à la maison médicale de Lieusaint, quelqu'un avait dû se décommander », raconte-t-elle.

Et là, à 15 km de Melun, soulagement : la gynécologue qui la reçoit et l'ausculte lui dit qu'elle peut la suivre du début à la fin de sa grossesse. « En plus, elle fait les échographies, les arrêts maladie et même les accouchements à l'hôpital privé Claude Galien à Quincy-sous-Sénart », sourit-elle. Autant de points qui la tranquillisent alors qu'elle est encore en campagne pour les élections municipales. « J'ai vu qu'elle faisait tout. J'ai accepté. »

« Imaginez pour une jeune fille sans moyens de transport »

Au-delà de son cas, Ségolène Durand pense aux autres femmes, « ballottées à droite à gauche pour mener à bien leur grossesse ». « C'est compliqué. L'aspect psychologique est important. Imaginez pour une jeune fille sans moyens de transport, pour les femmes qui ont d'autres difficultés, pour les nouvelles arrivantes. Pour le savoir, il faut le vivre. »

Et de lancer un appel aux gynécologues à s'installer dans la ville-préfecture de Seine-et-Marne. « Dans notre programme aux élections municipales, on disait qu'il fallait aller plus loin pour attirer les médecins, leur offrir un cadre de vie, les aider à trouver un logement, des places en crèches ou en centres de loisirs pour leurs enfants, etc. »

En 2019, le maire Louis Vogel (Agir) a permis la création d'une première année de médecine avenue Thiers. Premier pas pour faire venir de futurs médecins à Melun? En ville, le centre de santé dentaire et médical Dentexelans qui ouvrira rue Saint-Aspais au 1 er trimestre 2021 accueillera des spécialistes à raison de deux ou trois jours par semaine. « Une gynécologue m'a contactée », admet Linda Boucheta, la directrice générale du groupe Dentexelans, sans en dire plus.

Une profession sous tension

Selon le Conseil de l'Ordre des médecins, le département compte 65 gynécologues libéraux et 36 hospitaliers. A l'hôpital de Melun-Sénart qui a enregistré 3213 accouchements dans sa maternité en 2019 contre 2700 dans l'ancienne maternité, on revendique onze gynécologues permanents inscrits au Conseil de l'Ordre des médecins et trois non-inscrits.

Directeur du site, Dominique Peljak, admet que « gynécologue est une profession sous tension, ici comme sur le territoire national ». « C'est une profession où les risques de contentieux et la judiciarisation sont importants, ajoute-t-il. A l'hôpital public, les gynécologues sont couverts par l'assurance de l'hôpital en cas de problème. Mais dans le secteur privé, l'assurance est personnelle et payée par le spécialiste avec ses propres deniers… »

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