«Maman est morte pour rien»... la famille de la cycliste renversée à Chelles «écœurée par la justice»

Le routier qui avait mortellement fauché la cycliste chelloise a été condamné à porter un bracelet électronique pendant neuf mois pour conduite en état d’ivresse et non pour homicide involontaire. Le parquet a fait appel.

 Chelles, septembre 2019. Décédée l’an dernier après avoir été fauchée par un camion alors qu’elle circulait à vélo, Martine Brandl (au centre) était très impliquée dans le jumelage avec la commune allemande de Lindau, grâce auquel elle a rencontré son mari (à droite).
Chelles, septembre 2019. Décédée l’an dernier après avoir été fauchée par un camion alors qu’elle circulait à vélo, Martine Brandl (au centre) était très impliquée dans le jumelage avec la commune allemande de Lindau, grâce auquel elle a rencontré son mari (à droite). Facebook Brice Rabaste

« Notre famille est abasourdie par la décision du tribunal, nous sommes écœurés par la justice ! » Alexandre Brandl ne cache pas son indignation au lendemain de la décision rendue ce mardi par le tribunal correctionnel de Meaux, qui a condamné à 18 mois de prison, dont neuf avec sursis et neuf mois de placement sous surveillance par bracelet électronique, le chauffeur routier qui avait mortellement renversé sa mère l'an dernier à Chelles.

Le 27 septembre 2019, sa mère Martine, âgée de 72 ans a perdu la vie alors qu'elle circulait à vélo sur l'avenue Sylvie, après avoir été fauchée par un poids lourd conduit par un chauffeur routier en état d'ébriété et sous l'empire de stupéfiants.

«Le tribunal n'a fait aucun lien entre la conduite en état d'ivresse et l'accident mortel»

Cet habitant de l'Oise âgé de 63 ans qui comparaissait jeudi pour homicide involontaire avec circonstances aggravantes, n'a finalement été condamné ce mardi que pour « conduite en état d'ivresse et sous l'empire de stupéfiants », le tribunal ayant décidé de requalifier les faits. Il a aussi vu son permis de conduire annulé avec interdiction de le passer pendant un an.

Le parquet, qui avait requis cinq ans d'emprisonnement, dont quatre ans avec sursis et un an de placement sous surveillance par bracelet électronique, a fait appel de cette condamnation dès ce mercredi.

Pour la famille de la cycliste septuagénaire, cette requalification des faits et cette condamnation sont incompréhensibles. « Nous avions déjà trouvé que les réquisitions n'étaient pas à la hauteur mais nous ne nous attendions pas à ce que la peine soit aussi légère. Le tribunal n'a fait aucun lien entre la conduite en état d'ivresse et l'accident mortel, et nous a débouté de nos toutes nos demandes sur intérêt civil », s'indigne le fils de la victime.

«Si on veut tuer quelqu'un on n'a qu'à l'écraser»

« Le chauffard n'a écopé que de 127 euros d'amende et va effectuer sa peine chez lui. Un homme jugé juste avant lui pour avoir tiré les cheveux et jeté son téléphone portable sur le pare-brise de la voiture de sa compagne a été plus puni, avec une peine de six mois d'emprisonnement. C'est aberrant ! », se révolte Alexandre Brandl, qui espérait faire de ce procès une tribune contre les délits de la route.

« À travers ce procès nous espérions aussi dénoncer la gravité des conduites en état d'ivresse mais cela ne semble pas être la priorité de ce gouvernement. Si on veut tuer quelqu'un on n'a qu'à l'écraser. Maman est morte pour rien ! », dénonce-t-il.

Le tribunal a-t-il voulu couper la poire en deux avec cette condamnation très lourde pour un état d'ivresse mais qui aurait été clémente si l'homicide involontaire avait été retenu ?

Une question à laquelle ne se risque pas de répondre Me Philippe Courtois, l'avocat des parties civiles. « Je ne comprends pas la philosophie du tribunal avec cette peine que je trouve bien loin de la réalité des faits, qui sont gravissimes », confie l'avocat qui salue « la décision tout à fait sage du parquet de faire appel ». Une décision qui permettra à la famille de Martine de faire appel aussi sur les intérêts civils.